Nouvelle licence : « la spécialisation progressive est le mot d’ordre »

La réforme de la licence, engagée par la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, se met en place avec une nouvelle nomenclature des parcours de formation déjà visible. Décryptage avec Jean-Michel Jolion, chef du service de la stratégie à la Direction Générale de l'Enseignement Supérieur et l'Insertion Professionnelle (DGESIP).

Jean-Michel Jolion chef service stratégie DGESIPQue vont changer les nouvelles licences ?

La réforme fixée par le Cadre National des Formations (CNF) place désormais les 695 000 étudiants du cycle licence au cœur des dispositifs de formation au moyen de quatre leviers : une meilleure information et orientation, la réorganisation des parcours de formation, la rénovation de la pédagogie, la préparation à l’insertion professionnelle. Concernant plus particulièrement la réorganisation, la spécialisation progressive est le mot d’ordre des formations, avec la mise en œuvre de socles de compétences pluridisciplinaires communs à  plusieurs mentions de licences et/ou licences professionnelles.

Le cycle licence intègre désormais pleinement les licences professionnelles (LP) dans l’offre de formation, faisant du parcours menant à une LP une voie tout aussi naturelle que celles menant à une troisième année de licence générale (L3), en fonction du projet personnel et professionnel de l’étudiant. Les voies de spécialisation vers la L3 ou de professionnalisation vers la LP s’anticiperont maintenant d’égale manière, au moyen de parcours adaptés au sein des deuxièmes années de licence.

Seul un étudiant sur deux passe actuellement en 2ème année universitaire : en quoi cette réforme va-t-elle permettre d’améliorer la situation ?

La licence accueille chaque année 245 000 nouveaux bacheliers, soit près de 54% de l’ensemble des bacheliers, et il est vrai que seul un sur deux d’entre eux accède directement à la deuxième année de licence. Garantir la réussite de l’étudiant, c’est construire le continuum Bac-3/Bac+3 entre le lycée et l’université. Il s’agit en premier lieu de donner une lisibilité accrue pour l’information des familles, pour une meilleure orientation. C’est le but recherché par la simplification des intitulés organisé par le CNF, où nous passons de 322 à 45 mentions de licence. L’impact est déjà visible sur le site « APB » (Admission Post-Bac). Le fil conducteur de la réforme est par ailleurs celui de la spécialisation progressive de  l’étudiant, lui permettant une élaboration de son projet personnel et professionnel au fur et à mesure de l’avancée dans le cursus.

La réforme passe aussi par la rénovation de la pédagogie. Les pratiques culturelles liées au numérique révolutionnent l’art d’enseigner et d’accompagner la diversité des publics étudiants des universités. Le CNF place cette question au centre des préoccupations des universités.

Comment sera-t-il possible, concrètement, de se réorienter en cours de cycle ?

L’organisation du cycle licence prévoit un socle commun de compétences au sein d’un bouquet de parcours possibles, conçu de manière à permettre à l’étudiant des choix de poursuites d’études et de réorientations parmi ce bouquet de parcours-types ou de mentions. La définition de cette organisation et du périmètre du socle commun relève de la stratégie et de l’autonomie pédagogique des universités mais elle fait l’objet d’un engagement contractuel lors de la procédure dite d’accréditation entre les établissements et le ministère. En pratique, l’étudiant aura la possibilité de s’orienter et/ou de se réorienter, de changer de filière en cours de route, de façon cohérente et par paliers identifiés d’orientation, aidé des conseils et de l’accompagnement des équipes pédagogiques.

La pluridisciplinarité est-elle la solution pour rendre l’université plus attractive ?

La pluridisciplinarité doit être la règle en début du cursus de licence, non seulement dans l’offre de formation mais aussi dans la composition des équipes pédagogiques. Cette pluridisciplinarité est nécessaire pour permettre la spécialisation progressive et éviter l’enfermement des jeunes dans des choix trop précoces, en regard de la maturité de leur projet professionnel.

Il n’y aura pas d’appauvrissement de la richesse de l’offre de formation. Elle  s’exprimera au sein des parcours-types mais dans une approche de spécialisation progressive et non pas tubulaire dès l’entrée en licence comme trop souvent aujourd’hui avec les conséquences que l’on connaît.

Une critique souvent faite à l’université est d’être en décalage par rapport au monde de l’entreprise : en quoi la nouvelle licence peut-elle améliorer les choses ?

La loi prévoit la généralisation des conseils de perfectionnement qui associeront la communauté éducative, les étudiants et le monde socio-économique au plus près de chaque formation. Ces conseils ont pour but d’être un lieu naturel de réflexion sur l’évolution de chaque formation en tenant compte notamment de l’avis du monde de l’entreprise. Le CNF réaffirme que des représentants du monde socioprofessionnel sont associés à la conception et à l’évaluation des formations et participent aux enseignements.

De quels délais disposent les universités pour proposer les nouveaux cursus ?

Le CNF prévoit que la nomenclature des intitulés de licence se mette en place dès la rentrée 2014 et le portail APB en tient d’ores et déjà compte. La réforme sera totalement finalisée d’ici 2016.

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