Les futurs enseignants veulent une formation encore plus pratique

Quatre mois après le lancement des ESPE, les futurs enseignants ont renoué avec les stages de terrain. Tous saluent une amélioration mais beaucoup regrettent encore trop peu de pratique.Témoignages dans le premier degré.

Classe de maternelle © Tyler Olson - Fotolia.com

Classe de maternelle © Tyler Olson – Fotolia.com

« En septembre, j’appréhendais beaucoup de me retrouver seul face à une classe. Maintenant, je commence à prendre du plaisir à enseigner. » Guillaume est étudiant en Master 2 Enseignement, Éducation et Formation à l’ESPE de Nice. Dans quelques mois, s’il valide son année, il sera professeur des écoles.

Le cas des « M2 » est particulier : les ESPE ayant été mises en place en septembre dernier, la promotion 2013-2014 est considérée comme « transitoire », entre l’ancien (IUFM) et le nouveau système de formation. Grâce à la réforme, Guillaume bénéficie toutefois d’un contrat tiers-temps : une journée par semaine (rémunérée 700 euros par mois), il apprend à enseigner devant des CM2, avec en plus deux stages de deux semaines dans l’année. « Cette partie pratique est essentielle ! Comme en M1, je n’avais fait qu’un stage d’observation, j’ai dû tâtonner pour faire classe à 28 élèves », explique-t-il. Deux fois par an, un maître formateur et un conseiller pédagogique viennent porter un regard critique sur le travail de Guillaume « mais le reste du temps, je suis tout seul », souligne-t-il. « Je me sens prêt à enseigner à des CM2 en septembre mais si jamais j’ai un autre niveau, ce sera une autre histoire… » Guillaume note une amélioration de la formation des enseignants mais regrette de ne pas avoir été confronté à plus de cas pratiques : « Il m’a manqué des outils pour enseigner. Par exemple, le système des feux rouges/feux verts pour la prise de parole, c’est très pratique mais on ne me l’a pas expliqué en amont. »

Le problème de l’autorité

Fiona, étudiante en M2 à l’ESPE de Nice, a aussi hérité d’une classe de CM2 pour faire ses premières armes « alors qu’on nous avait annoncé ni CP, ni CM2… », remarque-t-elle, stressée à l’idée de mal préparer ses élèves au passage en 6e. « Mais j’ai de la chance, l’enseignant titulaire que je remplace est formateur : il suit des débutants et m’apporte de précieux conseils. » Malgré tout, Fiona reconnaît se poser beaucoup de questions : « Je trouve peu à peu mes repères, mais j’ai toujours besoin d’aide au niveau de l’autorité. Il est difficile quand on débute de savoir comment et quand punir un élève. En CM2, les élèves ont tendance à nous prendre pour leurs copains. A l’ESPE, on nous présente des cas théoriques mais il faudrait que des professeurs expérimentés viennent nous voir pour qu’on leur pose nos questions. »

Même critique en M1

En première année, les étudiants se félicitent de la refondation de leur formation mais pointent du doigt des axes d’amélioration : « deux fois deux semaines de stage d’observation et de pratique accompagnée, c’est trop peu ! », estime Coline, étudiante en MEEF premier degré à l’ESPE de l’académie de Versailles. « Cela permet de se rendre compte de la réalité du métier mais la pédagogie nous ne l’apprendrons que sur le terrain l’an prochain », regrette l’étudiante.

Considérée comme un « demi prof »

Mathilde (prénom modifié), en M2 à l’ESPE d’Amiens, prend les commandes, chaque lundi, d’une classe de grande section de maternelle. Elle se souvient surtout d’un début d’année chaotique : « j’ai été très mal reçue, personne ne savait me dire ce que j’allais faire. » Son tuteur ? « Il n’est pas très disponible et ne me répond pas toujours, je dois m’organiser beaucoup toute seule. La formation est bonne car elle nous permet de nous confronter à la réalité du métier mais les guides autour sont encore insuffisants. » Selon cette étudiante, les tuteurs devaient tous être des maîtres formateurs, prêts à s’investir : « Et c’est loin d’être le cas partout. J’ai hâte d’être à septembre 2014 car pour le moment, je me sens un peu considérée comme un demi prof. »

A l’ESPE de Bonneuil-sur-Marne (UPEC), Sabrina, en M2, nuance : « c’est vrai qu’au début nous sommes lâchés sur le terrain mais je trouve que c’est une très bonne méthode pour appréhender les vraies difficultés. En revanche, je regrette de ne voir mes élèves de CM1 qu’une journée par semaine. C’est trop peu pour préparer une progression. Dès l’an prochain, les futurs M2 auront deux journées de stage par semaine (rémunérées à temps plein), ce sera déjà mieux ! »

Tous s’accordent à dire que le plus difficile reste de devoir gérer, en parallèle des périodes de stage, les cours de master, l’oral du concours, la préparation du Certificat informatique et internet niveau 2 enseignant (c2i2e) et, surtout, le mémoire de recherche. « Heureusement, il y a une vraie entraide », souligne Fiona, « c’est la clé car si on ne travaillait pas en groupe, il serait impossible de préparer tous les sujets du concours ».

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