Rentrée : « pas de changement dans le quotidien des enseignants », selon la FSU

Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU, première fédération syndicale de l'Education, fait le point sur la "refondation" de l’école. Selon elle, la rentrée s’est déroulée dans de meilleures conditions que l’an dernier mais les chantiers urgents restent nombreux.

Bernadette Groison

Bernadette Groison

Le ministre de l’Education nationale l’avait promis : il y a plus de professeurs devant les élèves et plus de moyens pour la rentrée. La situation est-elle satisfaisante ?

A l’évidence, en matière de créations de postes, les choses vont mieux. Pour autant, il faut avoir à l’esprit que la poussée démographique absorbe ces nouveaux postes créés dans le 1er et le 2nd degrés. La rentrée s’est déroulée dans de meilleures conditions que l’an dernier mais tout n’est pas réglé, loin de là : il y a encore beaucoup de classes surchargées, en Seine-Saint-Denis notamment, et beaucoup d’établissements manquent d’infirmières scolaires et d’assistants sociaux. Et les personnels administratifs ont dû absorber un travail plus important sans moyens en conséquence. Le paradoxe de cette rentrée c’est que tout se passe plutôt bien alors qu’il n’y a pas de réel changement dans le quotidien des enseignants. Ils n’ont pas de nouvel outil qui leur permette de changer leur façon de travailler. La priorité donnée au primaire était nécessaire. Il faut désormais concrétiser cet effort et s’attaquer sans tarder au secondaire ainsi qu’aux grands oubliés : les enseignements professionnel et agricole.

Les nouveaux rythmes scolaires sont-ils à la hauteur des attentes ?

Tout le monde a bien compris que la réforme n’a pas fait l’unanimité : seuls 22% des élèves vont à l’école 4 jours et demi, tandis que pour les autres rien n’a changé, la semaine de 4 jours est toujours en vigueur. Il y avait consensus pour dire que les rythmes scolaires n’étaient pas adaptés. Mais sur la manière d’appliquer une autre organisation, Vincent Peillon a été trop vite. Il n’y a pas eu de vraie concertation entre les enseignants et les élus. Nous serons donc très attentifs à la manière dont s’applique la réforme des rythmes scolaires sur le terrain.

Que pensez-vous de la charte de la laïcité qui devra être affichée d’ici fin septembre dans les écoles, collèges et lycées ?

Il s’agit d’un acte important pour restaurer la fonction essentielle de l’école : porter les valeurs de la société et notamment la laïcité. Maintenant il faut aller plus loin et réfléchir à la manière dont cette charte pourra être exploitée par les enseignants afin que les jeunes se l’approprient.

Les nouvelles Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPÉ), qui remplacent les IUFM, vous semblent-elles aller dans le bon sens ?

Dire que les enseignants doivent être mieux formés est positif. Une fois qu’on a dit ça, il faut s’entendre sur les masters mis en place et le choix des intervenants au sein des ESPÉ. Sur ce dossier aussi, il y a eu de la précipitation : le travail a été insuffisamment coordonné entre le ministère de l’Éducation nationale et le ministère de l’Enseignement supérieur. Ainsi, cinq d’entre elles n’ont pu être accréditées que pour un an. J’ai entendu le ministère de l’Éducation nationale dire que l’on s’oriente vers une année de transition : c’est une bonne chose car il va falloir faire un état des lieux et corriger ce qui ne fonctionne pas. Le cadrage national des masters doit être précisé. Il faudrait également réfléchir dans le détail à leur contenu disciplinaire, et à la place de la théorie par rapport aux stages de terrain. Les premiers étudiants en ESPÉ vont forcément essuyer les plâtres.

Dans quelles mesures seriez-vous prête à accepter une refonte du statut des professeurs ?

La question ne se pose pas en ces termes. Aujourd’hui, les personnels de l’éducation effectuent de nombreuses tâches qui ne sont pas reconnues statutairement. Je pense à la gestion de la relation avec les parents ou encore au travail en équipe. Nous pouvons donc discuter des missions mais dans ce cas, regardons ce qui se passe sur le terrain et après nous verrons s’il faut toucher au décret de 1950 (lequel régit leur temps de travail). Des évolutions sont possibles mais il faut d’abord se demander quels sont les besoins. Dans tous les cas, nous n’accepterons pas de modifications qui dégraderaient les conditions d’exercice, comme une annualisation ou un allongement du temps de travail.

Quels sont les autres dossiers qui vous paraissent les plus urgents à mener ?

L’éducation prioritaire est un dossier majeur, qui concerne plus d’1,5 million de jeunes. Il est important de regarder précisément où il faut investir et mener une vraie politique interministérielle du territoire. L’autre priorité est de se pencher sur le contenu des programmes avec le conseil supérieur des programmes (CSP). Et puis il est crucial d’étudier comment mieux accompagner nos jeunes, en faisant travailler les personnels ensemble. Sur ce point rien n’existe, tout reste à inventer.

 

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.