« Le blocage en maths n’est pas une tare mais une aventure ! »

Les maths font peur à beaucoup d'élèves. Comment apprendre à aimer cette discipline ? Entretien avec Anne Siety, psychopédagogue spécialiste des blocages en mathématiques.

Anne Siéty ©Sarah Pachoud

Anne Siety ©Sarah Pachoud

Quand on parle de « peur des mathématiques », de quoi s’agit-il ?

La peur des maths ne se manifeste pas nécessairement par un état de panique. Un élève angoissé peut très bien commencer par sortir ses affaires comme si de rien n’était, puis se mettre à bâiller et, quelques minutes plus tard, s’écrouler sur sa table. Non par fainéantise, mais parce que la peur lui coûte tellement d’énergie qu’elle l’épuise littéralement. Ne pas travailler est très coûteux en mathématiques : cela se traduit par des mauvaises notes qui seront autant de blessures personnelles. Je n’ai jamais rencontré d’élève faisant preuve de mauvaise volonté. En revanche, les élèves angoissés par les maths sont nombreux.

Qui a « peur » des mathématiques ? Existe-t-il des prédispositions et une différence filles/garçons ?

Une fille fera des maths à sa façon de fille, et un garçon à sa façon de garçon. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas de règles, tout dépend de la personnalité et du ressenti de chacun. Quand on demande à un élève ce que représente pour lui un nombre négatif, on est étonné de la variété des réponses : l’un dira « c’est quand j’ai perdu cinq billes », tandis qu’un autre évoquera « l’altitude en dessous du niveau de la mer », ou encore « le nombre négatif a un moins, donc quelque chose en plus ». Bref, il y aura autant de perceptions que d’élèves. Le fait d’avoir des parents matheux ou non ne détermine pas le rapport de l’élève aux mathématiques : on peut les aimer justement parce qu’on est seul, dans la famille, à goûter leur saveur. Cependant, quand les maths suscitent beaucoup de stress à la maison, cela peut créer une certaine pesanteur.

Comment expliquer qu’il existe une telle détestation pour les maths, plus que pour tout autre enseignement ?

Les mathématiques semblent très éloignées de nous, de notre vie. Il s’agit de la seule discipline qu’on ne pratique pas en dehors des cours, contrairement au français, qu’on emploie quotidiennement, à la géographie, qui se rappelle à nous à chaque nouveau paysage… Pourtant, les mathématiques nous parlent de nous à notre insu : comme elles sont abstraites, il me semble qu’on leur donne du contenu à partir de ce qu’on est. Or, en mathématiques, il n’est question que d’«inconnues», de «repères», d’«origine», de «familles libres» ou «liées»… Cela peut nous toucher, faire résonner en nous des questions profondes, parfois douloureuses. Je me rappelle un adolescent qui avait été adopté et dont le seul problème en mathématiques concernait la notion de «racine.»

Un livre pour surmonter la peur des maths

Anne Siety a écrit « Qui a peur des mathématiques ? », paru chez Denoël en février 2012 et réédité en août 2013 par Le Livre de Poche . Elle y explique, à partir d’exemples concrets, que l’apprentissage des maths nécessite une maturation personnelle. Elle donne également des astuces aux élèves pour surmonter leur appréhension et améliorer leurs résultats.

Anne Siety est une des protagonistes du film « Comment j’ai détesté les maths » d’Olivier Peyon, en salles le 27  novembre prochain.

Quels conseils donner aux enseignants pour lever les blocages et faire aimer les maths ?

Un blocage n’est pas forcément lié à la manière d’enseigner. Les professeurs ne doivent pas se culpabiliser ! Il se joue souvent quelque chose à un niveau plus profond dans la rencontre entre l’élève et les mathématiques. Ce qui peut aider les élèves à ne pas perdre le fil, c’est de leur proposer des supports concrets. Par exemple, utiliser de la pâte à modeler ou des petits cailloux peut être un point d’appui. Mais cela ne peut se faire que si cela plaît à l’enseignant. Quand je cherche dans mes souvenirs des moments jubilatoires en maths, je me souviens de professeurs passionnés, d’un cours entièrement fondé sur les caramels mous en 6e… L’humanité de l’enseignant passait dans les mathématiques.

Est-il possible d’apprivoiser les maths, après avoir éprouvé les pires difficultés ? Comment s’y prendre ?

Qui a peur des mathématiques ?

Qui a peur des mathématiques ?

Les possibilités de rebond sont nombreuses. Souvent, un élève qui a de mauvaises notes est un bon élève qui s’ignore ! Simplement, il n’a pas encore trouvé comment aborder les mathématiques sereinement, d’une façon qui lui parle, qui l’intéresse, ou qui l’amuse. Au lieu de s’acharner à faire quantité d’exercices sans les comprendre, mieux vaut chercher d’où viennent les blocages, en échangeant avec son professeur ou un psychologue par exemple. Il est essentiel qu’un élève qui a du mal en maths ne se vive pas comme un élève «nul» . Au contraire, il s’agit de lui faire comprendre qu’il est intelligent, et que son intelligence va l’aider à trouver ce qui se passe dans sa rencontre avec les maths. Le blocage en maths n’est pas une tare mais une aventure, dont l’un des enjeux est de mieux se connaître !

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3 commentaires sur "« Le blocage en maths n’est pas une tare mais une aventure ! »"

  1. mathavecrenee  18 novembre 2013 à 11 h 16 min

    Je m’étonne un peu lorsque Anne Siety affirme que le fait d’avoir un parent matheux ou non, ne détermine pas le rapport de l’élève aux maths. Sans doute n’y a t-il aucune règle générale, mais des propos tels que « mon mari et moi sommes tous deux nuls en maths » donnent rarement à l’enfant l’assurance de pouvoir s’en sortir en math. Inversement, un père ou une mère qui parle d’énigmes mathématiques ou autres curiosités liées aux maths développera indiscutablement chez l’enfant un autre élan je pense. Renée, didacticienne des mathématiquesSignaler un abus

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  2. nuam  22 novembre 2013 à 16 h 28 min

    Je pense que l’analyse de Mme Siety concernant les blocages en mathématiques (analyse psychologisante) n’est valable que pour une minorité d’élèves en difficulté. Un cadre théorique tel que la didactique des mathématiques ou la TAD offre bien plus de « billes » pour analyser et tenter de remédier aux difficultés des élèves…Signaler un abus

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  3. cloclo11  8 décembre 2013 à 2 h 03 min

    Bonjour, je voudrais tout simplement vous remercier, car vous rassurez les élèves, ce qui est déjà parfois une première porte qui peut mener à un déblocage ? Vous faites preuve d’une grande intelligence, doublée d’une grande humilité. Merci encore.Signaler un abus

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