Inna Modja : « avec la Valse de Marylore, j’aimerais donner du courage » aux femmes battues

Très impliquée dans la lutte contre les violences faites aux femmes, l'artiste Inna Modja a créé le projet "La Valse de Marylore" pour sensibiliser les jeunes à ce problème de société. Il sera lancé samedi à l'occasion de la Journée de la Femme. Interview.

© Marco Conti Sikic

Pourquoi avez-vous choisi de vous impliquer dans ce combat contre les violences faites aux femmes ?

Déjà parce que je suis une femme ! Et parce que je me sens très concernée par tout ce qui touche les femmes. Il y a 10 ans, j’ai commencé à m’engager dans la lutte contre l’excision, car j’ai moi-même été excisée. Au fur et à mesure, je me suis intéressée aux violences faites aux femmes en général, et je me suis rendu compte qu’il y en avait beaucoup. Ça m’a touchée. J’ai vécu l’excision, pas les violences domestiques ou conjugales, mais j’avais envie de parler de ces femmes qui, finalement, s’emmurent dans un silence de honte et de culpabilité alors qu’elles sont victimes.

Le projet « La Valse de Marylore » sera lancé à l’occasion de la Journée de la Femme. Pouvez-vous nous le présenter en quelques mots ?

C’est un projet qui a été monté avec le producteur Marco Conti Sikic. Nous avions tous les deux envie de faire quelque chose pour parler des violences faites aux femmes, nous en parlions depuis un moment. J’ai donc écrit une chanson sur le sujet, « La Valse de Marylore », et il s’en est inspiré pour écrire un court-métrage. Un projet de portraits-photos sur les violences faites aux femmes, qui s’appelle « Dans la peau de Marylore », a aussi été lancé. 35 personnes, dont des sportifs comme Luc Abalo, des artistes comme Anggun et des journalistes, ont été photographiées avec des bleus et des blessures sur le visage, réalisés grâce à du maquillage. On s’est tous rendu compte du malaise qu’on ressentait à se voir dans cet état.

Le but de ce projet, c’est d’attirer l’attention sur ce problème de société et d’en parler. Il est purement non-commercial, d’ailleurs nous offrons le titre « La Valse de Marylore » pour la Journée de la Femme. Il sera disponible en téléchargement légal sur innamodja.com et lavalsedemarylore.com

© Marco Conti Sikic

Vous visez notamment les jeunes générations à travers ce projet. Pensez-vous qu’elles sont davantage concernées par ces violences ?

Non, je pense que tous les âges et toutes les couches de la société peuvent être touchés. Il n’y a pas de règles. C’est ce qu’on essaye de montrer dans ce film, à travers ces différents couples : de très jeunes adultes, un couple de 40-45 ans, un couple de 2 femmes aussi. Car on ne voulait pas, à travers ce film, stigmatiser les hommes. Il n’y a pas que les hommes qui frappent, il y a aussi des femmes, qu’elles soient hétérosexuelles ou homosexuelles.

Ce couple de femmes me touche d’ailleurs particulièrement, car il représente la violence ordinaire. On a l’impression que c’est une « toute petite violence ». C’est un genre de violence dans lequel tout le monde peut tomber par jalousie, parce que l’autre reçoit un coup de fil de quelqu’un de qui on ne sait rien. Dans un moment de rage, on lui jette quelque chose à la figure. Mais finalement, que la personne nous trompe ou pas, on n’a pas le droit de la violenter. Ni physiquement, ni psychologiquement.

Le projet La Valse de Marylore

Soutenu par le Ministère des Droits des Femmes, l’ONU Femmes France et la CASDEN, il sera lancé le 8 mars à l’occasion de la Journée de la Femme. Vous pourrez retrouver toutes les informations liées au projet sur le site dédié www.lavalsedemarylore.com

Quel message espérez-vous faire passer aux personnes qui visionneront le court-métrage ?

On ne fait pas un film pour les personnes victimes de violences, mais j’aimerais toucher les gens qui vivent ça et leur donner du courage. Celui de partir, de se faire aider et de ne pas rester dans cette violence parce qu’ils ont le droit de dire non et ne méritent pas les coups.

Je voulais aussi inciter les gens à faire attention à leur entourage, car souvent les femmes battues ne le crient pas sur tous les toits. Elles le vivent toutes seules.

Vous allez, dans le cadre du projet, organiser des rencontres dans les établissements scolaires. Comment se dérouleront-elles ?

Je vais aller, avec le réalisateur et le producteur du film, dans les établissements scolaires, pour projeter le court-métrage et en parler avec les jeunes. Il est important de pouvoir en discuter avec eux, d’avoir leur avis là-dessus. Cela donnera peut-être le courage à certaines jeunes filles de sortir d’un engrenage assez destructeur. Sortir du silence, c’est souvent le pas le plus difficile.

Cela sera mis en place en collaboration avec les enseignants ?

J’espère bien, car les enseignants nous ont beaucoup soutenus pour créer ce film. Ce qu’on voulait, c’était aussi avoir un support éducatif, qui fasse réfléchir les jeunes hommes comme les jeunes femmes. On espère mettre cela en place dès cette année.

Comment comptez-vous inscrire le projet dans la durée après la Journée de la Femme ?

A part les rencontres dans les établissements scolaires, nous allons envoyer le film dans beaucoup de festivals. Nous espérons qu’il pourra être nommé et qu’il vivra sa vie ainsi. Nous ne sommes pas une association, nous avons créé un outil qui servira à des associations. Par exemple, le comité ONU Femmes, qui nous soutient pour ce film, va le projeter dans différents pays. Certaines fondations, qui nous suivent dans ce projet, s’en serviront pour sensibiliser. C’était notre objectif : sensibiliser sur les violences faites aux femmes et il est très important pour nous que notre projet soit utilisé pour cela.

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