Frédéric Sève, secrétaire général du Sgen-CFDT

Frédéric Sève, secrétaire général du Sgen-CFDT

Faut-il s’attendre à de nouvelles grèves des enseignants en 2014 ?

Il est difficile de dire à l’avance s’il y aura besoin ou non de se mettre en grève. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a des sujets de conflits sociaux potentiels. Tout repose sur la capacité du ministère de l’Education nationale à écouter nos revendications et à déminer en amont les sujets brûlants.

Quelles sont les principales attentes des enseignants du premier degré ?

Il est fondamental que le premier et le second degré soient traités sur un pied d’égalité. C’est un motif profond de ressentiment. En ce qui concerne la rémunération, sur le papier il n’y a pas de différence entre un professeur des écoles et un professeur certifié au collège. Les divergences apparaissent lorsque l’on regarde de plus près, en l’occurrence les primes. Pour être précis, l’Indemnité de suivi et d’orientation des élèves (ISOE) accordée aux enseignants du secondaire s’élève à environ 1200 euros par an, alors que le montant de l’Indemnité de suivi et d’accompagnement des élèves (ISAE) attribuée aux professeurs des écoles s’élève à 400 euros par an. Le ministère s’est engagé à augmenter l’ISAE mais pour le moment l’écart de traitement persiste. Par ailleurs, dans le déroulé des carrières, la probabilité d’atteindre l’échelon hors classe est en défaveur des enseignants du premier degré. Il y a aussi une demande de considération des professeurs des écoles : ils veulent être davantage associés aux prises de décision. La solution serait de créer structure juridique du premier degré, c’est-à-dire une vraie autonomie de l’école, au sens du collectif de travail.

Et dans le second degré ?

Il existe de nombreux problèmes de fonctionnement pédagogique. Une réforme du collège et du lycée reste à mettre en place. La finalité des enseignements doit être explicitée et les objectifs redéfinis. Il faut sortir de la dictature des programmes scolaires que l’on n’arrive jamais à boucler. Il s’agit de redonner du sens au travail des enseignants, les remettre dans une perspective plus positive que de devoir simplement terminer le programme. Idem pour les lycées : les collègues ont besoin d’une finalité plus grande que le baccalauréat. La liaison avec le supérieur reste à construire. Les enseignants ont aussi besoin d’avoir une plus grande maîtrise du fonctionnement de leur établissement, avec plus de démocratie interne. Concrètement, cela passe par une reconnaissance supplémentaire pour les personnes qui s’impliquent au-delà de leurs heures d’enseignement. Sinon, cela revient à exploiter le personnel et compter sur le bénévolat.

La fronde contre la réforme des rythmes scolaires est-elle terminée, sachant que seules 20% à 25% des écoles environ sont revenues à la semaine de 4,5 jours ?

Le syndicat SNUipp a lancé deux appels à la grève en décembre. Ni l’une ni l’autre n’ont mobilisé les foules. A mon avis, l’objet de la grogne n’était pas le bon. La mise en place de la réforme des rythmes scolaires se heurte à des problèmes locaux, comme le partage des salles de classe, qui cristallisent les mécontentements. Les difficultés ne se règleront pas en réécrivant le décret mais par l’organisation localement d’un dialogue social. Or aujourd’hui on ne discute que du report ! Il est évident qu’il y aura des difficultés en septembre 2014, mais cela ne sert à rien de repousser l’échéance de la mise en place d’une réforme dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle est nécessaire.

Quels changements attendez-vous en faveur de l’éducation prioritaire ?

Une reconnaissance de la spécificité de l’éducation prioritaire est nécessaire. Il ne s’agit pas de faire du saupoudrage. Les nouveaux moyens annoncés vont dans le bon sens. Le système des pondérations du temps de service a été acté fin 2013 pour l’éducation prioritaire. Désormais, il faut aller plus loin en reconnaissant clairement la spécificité du travail en ZEP et en permettant aux enseignants d’y travailler différemment.

La réforme du statut des enseignants est en discussion au ministère : êtes-vous prêt à des concessions ?

Le schéma de la réflexion engagé nous convient : il s’agit de se mettre d’accord sur les missions des enseignants. Il est nécessaire de reconnaître et de borner avec un cadre précis le travail des professeurs. Après, lorsqu’on parle des obligations de service, c’est plus compliqué d’être d’accord. Tout le monde sait que les enseignants travaillent bien plus que leurs seules heures de cours devant la classe. Nous pensons donc qu’il faudrait des indemnités supplémentaires pour rémunérer l’engagement hors du temps de classe ou, au choix, des décharges de services.