Anne-Marie Rocco

Anne-Marie Rocco

Pourquoi votre fille a-t-elle cessé un jour de se rendre au collège ?

Ce n’est pas une décision rationnelle. En 2007, au début de sa classe de 3e, Justine n’arrivait tout simplement plus à aller au collège. Elle dormait très mal, fondait régulièrement en larmes et partait chaque matin avec la boule au ventre. Début octobre, c’est devenu insurmontable. Plusieurs paramètres se sont superposés : Justine avait eu quelques mésaventures avec des camarades qui se moquaient d’elle et puis la pression scolaire était trop importante. A mon niveau, je me souviens notamment de la réunion parents-professeurs du début d’année : le proviseur et les professeurs ont présenté le brevet comme un objectif majeur. Ils en parlaient comme d’un doctorat, en créant un stress inutile. Comme ma fille manquait de confiance en elle, elle a craqué et s’est retrouvée dans une situation de blocage à la fin du premier trimestre.

Comment a réagi l’équipe éducative ?

Sur le moment, elle a été assez compréhensive. L’établissement, un collège privé sous contrat, se rendait compte du mal-être de Justine et était disposé à ce qu’elle reste quelques jours à la maison. Mais pas trop longtemps, à cause du brevet… Son professeur principal, très à l’écoute, a fait en sorte que Justine soit tenue informée quotidiennement par ses camarades des travaux effectués en classe. Problème : au bout de quelques semaines, Justine ne voulait toujours pas retourner en cours et le collège a commencé à s’impatienter.

Nous avons donc dû faire un choix et nous avons coupé les ponts avec ce collège. J’ai cherché des établissements différents, des pédagogies alternatives… Et je dois dire qu’entre les « boîtes à bac » hors contrat et les établissements calqués sur le modèle de l’Education nationale, c’est le désert. Justine a donc terminé son année avec le CNED, avant de décrocher le brevet en candidat libre. Au bout de deux ans de cours par correspondance et après une psychothérapie, elle a consenti à retourner dans un lycée public à taille humaine, au sein d’une classe littéraire en sous-effectif. Justine a eu des moments difficiles mais son retour en classe s’est fait en douceur. Aujourd’hui, elle prépare un BTS en communication. Elle va mieux mais ses problèmes ne sont pas encore réglés.

N’est-ce pas un effet de mode de parler de « phobie scolaire » ? Que sait-on de cette pathologie ?

Le phénomène, qui recouvre plusieurs types de pathologies, reste encore flou. Mais ce n’est pas un effet de mode ! Notre livre le prouve : il est le premier et le seul témoignage personnel. Il existe un autre ouvrage sur le sujet, coécrit par deux femmes médecins de l’hôpital Robert Debré, beaucoup plus médical. Par ailleurs, je considère que je fais partie des parents très bien informés et je n’avais jamais entendu parler de phobie scolaire avant qu’un psychiatre n’emploie l’expression pour qualifier la situation de Justine. J’ai alors compris que nous n’étions pas seuls : beaucoup d’autres familles sont confrontées au phénomène.

Comment distinguer les ados qui n’ont pas envie d’aller à l’école par fainéantise et ceux qui souffrent vraiment ?

Certaines personnes préfèrent parler de « refus scolaire » plutôt que de phobie. Selon moi, ce sont deux choses distinctes. En ce qui nous concerne, il ne s’agissait pas juste d’un coup de blues mais d’une véritable dépression. Les problèmes de Justine ont bouleversé notre vie familiale. Je ne suis pas spécialiste mais je suis convaincue qu’un parent qui voit son enfant souffrir sait qu’il ne s’agit pas d’un souci ponctuel.

Quelle est la part de responsabilité des enseignants dans ces situations de blocage vis-à-vis de l’école ? Ont-ils les moyens d’agir ?

En France, les méthodes éducatives sont trop rigides. L’éducation se concentre sur les connaissances, au détriment du développement personnel et sans chercher à renforcer la confiance en soi. Les parents sont censés assumer ce rôle mais ça ne suffit pas ! J’ai constaté également que les enseignants n’ont pas de consigne claire sur la manière dont ils doivent réagir face à des cas de phobie scolaire. Il leur manque un cadre. Le sujet reste tabou. Pour que cela change, il faudrait une reconnaissance de la phobie scolaire et une vraie réflexion sur les solutions à proposer à ces adolescents en souffrance.