« Beaucoup d’enseignants souffrent d’insomnie, mais ils ne sont pas les plus exposés »

L’insomnie chronique gâche la vie d’environ 20% de la population française, n'épargnant pas les enseignants. Explications avec le Dr Agnès Brion, psychiatre spécialiste du sommeil et vice-présidente de l'Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV).

Dr Agnès Brion, psychiatre spécialiste du sommeil

Dr Agnès Brion, psychiatre spécialiste du sommeil

Qu’est-ce que l’insomnie ?

L’insomnie est un mauvais sommeil avec un retentissement la journée et se manifeste ainsi sur 24 heures. Elle est sévère quand elle se produit plus de trois fois par semaine. Elle se caractérise soit par une difficulté à s’endormir, soit à dormir toute la nuit ou à avoir un sommeil de qualité. Mais il ne faut pas confondre les insomniaques avec les courts dormeurs : ces derniers dorment très peu mais leur sommeil est récupérateur. A la différence des insomniaques, ils se sentent en forme au réveil. Les insomniaques, eux, même s’ils dorment quelques heures, auront très souvent l’impression de ne pas avoir dormi du tout. Une autre particularité des insomniaques : en général, ils ne sont pas sujets aux assoupissements inopinés la journée. Leurs problèmes se situeront plus du côté de l’attention.

Les enseignants sont-ils particulièrement exposés à l’insomnie ?

De nombreux enseignants viennent consulter, mais ils ne font pas partie des populations les plus exposées. Les femmes sont globalement plus touchées que les hommes. Chez les hommes, ce sont les ouvriers qui souffrent le plus d’insomnie, devant les agriculteurs, alors que chez les femmes, ce sont celles qui sont au foyer.

Quels sont les facteurs déclencheurs de l’insomnie ? Y a-t-il des « terrains » favorables ?

Ils sont multiples. Le stress et l’anxiété sont des causes de l’insomnie. Il existe aussi des vulnérabilités sur le plan familial : nous ne sommes pas tous égaux face au stress, donc face au risque d’insomnie. De plus, dans 80% des cas de dépression, il y a une insomnie. Un certain nombre de médicaments provoquent aussi des insomnies.

Un certain nombre de conditions environnementales ou de rythmes professionnels peuvent aussi être à l’origine d’insomnies, comme les travailleurs de nuit. En effet la mélatonine, cette neurohormone qui indique à notre cerveau qu’il est l’heure de dormir, se fabrique dans l’obscurité. Le sommeil le jour est donc naturellement plus court et plus fractionné que la nuit, donc de plus mauvaise qualité.

Quels sont les risques pour la santé ?

Les risques sont surtout de deux ordres. D’une part, un impact sur l’humeur, avec une grande irritabilité et un risque majoré de faire une dépression. D’autre part, l’insomnie s’associe très souvent à une prise de poids, ainsi qu’à des problèmes d’hypertension et de diabète.

A quel moment faut-il consulter ? Quels sont les traitements ?

Il faut consulter lorsque l’insomnie est récente et sévère. On recherchera alors la cause pour éviter qu’elle ne devienne chronique et qu’un cercle vicieux ne s’installe. Les médicaments ne sont pas adaptés, hormis pour ces insomnies sévères et courtes. Si le trouble est chronique, la sophrologie, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et l’hypnose médicale peuvent aider à aller mieux et à ce que le cerveau réassocie le lit au sommeil. Le biofeedback qui régule le système physiologique d’adaptation au stress, reste encore confidentiel mais cette technique représente une ressource d’avenir dans la prise en charge de l’insomnie.

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.