Mutez-nous !

Mutez-nous ! © NUBE

Que reprochez-vous au système de mutation des enseignants du 1er degré ?

Le problème n’est pas nouveau mais depuis 2008, le taux de demandes de mutation satisfaites est en chute libre : il n’est que de 23% en 2013. Ce qui nous révolte, c’est que parmi les mutations accordées cette année, 48% n’avaient pas de caractère prioritaire sur le plan légal, contrairement à nos demandes de mutation pour rapprochement de conjoint ou handicap, en accord avec l’article 60 de la Loi du 11 janvier 1984 sur le statut des fonctionnaires de l’Etat. La procédure de mutation se déroule en deux phases : la première est informatique, la seconde écrite pour les mouvements complémentaires. La procédure informatique de permutations est biaisée et inéquitable à cause du calibrage d’entrants/sortants dans chaque académie, qui est trop faible. Résultat : avoir beaucoup de « points » dans le barème ne garantit pas d’obtenir gain de cause. Et le paradoxe de cette gestion des ressources humaines, c’est qu’on se retrouve avec des postes d’enseignants non pourvus dans de nombreux départements, comblés par des contractuels, candidats rattrapés au concours, ou remplaçants, pourtant déjà en nombre insuffisant dans beaucoup de départements.

Combien de professeurs des écoles « souffrent » d’être dans l’expectative ?

Nous sommes 2800 à être laissés sur le carreau, sachant qu’il faut en moyenne trois ans d’attente pour obtenir sa mutation et que certains d’entre nous patientent depuis 10 ans. Pour prendre l’exemple de mon cas personnel, je demande depuis 2009 ma mutation dans l’Ariège pour me rapprocher de mon conjoint, notre domicile étant à 950 km de mon poste. Si je veux pouvoir vivre avec ma famille, je suis obligée d’abandonner mon métier en me mettant en disponibilité. Le plus angoissant, c’est de n’avoir aucune échéance.

N’est-ce pas normal que l’Education Nationale régule les demandes, en fonction des besoins ?

Si, bien sûr, mais contrairement à une idée reçue, nous ne demandons pas notre mutation pour aller au soleil ! Il s’agit de nous rapprocher de nos conjoints, souvent mutés pour des raisons économiques, ou améliorer les conditions de vie d’une personne handicapée. Et nous ne comprenons pas le volume actuel de recrutements d’enseignants, alors que nous sommes très nombreux à demander notre mutation. Pour prendre un exemple concret, dans l’académie de Toulouse, il y a eu 305 recrutements et seulement 20 entrées accordées par mutation. Ce que nous demandons, c’est qu’il y ait un peu moins de recrutements et plus de mutations. Ce serait plus judicieux que d’abaisser les seuils d’admissibilité  pour pallier le manque de candidats aux concours enseignants. Les professeurs en disponibilité attendant leur mutation, dans un contexte de résultats médiocres de la France à l’enquête PISA 2012 , constituent un réservoir de personnels formés et expérimentés. Il faut s’en servir ! Le ministère de l’Education Nationale opte pour une gestion administrative, quitte à sacrifier des vies de famille.

Quelles sont les conséquences de cette situation ?

C’est très variable mais nous sommes tous confrontés à un dilemme : suivre notre conjoint ou conserver notre travail. Même casse-tête pour les enseignants qui demandent une mutation pour raison de handicap. Le problème, si l’on se met en disponibilité, c’est qu’on ne touche plus notre salaire et qu’on ne cotise plus pour la retraite. On n’a pas le droit non plus d’enseigner ailleurs puisque la grande majorité des établissements privés sont sous contrat avec l’Etat. Certains réussissent quand même à trouver des petits boulots, le plus souvent subis. Mais ce n’est pas évident car notre expérience et nos diplômes ne correspondent pas à la réalité du marché du travail. Résultat : comme nous l’avons indiqué à la DGRH en octobre , la détresse psychologique est palpable et alarmante.