Apprentissage de l’orthographe : « les profs sont mal formés ! »

La faute d’orthographe n’est pas une fatalité, selon Anne-Marie Gaignard, pédagogue et formatrice. Diagnostiquée dyslexique à 8 ans avant de réaliser à 36 ans qu’elle ne l’était pas, elle a longtemps culpabilisé de sa mauvaise orthographe, avant de mettre au point une méthode d’apprentissage de la grammaire. Aujourd’hui, elle critique le système scolaire français.

Anne-Marie Gaignard

Anne-Marie Gaignard

Dans votre livre autobiographique , « La Revanche des nuls en orthographe », vous dites que vos instituteurs n’ont pas utilisé la bonne méthode d’apprentissage de la lecture. Que leur reprochez-vous ?

Je suis en colère car ce que je leur reproche est toujours d’actualité : leur formation de base est mauvaise, ils sont formés uniquement à enseigner aux bons élèves. La plupart des professeurs des écoles ne savent pas comment leurs élèves mémorisent les connaissances. C’est grave ! Cette méconnaissance peut planter un enfant pour la vie. C’est ce qui me serait arrivé, si je n’avais pas eu cette prise de conscience que le problème ne venait pas de moi. Environ 40% des enfants sont touchés par la dysorthographie, un trouble durable de l’apprentissage de la lecture et l’orthographe. Et l’on n’a rien d’autre à leur proposer qu’une méthode uniformisée. Dans une classe, certains ont une mémoire auditive, d’autres une mémoire visuelle et d’autres encore davantage kinesthésique. Certains auront un peu des trois, mais ce n’est pas la majorité. Il faut s’adapter au fonctionnement intellectuel de chacun, sinon tout effort sera vain. Et c’est pour cette raison que je suis opposée au collège unique et à l’idée que l’on donne le même enseignement à tous. Dans les pays d’Europe du Nord ou au Québec, c’est très différent, chaque instituteur est spécialisé. En France, on mise sur une pédagogie standardisée. Résultat, près de la moitié des élèves ne savent pas bien lire à l’entrée en 6e et il y a fort à parier que nous continuerons de reculer, au mieux de stagner, dans les études Pisa.

En quoi consiste votre méthode d’apprentissage, dont vous dites qu’elle permet de réconcilier les enfants avec la grammaire et l’orthographe ?

J’ai transformé la grammaire en un conte de fée, avec des princes en mouvement et deux rois : « Être » et « Avoir ». Le premier est sympathique, facile à vivre, tandis que le second se montre retors. Dès lors que l’on a compris comment fonctionnent ces rois, on saura accorder tous les autres verbes. J’entends, je vois, je fais : tel est le principe de la grammaire que je propose et elle fait des petits miracles. Impossible de ne pas comprendre. C’est fait pour tous ceux qui ne comprennent rien aux COD et aux COI. Dans la grammaire que je propose, il n’y a pas de termes grammaticaux. C’est un outil de remédiation que tous les enseignants devraient consulter.

Un récent rapport de l’Inspection générale de l’éducation nationale pointe du doigt un manque de compétences des enseignants pour apprendre la lecture aux élèves. L’école est-elle aujourd’hui suffisamment à l’écoute des enfants « dys » ?

Non et ça fait des années que cela dure ! On nous rebat les oreilles avec la question des rythmes scolaires alors que c’est un faux problème. En revanche, il est fondamental de repenser la formation de base des enseignants du premier degré. Or rien ne bouge, il y a toujours le même lobby des maisons d’édition et ce sont toujours les mêmes personnes qui interviennent au sein des ESPE . Ce qui me met le plus en rogne, c’est qu’on continue de faire culpabiliser les enfants qui font des fautes d’orthographe.

Quels conseils donneriez-vous aux enseignants ? Que peuvent-ils faire face à des enfants diagnostiqués dyslexiques ou dysorthographiques ?

Formez-vous aux publics en difficulté ! En France, dès qu’il y a un problème, on agite la solution médicale. Il est normal, s’il y a suspicion de troubles de l’apprentissage, d’orienter vers un orthophoniste qui fera un bilan. Mais pour ne pas risquer de confondre un dyslexique avec un dysorthographique, mieux vaut encore se demander pourquoi il y a eu un raté dans l’apprentissage et agir en amont.

Comment distinguer un trouble spécifique et un manque de travail ? Beaucoup d’élèves écrivent en langage « texto » et tous ne sont pourtant pas dysorthographiques ?

Les troubles de l’écriture ne sont jamais liés à un manque de travail. Je ne connais pas un enfant qui n’a pas envie d’apprendre à lire et à écrire. Quant au langage texto, il ne faut pas tout confondre : la plupart des élèves n’écrivent pas phonétiquement dans une copie. Ils savent faire la différence de niveau de langage.

8 commentaires sur "Apprentissage de l’orthographe : « les profs sont mal formés ! »"

  1. caroudel  20 décembre 2013 à 12 h 36 min

    Si Anne-Marie Gaignard avait appris à lire avec écrilu (voir le site « ecrilu ») elle n’aurait pas été diagnostiquée dyslexique !
    En consultant sur le site de Meirieu : http://www.meirieu.com/ECHANGES/echangesdepratiques.htm
    on peut se rendre compte de l’utilité de commencer par coder pour éviter la dyslexie d’apprentissage et respecter l’orthographe !Signaler un abus

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  2. JOSY44  20 décembre 2013 à 12 h 48 min

    Je partage votre point de vue mais il manque un élément essentiel : pour enseigner l’orthographe il faudrait d’abord que les enseignants de tous les niveaux soient capables de comprendre les phénomènes qui expliquent certaines particularités donc pour moi on ne peut enseigner l’orthographe que si on a suivi des cours de grammaire et philologie et si on a des connaissances même légères en latin et en grec car on peut expliquer aux enfants certaines « bizarreries » et ils les comprennent très bien et cela ne devient plus une science obscure.
    Je l’ai fait pendant toute ma carrière et je peux le dire en toute modestie avec une grande réussite et je le fais aujourd’hui encore avec mes petits-enfants qui prennent cela comme un jeu.Signaler un abus

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  3. Robert  20 décembre 2013 à 14 h 22 min

    Le constat d’où part cette dame est réel mais dans sa vindicte, elle invente des ennemis imaginaires et pense détenir LA solution.
    Les enseignants de l’Éducation Nationale de France ne sont pas formés à UNE méthode qui serait mauvaise et il n’y a pas de lobby des éditeurs en faveur d’UNE méthode (laquelle d’ailleurs?) La vérité est qu’ils sont peu ou pas formés du tout à enseigner l’orthographe et qu’ils gèrent ce problème sans méthode.
    Beaucoup de maîtres ne maîtrisent pas eux-mêmes l’orthographe, tous ne sont pas passés par l’IUFM. Avant sa suppression, l’IUFM dispensait 2 ans de formation dans le meilleur des cas, dont une seule effective, la première étant consacrée à la préparation du concours. C’est un temps très insuffisant pour rendre polyvalents des licenciés spécialisés dans une seule discipline et majoritairement négligents à l’égard de l’orthographe. Faut-il regretter que l’exigence de la société en matière d’orthographe ne soit plus aussi forte que du temps où on recalait les candidats au Certificat d’Études qui faisaient 5 fautes dans leur dictée ? Le choix n’appartient pas à la seule Éducation Nationale.
    Quelle que soit la méthode, l’orthographe s’acquiert par la patience et la vigilance. Cela ne se trouve pas dans UN manuel ou UNE seule méthode.Signaler un abus

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  4. lité44  22 décembre 2013 à 15 h 41 min

    Faire des suggestions didactiques, c’est bien. Encore faudrait-il qu’elles reposent sur des bases avérées. D’où sort ce chiffre de 40% de dysorthographiques ? Et ces 50% d’élèves qui ne savent pas lire ? Et que dire de la distinction entre mémoire auditive et mémoire visuelle, obsolète depuis des décennies ? Comme promotion d’une méthode miracle, on a déjà vu mieux.Signaler un abus

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  5. Issananda  26 décembre 2013 à 12 h 37 min

    Question simples: Est ce que les professeurs sont éduqués à éduquer?
    Est ce que les professeurs ont un volet sur la pédagogie dans leur formation?Signaler un abus

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