« 108 des 120 collèges du 93 mériteraient d’intégrer les dispositifs de l’éducation prioritaire »

En janvier dernier, le ministère de l’Education nationale présentait son plan de refondation de l’éducation prioritaire. Mathieu Logothetis, professeur d’histoire géographie à La Courneuve et responsable Snes-FSU du 93, fait le point sur la situation en Seine-Saint-Denis.

Mathieu Logothetis

Mathieu Logothetis

ZEP, REP, RAR … Comment s’y retrouver dans les différents statuts de l’éducation prioritaire ?

On parle toujours de ZEP même si ce statut a disparu, remplacé par de nombreux autres dispositifs. Il y a donc eu les ZEP (zones d’éducation prioritaire) en 1983, les REP (réseaux d’éducation prioritaires) en 1997, les RAR (réseaux Ambition réussite) en 2006 puis les Eclair (Écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite) en 2010-2011. S’il y a une multiplication des statuts c’est parce qu’il est difficile d’enlever a posteriori à un établissement les moyens qui lui ont été attribués auparavant.

Vincent Peillon a annoncé la mise en place du système REP+ dans le cadre de sa réforme de l’éducation prioritaire. Qu’est-ce que cela change pour vous ?

Pas grand-chose. Il s’agit d’un nouveau statut qui ne concerne que six collèges de Seine-Saint-Denis. Six établissements classés Eclair et qui deviennent des REP +. Pourquoi a-t-on choisi ces six établissements sur les treize baptisés Eclair ? Nous l’ignorons. Les critères d’attribution sont flous : est-ce la rectrice qui les a sélectionnés ou les chefs d’établissements qui ont directement candidaté ? Par ailleurs, le ministre Vincent Peillon avait été clair dès le début, à savoir qu’il allait tenir compte de la politique d’austérité du gouvernement… Donc nous ne nous attendions pas à grand-chose ! D’autant plus que nous savions qu’il n’y aurait que 100 établissements REP + sur toute la France… Mais les enseignants ont été surpris car beaucoup d’annonces dans la presse donnaient l’impression d’une grosse réforme, d’un grand changement… D’où l’effet de douche froide.

Quel est le problème de cette réforme ?

La réforme ne comprend pas d’enveloppe budgétaire supplémentaire. Or, il est annoncé que les enseignants des REP + vont être déchargés d’une heure et demie de cours par semaine, ce qui signifie que l’on va prendre des heures pour les REP+ dans les autres établissements… On va dépouiller les « pauvres » pour les « encore plus pauvres ». De plus, les critères d’attribution de ces dispositifs sont opaques. Du point de vue du SNES-FSU, il faudrait que 108 des 120 collèges de Seine-Saint-Denis soient intégrés aux dispositifs d’éducation prioritaire (en Seine-Saint-Denis, 64 collèges sur 120 dépendent de l’éducation prioritaire). Dans le meilleur des collèges classé Eclair, il y a 35% d’élèves dont les familles sont au RSA, vous imaginez les autres ! Dans le 93, la classification n’est pas volée.

Est-ce pour protester contre cela que les enseignants se sont mobilisés le 13 février et cette semaine, le 4 mars ?

Notre mobilisation intervient au moment où sont débattues les répartitions d’heures selon les établissements. Par ailleurs, nous demandons des moyens pour affronter la hausse démographique des élèves. Il y a 1 000 à 2 000 élèves supplémentaires chaque année en Seine-Saint-Denis, ce qui représente une vingtaine de classes en plus ! Nous voulons des moyens qui permettent de maintenir les dispositifs pour les élèves en difficulté et de ne pas surcharger les classes. En moyenne il y a 23,17 élèves par classe en Seine-Saint-Denis. Avant c’était un chiffre maximum, aujourd’hui c’est une moyenne.

Aujourd’hui quels sont les moyens de l’éducation prioritaire ?

Il existe plusieurs outils, comme le système de bonification des points afin de pousser les enseignants à rester plus longtemps et de favoriser la stabilité des équipes. A cela s’ajoute une incitation financière, la prime ZEP, d’environ 100 € mensuels, censée rémunérer la difficulté. D’autres moyens sont aussi mis en place dans les réseaux les plus difficiles : du temps peut être dégagé pour la formation ou le suivi des élèves, les enseignants ont la possibilité de s’éloigner du programme scolaire s’il leur est trop difficile de le tenir… Bien souvent, les profs de ZEP refusent de dispenser un enseignement au rabais et ces dispositifs ne sont pas utilisés.

Julie Crenn

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1 commentaire sur "« 108 des 120 collèges du 93 mériteraient d’intégrer les dispositifs de l’éducation prioritaire »"

  1. Marco  13 mars 2014 à 8 h 11 min

    108 sut 120, c’est pas vraiment un scoop. mais ça précise les choses. Bon courage aux enseignants de Seine Saint -Denis.Signaler un abus

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