Glossophobie : « l’enseignant a un rôle à jouer »

Une part importante d’élèves souffre de difficultés à parler devant les autres. La glossophobie est-elle une maladie ? Les enseignants ont-ils un rôle à jouer ? Entretien avec le Dr Nicolas Neveux, psychiatre et psychothérapeute à Paris, spécialiste des thérapies cognitivo-comportementales (TCC).

Dr Nicolas Neveux

Dr Nicolas Neveux

Quelle est l’origine de la glossophobie, cette peur de s’exprimer en public ?

Sauf cas particulier, la glossophobie est une composante de l’anxiété ou de la phobie sociale. Le patient se sent nul, inférieur à l’idée de parler en public, a peur d’être ridicule, et cela se traduit par une crainte permanente du jugement des autres. La glossophobie repose sur des croyances dysfonctionnelles. Le patient fait ce que l’on appelle de « l’abstraction sélective » : il sélectionne dans les expériences qu’il vit, les informations qui confortent sa certitude d’être en dessous de tout en public. En clair, il s’imagine que s’il parle en public, il arrivera forcément une catastrophe.

Comment distinguer la vraie pathologie de la simple appréhension ?

Il faut distinguer le trac, la timidité et la glossophobie. Dans le cas du trac, vous n’êtes pas bien avant la performance mais le moment venu, la peur se dissipe. Il n’y a rien d’anormal. Dans le cas de la timidité, vous avez très envie de parler mais vous n’osez pas. Néanmoins, vous allez vous en tirer par d’autres moyens, en liant peu à peu le contact. En revanche, le glossophobe sera très anxieux avant et pendant la prise de parole. Il essaiera par tous les moyens d’éviter les situations susceptibles de l’amener à s’exprimer en public. Le glossophobe est proactif dans la stratégie d’évitement.

L’enseignant peut-il prévenir ou au contraire développer ce trouble chez les élèves. Quelle pédagogie adopter ?

L’enseignant a un rôle à jouer. Avec des enfants en bas âge, la glossophobie n’est pas anormale. D’une manière générale, de l’école primaire jusqu’au lycée, il est important que l’enseignant valorise la prestation orale des élèves, les points qui ont été positifs, indépendamment du contenu. Jusqu’à l’âge adulte, l’estime de soi est balbutiante. Il faut donc encourager la prise de parole. Sinon il y a un risque d’alimenter l’abstraction sélective.

Est-il possible d’être enseignant tout en étant concerné par la glossophobie ? Que préconisez-vous pour surmonter cette angoisse ?

Dans le cas d’enseignants, il ne peut s’agir que du trac, comme pour les acteurs. Un vrai glossophobe ne serait pas parvenu à devenir enseignant, il aurait d’ailleurs tout fait pour ne pas le devenir. Il existe bien sûr des solutions pour surmonter cette peur. Le meilleur traitement n’est pas médicamenteux : il faut se tourner vers les thérapies comportementales et cognitives, les seules qui ont prouvé scientifiquement leur efficacité.

Est-il possible de passionner son auditoire quand on a souffert de glossophobie ? Peut-on transformer sa phobie en atout ?

La phobie ne sera jamais un atout mais le fait d’avoir été glossophobe un jour n’empêche absolument pas de devenir un orateur hors pair. La glossophobie touche plus de monde qu’on ne pourrait le croire. Et, même si cela peut sembler étonnant, les anciens glossophobes sont surreprésentés dans le milieu du spectacle. Cela s’explique simplement : ils ont pris comme un challenge le fait d’être capable de surmonter leur phobie.

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