Henri Cartier-Bresson à Beaubourg : toute l’oeuvre, tout l’homme

Le Centre Pompidou ouvre aujourd’hui à Paris une des plus grandes rétrospectives jamais consacrées à Henri Cartier-Bresson. Visite guidée.

Henri Cartier-Bresson Derrière la gare Saint-Lazare, Paris, France, 1932

Henri Cartier-Bresson Derrière la gare Saint-Lazare, Paris, France, 1932 Épreuve gélatino-argentique, tirage réalisé en 1953 49,8 x 35,1 cm Bibliothèque nationale de France, Paris © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos, Courtesy Fondation Henri Cartier-Bresson

Jusqu’au 9 juin, les visiteurs auront le privilège de découvrir à Beaubourg plus de 500 documents, dont 350 clichés, permettant de cerner toutes les facettes de l’immense photographe qui a traversé le 20ème siècle.

Un homme engagé

Né en 1908, disparu en 2004, Henri Cartier-Bresson est un témoin majeur des grands bouleversements du 20ème siècle. L’exposition présente ainsi les photos d’un homme engagé : proche des exclus, au travers de celles sur la pauvreté, en France, en Espagne ou au Mexique, des gens du peuple, au travers de celles des premiers congés payés.

En 1937, il photographiera par exemple le couronnement de George VI en Angleterre, sans que l’on voit jamais le souverain… Seulement le peuple.

Mais ce sont surtout les clichés pris entre 1936 et 1939 pour les journaux communistes « Regards » ou « Ce Soir », dirigé par Aragon, qui sont politiquement emblématiques. Son activité de photographe communiste lui vaudra d’être arrêté en 1940 et fait prisonnier trois ans en stalag. En 1943, il réussira à s’échapper, et en 1944, il photographiera la Libération.

Parmi les photos exposées, une est absolument extraordinaire. Intitulée « Libération, pont sur Rhin, près de Strasbourg, 1944 », elle montre un cadavre au début d’un pont menant on ne sait où, et baigné de brume. Un chemin d’avenir s’ouvre enfin, laissant tant de morts derrière lui…

Il y a aussi la très célèbre photo de 1945, « Libération du camp de Dessau », où l’on voit une femme gifler celle qui l’avait dénoncée aux Allemands.

L’engagement politique marque une partie de l’œuvre d’Henri Cartier-Bresson, mais ce n’est pas sa seule facette.

Pour travailler en classe

Le Centre Pompidou propose un ensemble de ressources documentaires sur Henri Cartier-Bresson :

http://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-28a8ebce-89e2-40ec-9482-32fba5aa8977&param.idSource=FR_P-9d81fc5ab111bd358a9eb8e0342a61f8

A noter, des visites scolaires peuvent être organisées pour des élèves de tous âges. Le coût est de 70 € par groupe.
Contact : 01 44 78 12 57, du lundi au vendredi de 9h30 à 13h.

L’esthétique pure

Avant la guerre en effet, Henri Cartier-Bresson, qui au départ a reçu une formation de peintre, fréquentera les Surréalistes. C’est l’époque de la fameuse photo « Derrière la gare Saint-Lazare » de 1932, et de portraits et autoportraits déformés. En 1933, une photo prise en Espagne s’intitule même « Cher Breton, ce linge fait-il votre affaire ? ». L’exposition montre aussi ses contributions à la revue surréaliste Minotaure, en 1934. Les clichés de cette période sont totalement oniriques.

Des photos purement artistiques, d’une esthétique absolue, jalonnent par ailleurs l’exposition, telles « Abruzzes, Italie, 1951 », « Deauville 1973 » ou encore « Alpes de Haute-Provence, 1985 ».

Des photos ultra-modernes également, telles ces deux personnes devant une affiche publicitaire, les personnages de l’affiche et les deux personnes réelles se mêlant subtilement par le biais d’une illusion d’optique, dans le quartier d’Hibiya Tokyo en 1965.

Enfin, l’exposition permet de voir d’extraordinaires portraits, Giacometti, en 1961, mais également Sartre, Breton, Camus…

Mais Henri Cartier-Bresson fut avant tout un grand reporter. Au travers de l’ensemble de ses photos, c’est toute l’histoire du 20ème siècle qui est retracée.

Henri Cartier-Bresson Accélérateur linéaire, Université Stanford, États-Unis, 1967

Henri Cartier-Bresson Accélérateur linéaire, Université Stanford, États-Unis, 1967 Épreuve gélatino-argentique, tirage réalisé dans les années 1970 24,7 x 16,6 cm Collection Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos, Courtesy Fondation Henri Cartier-Bresson

Magnum et le reportage

Henri Cartier-Bresson est cofondateur en 1947, avec Robert Capa, George Rodger, David Seymour et William Vandivert, de la coopérative Magnum Photos, pour laquelle il s’investira pleinement jusqu’en 1970.

Durant cette période, il réalisera de nombreux reportages d’actualité : les funérailles de Gandhi en 1948, la fin du Kuomintang en Chine en 1949, avec les foules effarées tentant de changer contre un peu d’or leurs sacs de billets dévalués, Cuba après la crise des missiles en 1963, Mai 68 en France, mais aussi des photos de la société de consommation au travers d’impressionnantes images de foules, d’usines ou encore de grands magasins.

 

Historique, engagée, artistique, biographique, esthétique : cette exposition est tout cela à la fois, alors courez-y !

 

Sandra Ktourza

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