Acouphènes : « les enseignants ne sont pas les plus à plaindre »

Vos oreilles sifflent ou bourdonnent ? Vous souffrez peut-être d’acouphènes. A l’occasion de la journée nationale de l’audition, le 13 mars, VousNousIls fait le point. Entretien avec le Dr Martine Ohresser, ORL spécialiste des acouphènes à Paris et co-fondatrice de l’Association française des équipes pluridisciplinaires en acouphénologie (AFREPA).

Dr Martine Ohresser

Dr Martine Ohresser

Les enseignants sont-ils particulièrement exposés aux acouphènes, comme l’indiquent certaines études ?

Non, les enseignants ne sont pas les plus à plaindre en matière de traumatismes sonores. Ils peuvent être exposés aux cris des enfants ou aux sonneries qui marquent la fin des cours, mais l’intensité reste de courte durée. Les salariés de l’industrie, les chasseurs et les amateurs de musique amplifiée sont beaucoup plus exposés. En revanche, les enseignants sont une population souvent stressée, ce qui joue un rôle important. Les acouphènes sont un symptôme chronique le plus souvent lié à une atteinte des cellules sensorielles de l’oreille interne. Le stress renforce les acouphènes qui sont subjectifs et l’importance de la gène dépend de la perception que va en donner le cerveau.

Quelle est précisément l’origine des acouphènes ?

Dans la majorité des cas, c’est une baisse d’audition. 90% des acouphéniques ont un déficit auditif, et l’acouphène correspond à la zone de déficit. Cette baisse d’audition peut parfois être très ancienne, 10, 15 ans, voire plus et un jour c’est à l’occasion d’un choc émotionnel que l’acouphène va apparaître. Le cerveau, qui jusque là l’éliminait, ne fait plus ce travail de tri en raison du stress. C’est dans de telles circonstances que le cerveau risque de se fixer sur l’acouphène. Le risque d’avoir des acouphènes augmente jusqu’à 60 ans puis se stabilise. Un enfant peut très bien avoir un acouphène : simplement, il ne va pas forcément s’en plaindre. Probablement parce que son système émotionnel n’étant pas assez mature, son cerveau ne va pas se focaliser dessus.

Journée nationale de l’audition

Elle aura lieu le 13 mars prochain. Toutes les informations sur le site de la Journée.

L’apparition d’acouphènes est-elle toujours suivie d’hyperacousie ?

Non, seuls 40% des cas sont hypersensibles à l’environnement sonore. Les mécanismes de l’hyperacousie sont encore mal connus. Mais l’on sait que les musiciens y sont particulièrement sujets. Il faut différencier l’hyperacousie et la phonophobie. Les professeurs qui enseignent en primaire, exposés aux cris d’enfants à la récréation, aux bruits de règles qui tombent ou de chaises qui crissent sur le sol, peuvent ressentir une gêne et un épuisement. Mais on se situera plus sur le terrain de la phonophobie que de l’hyperacousie ! La différence est assez simple : l’hyperacousie est une sensibilité accrue à des niveaux sonores jugés comme tout à fait tolérables par des sujets normaux, quels que soient les sons, alors que la phonophobie ne concerne que certains sons particuliers de l’environnement, comme par exemple les bruits de talon de la voisine du dessus.

Journée nationale de l'audition 2014

Journée nationale de l'audition 2014

Comment traiter les acouphènes et à partir de quel moment consulter ?

Si les acouphènes persistent au bout de 48h, je conseille de consulter un ORL qui fera alors un bilan auditif. L’ORL va réaliser aussi une acouphénométrie en proposant des sons au patient pour qu’il détermine ceux qui se rapprochent le plus de son acouphène. Cela permettra de faire progresser le diagnostic. Il existe des causes curables à cet acouphène, comme par exemple une banale otite séreuse. Dans la majorité des cas, on ne guérit pas en retrouvant le silence mais en allant vers ce que l’on appelle « l’habituation ». Il s’agit que le cerveau oublie ce qui le gêne.

Le plus important est déjà d’informer le patient : le fait de savoir ce qu’est un acouphène permet de s’en détacher. Plusieurs stratégies sont possibles pour arriver à l’habituation. La sophrologie, les TCC, l’hypnose et l’acupuncture en font partie. Un appareillage peut aussi être proposé, pour créer un effet de masque. Les stimulations électriques sont pertinentes en cas de certains acouphènes récents. En revanche, aucun médicament ne permet de guérir. L’important c’est de frapper à la bonne porte, sachant que les acouphènes sont désormais pris en charge par une trentaine d’équipes pluridisciplinaires réparties un peu partout en France.

Peut-on reprendre une vie normale après avoir souffert d’acouphènes et comment se prémunir ?

Bien sûr ! Il est surtout important de ne rien modifier dans son quotidien lorsque l’on souffre d’acouphènes : le pire étant les stratégies d’évitement. Plus on laisse de la place à l’acouphène et plus il va s’en saisir. En ce qui concerne la prévention, il est essentiel de réduire les niveaux sonores des boîtes de nuit et des casques audio. Il est bien sûr vivement conseillé de se protéger avec des bouchons lorsque l’on sait que l’on va s’exposer à un volume sonore élevé.

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4 commentaires sur "Acouphènes : « les enseignants ne sont pas les plus à plaindre »"

  1. Arom77  24 février 2014 à 16 h 26 min

    Article intéressant mais qui, comme souvent, donne l’impression que d’une part les acouphènes sont finalement assez bénins et que, d’autre part, parvenir à l’habituation est plutôt aisé. La réalité que vivent de très nombreux patients est toute autre, comme le montrent par exemple les propos de très nombreux acouphéniques sur un site comme Oreille-malade.com

    De fait, rien qu’en France des centaines de milliers de personnes ont vu leur qualité de vie fortement détériorée à cause des acouphènes, et la médecine est incapable de les soulager, même partiellement. Beaucoup d’entre eux ne peuvent même plus travailler…

    Dans de nombreux pays étrangers la gravité de ce handicap est aujourd’hui reconnue, ce qui est la première étape vers un éventuel traitement. Pourquoi pas en France ?Signaler un abus

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  2. level370  27 février 2014 à 21 h 59 min

    Tout comme Arom77, je regrette une énième version des banalités d’usage qui ne correspondent en rien à la gravité de la détérioration des possibilités de vie lorsqu’on est atteint d’acouphènes et d’hyperacousie et le manque de reconnaissance de la part du monde médical et de la sécurité sociale. Ce n’est pas une gêne, c’est un handicap douloureux et hautement invalidant.Signaler un abus

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  3. enduro91  16 mars 2014 à 22 h 39 min

    Tout à fait d’accord avec les messages précédents. Cette ORL essaye de cacher son impuissance en faisant croire que, si les patients souffrent des acouphènes ce n’est pas parce que les ORL sont impuissants mais parce que les patients ne font pas le travail psychologique nécessaire pour se détacher et ne plus focaliser sur leurs acouphènes.

    Certains acouphènes sont de forte intensité, d’autre de plus faible intensité. Cette ORL feint d’ignorer que les acouphènes ne sont pas tous de la même intensité. Cela lui permet de dire: « certains patients ne se plaignent pas de leurs acouphènes , d’autres s’en plaignent, cela prouve qu’il y a un travail psychologique à faire. » Mais la gravité des acouphènes dépend de leur intensité et très peu du facteur psychologique.

    Ce que cet ORL (Orhesser) dit est faux. Si certains se plaignent de leurs acouphènes plus que d’autres, c’est parce que leur acouphènes sont de plus forte intensité. Ohresser fait croire que cela vient du fait que le patient se focalise sur son acouphène. Cela permet à Ohresser de faire croire que s’il y a un problème cela vient du patient qui ne fait pas le travail psychologique nécessaire et non de l’ORL qui est impuissant face aux acouphènes.

    C’est assez cynique de parler des acouphènes de l’enfant pour faire croire que c’est une question de gestion psychologique. Les enfants qui ont des acouphènes de forte intensité sont très rares et quand ils en ont, ils en souffrent et s’en plaignent autant que les adultes.

    Quand ça siffle ça siffle, on a beau dire que ce n’est pas grave, ça sifflera toujours autant. C’est dommage que beaucoup d’ORL (Ohresser entre autres) se réfugient derrière le « c’est psy » pour reporter la responsabilité de la non guérison sur le malade.

    Face aux acouphènes, les médecins sont bien souvent impuissants et il est plus courageux de leur part d’assumer leur impuissance que de se réfugier derrière des explications psychologistes tordues et infondées et parfois grotesques. Il n’y a aucune honte à dire « on ne sais pas guérir les acouphènes. » et c’est mieux pour tout le monde de le savoir.Signaler un abus

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  4. Dubin  3 avril 2016 à 15 h 27 min

    ExactementSignaler un abus

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