Anne-Marie Gaignard

Anne-Marie Gaignard

Dans votre livre autobiographique , « La Revanche des nuls en orthographe », vous dites que vos instituteurs n’ont pas utilisé la bonne méthode d’apprentissage de la lecture. Que leur reprochez-vous ?

Je suis en colère car ce que je leur reproche est toujours d’actualité : leur formation de base est mauvaise, ils sont formés uniquement à enseigner aux bons élèves. La plupart des professeurs des écoles ne savent pas comment leurs élèves mémorisent les connaissances. C’est grave ! Cette méconnaissance peut planter un enfant pour la vie. C’est ce qui me serait arrivé, si je n’avais pas eu cette prise de conscience que le problème ne venait pas de moi. Environ 40% des enfants sont touchés par la dysorthographie, un trouble durable de l’apprentissage de la lecture et l’orthographe. Et l’on n’a rien d’autre à leur proposer qu’une méthode uniformisée. Dans une classe, certains ont une mémoire auditive, d’autres une mémoire visuelle et d’autres encore davantage kinesthésique. Certains auront un peu des trois, mais ce n’est pas la majorité. Il faut s’adapter au fonctionnement intellectuel de chacun, sinon tout effort sera vain. Et c’est pour cette raison que je suis opposée au collège unique et à l’idée que l’on donne le même enseignement à tous. Dans les pays d’Europe du Nord ou au Québec, c’est très différent, chaque instituteur est spécialisé. En France, on mise sur une pédagogie standardisée. Résultat, près de la moitié des élèves ne savent pas bien lire à l’entrée en 6e et il y a fort à parier que nous continuerons de reculer, au mieux de stagner, dans les études Pisa.

En quoi consiste votre méthode d’apprentissage, dont vous dites qu’elle permet de réconcilier les enfants avec la grammaire et l’orthographe ?

J’ai transformé la grammaire en un conte de fée, avec des princes en mouvement et deux rois : « Être » et « Avoir ». Le premier est sympathique, facile à vivre, tandis que le second se montre retors. Dès lors que l’on a compris comment fonctionnent ces rois, on saura accorder tous les autres verbes. J’entends, je vois, je fais : tel est le principe de la grammaire que je propose et elle fait des petits miracles. Impossible de ne pas comprendre. C’est fait pour tous ceux qui ne comprennent rien aux COD et aux COI. Dans la grammaire que je propose, il n’y a pas de termes grammaticaux. C’est un outil de remédiation que tous les enseignants devraient consulter.

Un récent rapport de l’Inspection générale de l’éducation nationale pointe du doigt un manque de compétences des enseignants pour apprendre la lecture aux élèves. L’école est-elle aujourd’hui suffisamment à l’écoute des enfants « dys » ?

Non et ça fait des années que cela dure ! On nous rebat les oreilles avec la question des rythmes scolaires alors que c’est un faux problème. En revanche, il est fondamental de repenser la formation de base des enseignants du premier degré. Or rien ne bouge, il y a toujours le même lobby des maisons d’édition et ce sont toujours les mêmes personnes qui interviennent au sein des ESPE . Ce qui me met le plus en rogne, c’est qu’on continue de faire culpabiliser les enfants qui font des fautes d’orthographe.

Quels conseils donneriez-vous aux enseignants ? Que peuvent-ils faire face à des enfants diagnostiqués dyslexiques ou dysorthographiques ?

Formez-vous aux publics en difficulté ! En France, dès qu’il y a un problème, on agite la solution médicale. Il est normal, s’il y a suspicion de troubles de l’apprentissage, d’orienter vers un orthophoniste qui fera un bilan. Mais pour ne pas risquer de confondre un dyslexique avec un dysorthographique, mieux vaut encore se demander pourquoi il y a eu un raté dans l’apprentissage et agir en amont.

Comment distinguer un trouble spécifique et un manque de travail ? Beaucoup d’élèves écrivent en langage « texto » et tous ne sont pourtant pas dysorthographiques ?

Les troubles de l’écriture ne sont jamais liés à un manque de travail. Je ne connais pas un enfant qui n’a pas envie d’apprendre à lire et à écrire. Quant au langage texto, il ne faut pas tout confondre : la plupart des élèves n’écrivent pas phonétiquement dans une copie. Ils savent faire la différence de niveau de langage.