« Imposer des quotas d’entrée en IUT est la pire des méthodes ! »

La loi sur l'enseignement supérieur et la recherche (ESR), votée en juillet dernier, impose aux IUT des quotas de bacheliers technologiques. Guillaume Bordry, président de l'Association des directeurs d'IUT (ADIUT) salue l’objectif mais critique la méthode.

Guillaume Bordry

Guillaume Bordry

La loi ESR prévoit des quotas d’admission en IUT, fixés par les recteurs d’académie et obligatoires à la rentrée 2014, pour les bacheliers technologiques. Cette mesure va-t-elle dans le bon sens ?

L’objectif visé, qui est de permettre la réussite du plus grand nombre de bacheliers technologiques, est tout à fait louable. Mais nous n’avons pas attendu la loi pour œuvrer dans ce sens : la preuve en est que les IUT ont adapté tous les programmes de la rentrée 2013/2014, avec un accompagnement spécifique pour les bacheliers technologiques. La méthode utilisée, qui consiste à imposer des quotas d’entrée en IUT, est la pire de toutes ! Très centralisatrice, elle est maladroite et très mal perçue par les directeurs et l’ensemble des équipes pédagogiques des IUT. Elle ne responsabilise pas les acteurs. C’est bien simple, dès qu’il a été question de quotas, les conseils d’IUT ont cessé de s’occuper du travail jusque-là réalisé sur le vivier de candidatures, en concertation avec les proviseurs. Mes collègues vont faire ce qu’on leur demande : ils étaient motivés par l’idée de susciter des vocations chez les bacheliers technologiques … Ils ne mettront pas forcément la même énergie dès lors qu’il s’agit de remplir des quotas.

En moyenne, les IUT comptent 30%  de bacheliers technologiques cette année. Cela vous paraît-il suffisant sachant que ces filières courtes leur sont destinées à l’origine ?

Cette idée que les IUT ont été créés pour les bacheliers techno est diffusée à l’envi par le ministère. Mais c’est faux ! Ces filières courtes ont été créées en 1966, c’est-à-dire avant la création des bacs technologiques en 1968, dans un seul but : la professionnalisation des lycéens. En revanche, augmenter le taux de 30% est un enjeu bien réel mais complexe à réaliser. Les disparités sont nombreuses dans la vingtaine de spécialités proposées en IUT. Dans les filières industrielles et du génie notamment, le vivier de candidats est très faible et les quotas n’y changeront rien ! En revanche, il serait souhaitable de mener un travail, en concertation avec les lycées, pour inciter les bacheliers technologiques à postuler dans ces filières.

Comment procédez-vous dans votre IUT pour sélectionner les candidats ? Pourquoi seuls 25% de bacheliers technologiques sont-ils retenus ?

C’est un taux moyen. Pour la formation Techniques de commercialisation, on monte à 40% ! A l’inverse, en statistiques, informatique et, pire, dans les métiers du livre et de l’édition, les viviers et le taux sont très faibles. Actuellement, une politique d’établissement et un travail en partenariat avec les lycées suffisent pour trouver un équilibre naturel entre les bacheliers généraux et technologiques.

Les IUT occupent-ils une place suffisante dans la réforme de l’enseignement supérieur ?

Une chose me frappe dans cette réforme : elle a été pensée en terme de flux d’étudiants mais elle occulte totalement la dimension professionnalisante des diplômes. Et quand on oublie cela, on oublie les IUT. La professionnalisation est l’affaire de toute l’université. La réforme en cours sur le cycle licence et les licences professionnelles me semble confirmer ce désintérêt, inquiétant, pour la professionnalisation.

Quelles perspectives offrent les études technologiques sur le marché de l’emploi ?

Pour le moment, les études technologiques représentent plutôt un bon choix pour les étudiants. Ils sont de moins en moins nombreux à vouloir s’insérer sur le marché de l’emploi à bac+2 : 80% poursuivent leurs études. Beaucoup font ainsi le choix d’une licence professionnelle pour décaler leur recherche d’emploi d’une année et pour se familiariser avec le marché du travail par la voie de l’alternance. Il y a un attrait qui ne se dément pas pour ces formations courtes qui offrent des possibilités de paliers et la possibilité de choisir le meilleur moment pour s’insérer dans la vie active.

A la sortie de l’IUT, les entreprises font-elles une différence entre les bacs généraux et technologiques ?

Absolument pas ! Les têtes de classe sont alternativement des bacheliers généraux et technologiques. Les entreprises sont beaucoup plus intéressées par la question de la motivation et la capacité à se mettre immédiatement au travail, des aspects qui ne sont pas l’apanage des bacs généraux.

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