Dr Martine Ohresser

Dr Martine Ohresser

Les enseignants sont-ils particulièrement exposés aux acouphènes, comme l’indiquent certaines études ?

Non, les enseignants ne sont pas les plus à plaindre en matière de traumatismes sonores. Ils peuvent être exposés aux cris des enfants ou aux sonneries qui marquent la fin des cours, mais l’intensité reste de courte durée. Les salariés de l’industrie, les chasseurs et les amateurs de musique amplifiée sont beaucoup plus exposés. En revanche, les enseignants sont une population souvent stressée, ce qui joue un rôle important. Les acouphènes sont un symptôme chronique le plus souvent lié à une atteinte des cellules sensorielles de l’oreille interne. Le stress renforce les acouphènes qui sont subjectifs et l’importance de la gène dépend de la perception que va en donner le cerveau.

Quelle est précisément l’origine des acouphènes ?

Dans la majorité des cas, c’est une baisse d’audition. 90% des acouphéniques ont un déficit auditif, et l’acouphène correspond à la zone de déficit. Cette baisse d’audition peut parfois être très ancienne, 10, 15 ans, voire plus et un jour c’est à l’occasion d’un choc émotionnel que l’acouphène va apparaître. Le cerveau, qui jusque là l’éliminait, ne fait plus ce travail de tri en raison du stress. C’est dans de telles circonstances que le cerveau risque de se fixer sur l’acouphène. Le risque d’avoir des acouphènes augmente jusqu’à 60 ans puis se stabilise. Un enfant peut très bien avoir un acouphène : simplement, il ne va pas forcément s’en plaindre. Probablement parce que son système émotionnel n’étant pas assez mature, son cerveau ne va pas se focaliser dessus.

L’apparition d’acouphènes est-elle toujours suivie d’hyperacousie ?

Non, seuls 40% des cas sont hypersensibles à l’environnement sonore. Les mécanismes de l’hyperacousie sont encore mal connus. Mais l’on sait que les musiciens y sont particulièrement sujets. Il faut différencier l’hyperacousie et la phonophobie. Les professeurs qui enseignent en primaire, exposés aux cris d’enfants à la récréation, aux bruits de règles qui tombent ou de chaises qui crissent sur le sol, peuvent ressentir une gêne et un épuisement. Mais on se situera plus sur le terrain de la phonophobie que de l’hyperacousie ! La différence est assez simple : l’hyperacousie est une sensibilité accrue à des niveaux sonores jugés comme tout à fait tolérables par des sujets normaux, quels que soient les sons, alors que la phonophobie ne concerne que certains sons particuliers de l’environnement, comme par exemple les bruits de talon de la voisine du dessus.

Journée nationale de l'audition 2014

Journée nationale de l'audition 2014

Comment traiter les acouphènes et à partir de quel moment consulter ?

Si les acouphènes persistent au bout de 48h, je conseille de consulter un ORL qui fera alors un bilan auditif. L’ORL va réaliser aussi une acouphénométrie en proposant des sons au patient pour qu’il détermine ceux qui se rapprochent le plus de son acouphène. Cela permettra de faire progresser le diagnostic. Il existe des causes curables à cet acouphène, comme par exemple une banale otite séreuse. Dans la majorité des cas, on ne guérit pas en retrouvant le silence mais en allant vers ce que l’on appelle « l’habituation ». Il s’agit que le cerveau oublie ce qui le gêne.

Le plus important est déjà d’informer le patient : le fait de savoir ce qu’est un acouphène permet de s’en détacher. Plusieurs stratégies sont possibles pour arriver à l’habituation. La sophrologie, les TCC, l’hypnose et l’acupuncture en font partie. Un appareillage peut aussi être proposé, pour créer un effet de masque. Les stimulations électriques sont pertinentes en cas de certains acouphènes récents. En revanche, aucun médicament ne permet de guérir. L’important c’est de frapper à la bonne porte, sachant que les acouphènes sont désormais pris en charge par une trentaine d’équipes pluridisciplinaires réparties un peu partout en France.

Peut-on reprendre une vie normale après avoir souffert d’acouphènes et comment se prémunir ?

Bien sûr ! Il est surtout important de ne rien modifier dans son quotidien lorsque l’on souffre d’acouphènes : le pire étant les stratégies d’évitement. Plus on laisse de la place à l’acouphène et plus il va s’en saisir. En ce qui concerne la prévention, il est essentiel de réduire les niveaux sonores des boîtes de nuit et des casques audio. Il est bien sûr vivement conseillé de se protéger avec des bouchons lorsque l’on sait que l’on va s’exposer à un volume sonore élevé.