Jean-Michel Fourgous maire UMP Elancourt

Vous comptez déjà plus de 19.000 signataires sur deux pétitions contre la réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon (voir encadré), combien de signatures visez-vous ?

A mon niveau de maire, quand vous avez mille signatures c’est déjà une réussite. Maintenant que l’UMP en a fait le relais, cela a vite été multiplié par 10. On va approcher les 20.000 signatures… C’est important en termes de quantité, mais aussi de qualité : il y a des professeurs, des élus, des représentants des fédérations de parents d’élèves qui nous soutiennent.

Que reprochez-vous à la mise en place de la réforme ?

Vincent Peillon n’aurait jamais dû se lancer dans quelque chose dont il n’a pas forcément les moyens, et qui n’a jamais été prioritaire dans les besoins des profs, des collectivités ou des parents. Personne n’était demandeur de cette réforme. Le vrai problème, c’est qu’il n’y a eu aucune étude d’impact sur l’efficacité économique et sur les résultats scolaires. Ce qui préoccupe les parents, ce ne sont pas les rythmes, ce sont les résultats scolaires, or les premiers retours qu’on a montrent que la réforme ne les améliorent pas.

La réforme des rythmes est partie d’une grande idée de quelques théoriciens, de chronobiologistes. Mais est-ce qu’un chronobiologiste a déjà géré un budget public, des enfants ou des enseignants ? On va écouter un micro-expert sur un micro-segment pour prendre la décision de réorganiser les écoles, sans tenir compte d’une quinzaine de variables beaucoup plus importantes : le rythme des familles, celui des enfants, la vie de la commune et ses finances…

Il fallait évaluer le rapport coût/efficacité de la réforme avec une étude d’impact. Tous les députés demandent qu’on arrête de balancer des lois sans aucune étude préalable ! Souvenez-vous des « 35 heures » : on allait gagner plus, travailler moins… Résultat, la France, cinquième puissance mondiale, a perdu plus d’un point de croissance.

Comme Jean-François Copé, vous mettez en avant le coût de la réforme, tandis que le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon met en avant le bien-être des enfants : doit-on vraiment considérer le coût de l’éducation ? N’est-ce pas un investissement pour l’avenir ?

Est-ce que Vincent Peillon s’est demandé s’il avait les moyens de mener cette réforme ? Elle coûte entre un milliard et un milliard et demi d’euros selon les évaluations. Comment trouver un milliard et demi aujourd’hui, alors que l’Etat français n’arrive même pas à rembourser ses intérêts d’emprunts ? Il faut attendre de sortir de cet état de faillite. Nous avons aujourd’hui une gouvernance de gens qui ne savent pas produire de la richesse, ils ne savent que la redistribuer. Quand on retrouvera un niveau de croissance normal qui réalimentera les caisses de l’Etat et des communes, on pourra éventuellement rouvrir ce dossier. Pour l’instant, on ne devrait pas demander un effort supplémentaire à des communes déjà endettées.

Mme Hidalgo (première adjointe au maire de Paris, ndlr), qui n’est pas UMP, dit elle-même que cette réforme est un boulet. La ville de Paris tablait sur un coût de 10 millions d’euros, c’est passé à 20 millions, aujourd’hui ce serait plutôt 30 millions. Comment peut-on se tromper de 300% dans les prévisions budgétaires ? A Trappes, autre ville socialiste, la réforme va coûter un million et demi d’euros, alors qu’ils ont déjà du mal à payer leurs fournisseurs : où vont-ils trouver cet argent ? En zone rurale, dans les petites communes qui n’ont pas de gymnase, pas de salle de sport, pas de piscine, qui ont du mal à trouver des animateurs de centres de loisirs, la réforme va coûter jusqu’à 500 euros par enfant, alors que l’Etat n’en donne que 100.

Les nouvelles activités périscolaires introduites par la réforme ne sont-elles pas une mesure de justice sociale, puisque tous les enfants, y compris ceux issus de milieux défavorisés, ont désormais accès à des activités sportives ou culturelles ?

Quelle justice sociale y a-t-il entre la petite commune rurale qui n’a pas de moyens pour mettre en place des activités, et une ville comme Paris par exemple ? Au contraire, cette réforme est marquée du sceau de l’injustice ! Et dans les conditions d’une réforme qu’on n’a pas les moyens de se payer et où il n’y a pas eu de préparation, il n’y a pas d’accompagnement. Dans certaines villes, on a pris comme animateurs des jeunes gens de 20-25 ans qui ne sont pas formés. Les professeurs sont des professionnels, les parents leur font confiance, mais ils ne vont pas faire confiance à des mômes de 25 ans sans formation, alors ceux qui le peuvent vont retirer leurs enfants après l’école.

Au-delà des grands discours, il faut aller sur le terrain et parler avec les profs, les parents d’élèves, les fédérations et les maires. Les socialistes veulent faire rêver, ils balancent trois fois le mot « social » et trois fois le mot « justice » et puis c’est bon, on se fiche de l’application, c’est la perception qui compte. Mais les maires, eux, sont dans la réalité.

Selon vous, quels chantiers auraient dû être prioritaires par rapport à celui des rythmes scolaires ?

C’est d’abord de réformer les programmes, ensuite de moderniser la pédagogie, et d’augmenter la formation des profs ! Voilà l’attente qu’il y a sur le terrain. La modification des rythmes scolaire n’est pas adaptée à l’évolution de l’école, c’est ringard et obsolète. Alors que nous sommes en train de repousser les murs de la classe avec le numérique, les espaces d’apprentissage deviennent complètement différents.

Aujourd’hui, il faudrait plutôt se concentrer sur le management décentralisé pour les écoles, accorder plus d’autonomie aux chefs d’établissements, et surtout développer les nouveaux outils pédagogiques dans toutes les villes de France. Il faut sortir d’une pédagogie frontale qui ennuie les enfants, pour mettre en place des pédagogies mixtes, collaboratives, et surtout différenciées. Avec une bonne appropriation du numérique, on peut augmenter de 30% les résultats scolaires, d’après des études américaines.

A Elancourt, il y a des robots que les enfants programment pour développer leur intelligence logico-mathématique, un TNI par classe, des cours d’anglais par visioconférence, du soutien scolaire gratuit en ligne, les élèves ont des tablettes à domicile pour suivre les cours entre l’école et la maison… On augmente ainsi le plaisir d’apprendre pour les élèves, et le plaisir d’enseigner pour les profs !