Classe maternelle © Dmitry Vereshchagin - Fotolia.com

Classe maternelle © Dmitry Vereshchagin - Fotolia.com

La grogne monte dans les écoles parisiennes. Selon Jérôme Lambert, secrétaire départemental du SNUipp-FSU, le retour de la semaine de quatre jours et demi crée de nombreux problèmes dont celui, particulièrement épineux, de l’occupation des classes.

A écouter le premier syndicat du primaire, les enseignants de la capitale sont privés de leur espace de travail lors des activités périscolaires, le mardi et le vendredi de 15h à 16h30. « C’est un souci », indique Jérôme Lambert, « les professeurs, surtout en maternelle, ne peuvent plus préparer les activités du lendemain puisqu’ils doivent laisser leur salle ». Les animateurs subissent aussi la situation. Pourquoi ne pas cohabiter ? « Non, les élèves peuvent être gênés si l’enseignant reste dans la classe au moment des activités », explique Jérôme Lambert, « ils n’ont pas le même comportement en présence de leur professeur. »

Deux élèves se sont endormis

Marie (les prénoms ont été modifiés), professeur des écoles en CE2 dans une école du 19e arrondissement, se dit « très inquiète ». A cette période, les règles de vie scolaire commencent théoriquement à être assimilées par les élèves. « Ce n’est pas du tout le cas cette année. On a l’impression d’être en janvier, au retour des vacances de Noël », confie-t-elle. Dans son école, la journée du jeudi est devenue très éprouvante : « les enfants sont très agités. La violence est davantage présente à la récréation. Et puis ils sont plus fatigués : pour la première fois, deux élèves se sont endormis en classe ! » Autre difficulté : « le tableau devient le lieu du jeu. Je découvre des inscriptions en arrivant le matin. » Sans parler de la propreté de la classe, qui crée des tensions entre adultes. Selon Marie, lorsque les activités périscolaires débutent, le « spectacle » est toujours le même : « c’est le bazar pendant 30 minutes. Imaginez 300 enfants sous un préau, le bruit est indescriptible ! » Pour ne pas déranger les tables en classe, un animateur a opté pour une initiation à la danse africaine dans les couloirs de l’école. Il est alors difficile de trouver une salle au calme pour travailler ou recevoir les parents. Du coup, explique Marie, « à 15h, j’embarque ma pile de cahiers et j’essaie de m’isoler, en général dans le bureau de la directrice ou sur un banc car la salle des profs est déjà remplie. » D’autres enseignants préfèrent rentrer chez eux.

Des enseignants attendent de récupérer leur classe

En maternelle, c’est encore plus compliqué. Impossible de délocaliser la préparation de certains exercices, de procéder à de l’affichage en classe ou de faire sécher des travaux d’élèves… Résultat : « A 15h, on se marche dessus dans la salle des maîtres », témoigne Emeline, professeur des écoles dans le 18e arrondissement. « Certains enseignants patientent pendant 1h30, en attendant de pouvoir récupérer leur classe. On fait tout dans l’urgence. Faute de mieux, il m’arrive de mettre en place mes ateliers le matin même », avant l’arrivée des élèves à 8h20. Emeline constate en outre « beaucoup de pleurs » : « les élèves ne comprennent pas les différentes activités qui ont lieu en classe ni le rôle de chacun. Ils ont l’impression que je les abandonne à 15 h. »

Jérôme Lambert résume : « il ne s’agit pas de tirer un bilan de la réforme après un mois seulement. Nous disons juste que les conditions dans lesquelles s’est déroulée la rentrée ne sont pas bonnes. » Et de citer une enquête , réalisée auprès des 663 écoles du territoire parisien, « avec 200 remontées négatives ». Le syndicat demande l’arrêt de la réforme sur les rythmes scolaires ainsi qu’une remise à plat du dossier : « nous ne sommes pas pour le statu quo, nous sommes contre la semaine Darcos mais nous ne voulons pas d’un bricolage ! »

Face à l’urgence de la situation, la mairie de Paris a annoncé des ajustements . Avec, au préalable, une étude commandée à un organisme indépendant pour évaluer le dispositif en maternelle. Ses propositions sont attendues d’ici le 31 décembre 2013.