Réforme du statut des enseignants-chercheurs : peu de changements en vue

Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche s’apprête à publier, au plus tard début janvier, un nouveau décret sur le statut des enseignants-chercheurs, modifiant légèrement le décret « Pécresse » de 2009. Le SNESUP estime que le compte n’y est pas. Décryptage.

Amphithéâtre université

Amphithéâtre université © Danielle Bonardelle – Fotolia.com

« Un simple toilettage. » La formule émane du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR), pour qualifier la réforme statutaire des enseignants-chercheurs. « Le précédent décret de 2009 n’a été que très peu touché », affirme-t-on au MESR, « nous n’avons fait qu’intégrer ce qui est rendu obligatoire par la loi ESR  du 22 juillet dernier, notamment sur la gouvernance des universités et le fait que la carrière des enseignants-chercheurs relève désormais du conseil académique ».

Problème : la question, sensible mais centrale, du temps de travail des 59 600 enseignants-chercheurs titulaires, n’a pas été abordée. Et le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup) estime ne pas avoir été écouté : « nous avons l’impression que les échanges avec le MESR n’ont servi à rien. Les changements sont mineurs et, au final, le décret comportera les mêmes risques que le décret Pécresse , avec des aggravations », critique Marc Neveu, co-secrétaire général du Snesup. « Les aspects du décret jugés négatifs en 2009 auraient dû être supprimés », poursuit-il, en pointant du doigt la modulation de service et l’évaluation individuelle.

Dans le contexte d’austérité budgétaire actuel, Marc Neveu craint d’une part que les universités ne se saisissent de la possibilité, offerte par la modulation de service, de pousser le curseur du temps d’enseignement au-delà du seuil de 192 heures annuelles, « sans payer les heures complémentaires ». D’autre part, le Snesup ne digère pas le principe des évaluations individuelles, prévues tous les quatre ans. Marc Neveu redoute qu’elles ne servent de « punition, en cas de recherche insuffisante » : « dans le décret, il est question de suivi de carrière. Ne nous leurrons pas, il s’agit d’une évaluation, confiée au CNU, afin que les universités puissent s’en servir à des fins budgétaires. »

Un temps de recherche difficile à quantifier

Officiellement, tout enseignant-chercheur est tenu d’effectuer 192 heures de travaux dirigés (TD) par an. Un volume horaire ramené à 128 heures, lorsqu’il s’agit de cours magistraux (CM), qui nécessitent un plus grand travail de préparation (un CM est rémunéré 1,5 fois un TD, en moyenne). L’autre moitié du « temps de travail de référence » doit être consacré, selon le décret, à la recherche.

Dans les faits, « cette répartition 50/50 est à mesurer non pas par jour ou par semaine, mais sur l’année », insiste Bruno, professeur d’histoire à l’université de Franche-Comté, « pendant les semaines où il y a des cours, on peut dire que l’enseignement donné, la préparation, la correction de copies et les tâches administratives liées à l’enseignement occupent plus de la moitié du temps. Mais pendant l’été, les vacances scolaires ou les périodes d’examens, la recherche reprend le dessus ».

Jacques (prénom modifié), professeur d’italien fraîchement retraité à Paris, dénonce lui un système « hypocrite » : « les énarques normaliens du ministère ont décidé qu’un enseignant-chercheur doit partager son temps entre enseignement et recherche. Pour l’enseignement, le ministère, très soupçonneux à notre égard, a inventé le temps d’enseignement en présence physique des étudiants ! Mais comment calculer le temps de recherche ? » Selon cet enseignant, les universités « bricolent » à partir des textes officiels et les rappels à l’ordre, peu nombreux, sont « sans effet réel ».

Autre effet pervers du système, selon cette même source : il serait assez fréquent « que des collègues sautent leurs cours, arrivent très en retard, fassent le moins possible de contrôles écrits et ne préparent pas du tout leurs interventions parce qu’ils/elles investissent dans la recherche et la gestion, en tablant sur le fait que c’est ce qui est privilégié et de très loin pour l’obtention d’une promotion ». Bruno, professeur d’histoire, nuance : « de tout temps, certains enseignants-chercheurs ont négligé leur enseignement. De même, dans tout métier, il y a des gens qui se fatiguent moins ou qui ont moins de conscience professionnelle que d’autres. Mais ce n’est pas la majorité ! Ceci dit, c’est vrai que l’évaluation et la carrière d’un enseignant-chercheur se fait plus sur la recherche que sur l’enseignement, mais c’est plutôt moins le cas aujourd’hui, certaines tâches d’enseignement et administratives ayant une reconnaissance officielle, me semble-t-il. »

Pour dissiper le flou autour de la réalité du travail des enseignants-chercheurs et faire reconnaître « l’ensemble des tâches chronophages » qui leur incombent, le Snesup souhaite que le Référentiel national des tâches soit mieux cadré… tout en reconnaissant qu’il est très difficile d’encadrer le temps dédié à la recherche.

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.