Portrait de Memona Hintermann du CSA

Portrait de Memona Hintermann du CSA

Quel était le besoin de créer cette plateforme d’éducation et de sensibilisation aux médias ?

J’ai passé 30 ans de ma vie entre les micros et les caméras, jusqu’à l’an dernier où j’étais encore à Gaza pour France 3. A chaque fois que j’ai réalisé un sujet, je me suis demandée si les gens comprendraient pourquoi nous avions choisi de retenir tel ou tel plan, certains propos plutôt que d’autres… Il est essentiel que le grand public comprenne comment fonctionnent les médias. Aujourd’hui, les adolescents regardent la TV et quantité d’autres écrans. Dans la mesure où leurs élèves sont abreuvés d’images, il est du devoir des enseignants d’aller sur ce champ pour les aider à décrypter le fonctionnement des médias audiovisuels.

N’est-ce pas une « opération séduction » pour redorer l’image négative du grand public à l’égard des médias en général ?

Quand Olivier Schrameck (président du CSA) m’a nommée à la tête du groupe de travail « Audiovisuel et éducation », je ne savais pas ce que j’allais pouvoir faire concrètement. J’ai donc eu l’idée d’une plateforme pédagogique à destination du grand public. Je me déplace depuis des années dans les établissements scolaires de toute la France. L’objectif n’est pas de redorer l’image des médias mais d’aider le public à faire le tri dans les images et à avoir le recul nécessaire pour comprendre les contraintes des journalistes.

Les enseignants et leurs élèves sont-ils bien informés sur le fonctionnement des médias ?

Pas assez à mon goût ! Jusqu’à aujourd’hui, l’écrit a toujours été privilégié par rapport aux vidéos par la majorité des enseignants et je suis convaincue que les deux ne sont pas indissociables ! Je suis bien placée pour dire que l’école est une bouée de sauvetage pour de nombreux élèves issus de milieux défavorisés : l’école m’a sauvée. J’invite donc tous les enseignants à consulter ce site pour trouver les clés de compréhension. Il n’est pas parfait mais il va évoluer progressivement. Nous allons notamment former une personne au maniement du son et au montage vidéo pour que nous puissions recueillir directement des témoignages d’enseignants.

Quels outils pédagogiques vont-ils trouver sur la plateforme ?

Il y a de nombreuses fiches pratiques qui permettent de comprendre ce qu’est un téléviseur connecté, comment une grille de programmes se construit à la télévision, comment s’élabore le JT de 20h de France 2… Je veux vraiment que le CSA accompagne les téléspectateurs et auditeurs et que sa voix porte dans les écoles pour expliquer les rouages des médias.

Par ailleurs, j’ai récemment rencontré le président de l’Institut national audiovisuel (INA), Mathieu Gallet, car je considère que le coût d’accès aux images dans les collèges et les lycées est bien trop élevé. De nombreux enseignants m’ont témoigné de leurs difficultés à utiliser des images dans leurs cours. Les discussions sont en cours et je vais tout faire pour qu’on trouve un terrain d’entente car je veux que les mines d’informations de l’INA bénéficient aux élèves.

A titre personnel, un enseignant vous a-t-il transmis une envie, une vocation ou une passion ?

J’ai passé mon enfance à La Réunion. Je suis issue d’une fratrie de 11 enfants et nous ne sommes que deux à avoir eu la chance de faire des études. Je me souviens particulièrement de mon institutrice de CM2 : elle s’appelait Madame Christiane Prugnières. Elle donnait des coups de règles sur les doigts aux élèves dissipés. Et pourtant, c’est elle qui m’a donné le goût d’apprendre. C’était en 1963, je m’en souviens car j’étais dans sa classe le jour de la mort de John Fitzgerald Kennedy. A l’époque, on arrivait à l’école sans cahier et sans livre. Mais quand on travaillait bien, elle nous prêtait des ouvrages de sa collection personnelle. J’avais eu le droit à « Mémoire d’un âne » de la Comtesse de Ségur. Mon rêve était alors de devenir institutrice. Cette enseignante m’a dit que j’étais capable d’apprendre et de m’en sortir. Aller à Paris, c’était comme aller sur la lune. Si j’y suis parvenue, c’est en partie, je crois, grâce à elle.