Simplification des masters : « la confusion est cachée sous le tapis ! »

La nomenclature "simplifiée" des masters, qui doit s’appliquer à la rentrée 2015, suscite l’inquiétude de la communauté universitaire. Le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) a émis un avis défavorable ce lundi 27 janvier. Entretien avec Claudine Kahane, co-secrétaire générale du SNESUP-FSU.

Claudine Kahane co-secrétaire générale SNESUP-FSULe nombre d’intitulés de master sera ramené de 5 000 à 246 d’ici 2015. Le « choc de simplification » des diplômes, promis par la ministre Geneviève Fioraso, est-il une bonne chose ?

En apparence oui, mais à y regarder de plus près, c’est ni fait ni à faire ! Il ne s’agit pas que d’une question de nombre d’intitulés de master. Sur le principe, nous sommes favorables à la simplification et à la régulation car nous avions une situation extrêmement anarchique depuis la mise en place de la réforme LMD. Le premier problème est celui du niveau de précision des intitulés des diplômes. Dorénavant seule la mention y sera exprimée; la spécialité disparaît, remplacée par les parcours-types qui existeront, mais de manière invisible et incontrôlée, car non inscrite sur les diplômes. En clair, la confusion sera cachée sous le tapis.

Pourquoi estimez-vous que les nouveaux intitulés de master sont moins lisibles ?

D’une part, les intitulés des mentions ne renseigneront pas sur la diversité des formations : les étudiants vont devoir chercher partout sur Internet pour tenter de prendre connaissance des différents parcours-types proposés par les universités, tandis qu’il sera très difficile pour les employeurs de cerner précisément le contenu du diplôme.

D’autre part, sur la méthode, tout est allé beaucoup trop vite. La communauté universitaire a été en partie consultée (via les sociétés savantes, les sections CNU…) mais pas vraiment écoutée et encore moins entendue, et des pressions ont été exercées. Résultat, on se retrouve avec une liste très disparate de mentions. Par exemple, en Droit, il y a 30 mentions différentes tandis qu’en langues, il n’y a qu’un intitulé unique « Langues, littératures et civilisations étrangères et régionales » derrière lequel se cachent toutes les possibilités de masters de langue. La réalité des débouchés potentiels n’est pas non plus bien traduite dans le choix des intitulés. Par exemple, il y aurait besoin de créer un master « mathématiques et informatique ». Le ministère est au courant mais s’arc-boute sur sa liste. Nous avons l’impression que l’on simplifie pour simplifier. Au lieu d’avoir associé la communauté universitaire de manière intelligente, le ministère donne l’impression de s’être empressé de répondre à une consigne : celle de ne conserver que 250 intitulés de master.

Face à cette situation, nous avons présenté une motion, largement adoptée par le CNESER, pour refuser cette précipitation et proposer une concertation organisée, via des commissions disciplinaires, débouchant sur une nomenclature réfléchie à l’automne prochain. Le ministère a refusé cette proposition.

Êtes-vous parvenu à un accord sur le projet de décret relatif au statut des enseignants-chercheurs ?

Le Comité technique universitaire (CTU) s’est réuni le 9 janvier 2014 pour examiner le projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs. Il n’y a pas eu une seule voix favorable des organisations syndicales ! Le texte est totalement insatisfaisant. Le ministère de l’enseignement supérieur doit ouvrir de vraies négociations, notamment sur deux points de discorde majeurs : le maintien de la modulation des services d’enseignement et de l’obligation pour les enseignants-chercheurs d’être évalués individuellement tous les cinq ans. En outre, sur ce dossier, nous avons travaillé dans des conditions exécrables ; le message ainsi adressé par le ministère est très méprisant à l’égard des enseignants-chercheurs.

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