A quelques jours de la publication des résultats de l’étude Pisa 2013, Le Monde dévoile un rapport de l’Inspection générale tirant le « bilan de la mise en œuvre des programmes issus de la réforme de l’école primaire de 2008« . Ce rapport, signé entre autres par l’Igen Philippe Claus, pointe du doigt les lacunes de certains professeurs des écoles dans la mise en oeuvre des programmes en français et le manque de formation s’y rapportant.

La « dimension transversale » du français trop peu exploitée

En français, les nouveaux programmes étaient censés « censés remédier aux faiblesses mises en évidence par les évaluations nationales […] ou internationales (PIRLS) », indique le rapport, mais les auteurs pointent des lacunes dans l’organisation de l’enseignement des professeurs des écoles. Ils citent entre autres l’articulation insuffisante entre les travaux de français, en lecture par exemple, et les autres disciplines. Ainsi, « dès le cycle 2, des ouvrages documentaires à la portée des élèves permettraient d’élargir la gamme des textes lus, trop souvent exclusivement fictionnels. Au cycle 3, quand on considère le nombre de textes donnés à lire, qui se succèdent sans nécessité (et qui donnent l’impression qu’il s’agit de lire pour lire), sans suite thématique ou autre lien raisonné, on préfèrerait que le choix soit raccordé aux sujets d’étude traités par ailleurs ».

« Manque de suivi » des élèves en lecture

Toujours concernant la lecture, les auteurs du rapport soulignent « un travail rigoureux sur le code au CP », avec « un manque de suivi approfondi au CE1 » et «  une absence du renforcement nécessaire pour parvenir à l’automatisation ». Pourtant, « 98 % des enseignants du cycle 2 ont le sentiment d’enseigner de manière satisfaisante la ‘technique’ de la lecture ».

Au cycle 3, « ce qui frappe dans ce domaine de la lecture, c’est que la majorité des maîtres ne dispose pas des cadres théoriques minimaux, ce qui ne leur permet pas d’être lucides quant à leurs pratiques », affirme également le rapport. « Ils n’ont guère de repères pour juger de la complexité des textes qu’ils proposent et n’ont souvent de critères de choix que la longueur ou le thème ».

Mais « le besoin de (re)penser cet enseignement n’est pas ressenti. C’est pourtant urgent », estiment les auteurs.

Le geste d’écriture enseigné de manière insatisfaisante

En ce qui concerne l’écriture, les enseignants interrogés par les auteurs du rapport sont 92 % à estimer « travailler de manière satisfaisante la copie, et 94 % la dictée ». Toutefois, « les écrits n’attestent pas nécessairement un enseignement rigoureux du geste d’écriture », relèvent-ils. « Des inspecteurs qualifient les activités graphiques et de copie d’activités bouche-trou ; ils indiquent ainsi que le maître intervient peu et n’accorde guère d’importance à ces tâches qui relèvent d’un rite scolaire et ne sont pas perçues dans ce qu’elles peuvent avoir de formateur ».

Trop faible utilisation des outils numériques

Sur les outils utilisés par les enseignants, les auteurs du rapport déplorent la dépendance « par rapport aux manuels, fichiers ou, aujourd’hui de manière croissante, sites internet », qui est « d’autant plus forte que les connaissances des maîtres ne constituent pas d’appuis solides pour construire un enseignement ».

Ils dénoncent également la faible utilisation des supports numériques en cours, puisque « 10 % des maîtres consultés par questionnaire disent mettre régulièrement leurs élèves en situation d’écrire avec un clavier (c’est une composante explicite du programme) et 54 % reconnaissent ne jamais le faire ». Trois arguments sont avancés par les enseignants interrogés : « manque de matériel aisément mobilisable, nécessité de travailler en groupes réduits dès que l’on recourt au numérique et temps à consentir pour cela ».

Manque de formation des enseignants sur les programmes de 2008

En conclusion, « s’il existe de brillants contre-exemples des faiblesses pointés dans ce bilan, force est de reconnaître que leur nombre n’est pas à la hauteur des défis auxquels on doit faire face », écrivent les auteurs du rapport. Pour autant, ce ne sont pas seulement les programmes de 2008 qui sont mis en cause. « La présente enquête met en évidence à la fois la conscience d’une obligation qui pousse au respect des programmes et la lecture très particulière qu’en font les maîtres : certains domaines sont négligés alors que d’autres sont traités avec obstination y compris quand les enseignants ont le sentiment […] que, ce faisant, ils accomplissent un travail inefficace ».

Les auteurs relèvent également que « quelques professeurs des écoles, même s’ils sont très rares parmi ceux qui ont été rencontrés, n’ont pas eux-mêmes une maîtrise optimale de la langue, surtout à l’écrit. La majorité d’entre eux manquent de connaissances, […] et n’ont pas la vue d’ensemble qui leur permettrait d’établir une hiérarchisation entre les notions à étudier, une progression, des relations fructueuses entre domaines ».

Toutefois, le manque de formation des enseignants autour des programmes de 2008 est aussi mis en question par le rapport. « S’il y eut des séances d’animation pédagogique dans la première année de mise en œuvre ou la deuxième, le dispositif n’a pas été assez durable et important pour permettre de déconstruire des habitudes et d’en faire acquérir de nouvelles ». Pourtant, des inspecteurs cités par le rapport soulignent que « lorsque des formations sont proposées, les professeurs des écoles ne les demandent pas car ils ont ‘l’impression de savoir enseigner le français’ ».