Voyage sur Mars : un enseignant bientôt sur la planète rouge ?

Laurent Calmon, professeur de technologie à Châteauroux, fait partie des 1058 pré-sélectionnés pour la première opération de colonisation de la planète Mars en 2024, sans retour prévu sur Terre. Interview.

Les conditions d’un voyage sur Mars, prévu en 2024, ne sont à priori pas des plus faciles. Pourquoi avez-vous décidé de postuler ?

Au moment où j’ai posé ma candidature, Mars était une perspective assez lointaine. Ce qui m’attirait dans le projet était de voyager dans des endroits où personne n’était encore jamais allé. J’étais un peu dans l’esprit des grands découvreurs : Christophe Colomb, Magellan… ou alors des pionniers de l’aviation. Qu’il aille au bout ou pas, ce projet permet de montrer une direction, de continuer à progresser dans l’histoire de l’humanité.

24 candidats seulement seront envoyés sur la planète rouge. Comment se déroulera la sélection ?

La prochaine étape est de renvoyer un bilan assez complet sur notre état de santé. Notre état psychiatrique aussi, car il faudrait éviter d’envoyer des psychopathes dans l’espace ! Pour le reste, on sait juste que la sélection de la trentaine ou quarantaine de candidats pour partir ou en suppléance pour partir se fera courant 2015.

Si vous partez sur Mars, à quoi ressembleront vos conditions de vie dans cet environnement hostile ?

Il est prévu que la société Mars One, qui organise le voyage, envoie avant l’arrivée des premiers humains des modules d’habitation, assemblés sur place par des robots. Et les premiers colons auront en charge de construire une serre pour la nourriture, de mettre en place un dispositif pour recycler l’air, d’extraire de l’eau du sol martien… L’eau est une des premières inquiétudes, d’ailleurs Mars One va normalement envoyer une première sonde en 2018 pour voir si on peut l’extraire en quantité suffisante.

Ensuite, la mission sera d’explorer la planète, évidemment en scaphandre, car sur Mars l’atmosphère n’est pas respirable, et la pression n’est pas suffisante pour pouvoir sortir librement.

C’est sûr que ce sera assez drastique, surtout pour les 4 premiers ! Mais l’idée est quand même de sélectionner dans un premier temps des personnes capables de se débrouiller. Donc probablement un médecin, un ingénieur mécanicien, des gens capables de réparer s’il y a des pannes, ou de soigner les autres.

Beaucoup mettent en doute la crédibilité du projet. De manière tout à fait personnelle, pensez-vous réellement que le projet ira au bout ?

Il faut bien le dire, pour l’instant le projet est construit sur de belles idées, mais il pose beaucoup de questions. Et finalement c’est ça qui m’intéresse. Pour moi, il est important qu’elles sortent du domaine scientifique. On a des vraies questions éthiques.

Justement, le fait d’envoyer de manière définitive des humains vers l’inconnu pour la science ne vous choque-t-il pas ?

C’est le lot de l’explorateur qui part vers l’inconnu ! Aller vivre sur Mars, c’est accepter de mettre sa liberté individuelle de côté, ça a un côté un peu carcéral. Je compare ça à une entrée au couvent, c’est un choix assez radical. Maintenant pourquoi pas si ça peut aider l’humanité à avancer, il y en a d’autres qui ont fait des sacrifices avant.

Je n’ai peut-être pas les capacités de répondre à ces questions éthiques. Mais si j’ai pu les amener dans le débat public, ma candidature aura au moins servi à quelque chose.

Une grande partie du financement sera assurée par la retransmission d’une émission de télé-réalité sur le parcours des sélectionnés. Etes-vous favorable à ce concept ?

Je ne suis pas forcément contre, si ça permet de financer une partie du projet. Tout dépend de la façon dont c’est présenté. Si c’est fait de manière intelligente, façon documentaire, comme dans Rendez-vous en terre inconnue, par exemple, pourquoi pas. Après si c’est pour faire les Ch’tis sur Mars, ce sera sans moi !

Vous êtes enseignant de technologie en collège. Comment ont réagi vos élèves à votre candidature ?

Ils m’ont posé des questions, je sentais qu’il y avait une vraie curiosité (et pour certains une petite inquiétude aussi). Donc j’ai quand même pris le temps de répondre en précisant que pour l’instant, j’étais très loin de Mars !

Aux élèves français on reproche souvent d’être assez timorés, de ne pas essayer. Ce sont notamment les résultats de l’enquête Pisa. Si avec ce projet je peux leur montrer qu’il faut entreprendre, quitte à se tromper, ce sera déjà ça de gagné pour eux.

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2 commentaires sur "Voyage sur Mars : un enseignant bientôt sur la planète rouge ?"

  1. manu  14 février 2014 à 19 h 14 min

    Bonjour,
    Lecteur de Kim Stanley Robinson, cette aventure me passionne.Signaler un abus

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  2. Pst  17 février 2014 à 9 h 19 min

    @manu :
    Grand fan de SF, je suis amusé par certaines similitudes avec l’épopée martienne de Stanley Robinson ! la sélection sur des centaines de postulants, le voyage de colonisation sans billet retour, la pression terrienne pour réaliser des films lors du voyage qu’on peut rapprocher de cette idée d’émission de télé-réalité… J’attends avec intérêt le décollage, pour voir si ce voyage donnera lieu aux mêmes rebellions et aux mêmes utopies sociales !Signaler un abus

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