« Sur le chemin de l’école » : des gamins du bout du monde prêts à tout pour aller à l’école

"Sur le chemin de l'école", film documentaire suivant quatre enfants bravant des kilomètres de désert et de danger pour aller à l'école, sort le 25 septembre. Le réalisateur, Pascal Plisson, nous accorde une interview exclusive.

Comment est née l’idée de faire ce film et avez-vous déjà travaillé sur le thème de l’école ?

J’ai déjà filmé des jeunes, car j’ai filmé des jeunes guerriers Massaï, mais je n’ai jamais fait de sujet sur l’école auparavant. J’ai habité plusieurs années au Kenya où je filmais pour National Geographic, la BBC, Canal+, et un jour en faisant un repérage près du lac Magadi, je tombe sur un groupe de trois jeunes guerriers Massaï, qui n’avaient pas de lances, mais de petites sacoches en toile de jute. Ils couraient depuis l’aube depuis une heure et demi sous une chaleur terrible, et ils n’étaient encore qu’à la moitié du chemin, pour aller à l’école. Le plus jeune des trois, âgé de 12 ans, a sorti de sa sacoche une craie, une ardoise, un cahier. Ils m’ont expliqué qu’ils souhaitaient changer de vie, qu’ils ne voulaient plus être guerriers, et qu’ils voulaient aller à l’école. Cette rencontre extraordinaire a été pour moi le déclic. Lors de mes voyages, j’ai croisé ensuite d’autres enfants, avec des petits cartables, souvent pieds nus, faisant aussi des kilomètres dans la forêt, dans la savane. J’ai décidé de faire un film sur ces gamins du bout du monde qui sont prêts à tout pour aller à l’école.

Vous qui parcourez le monde, qui avez croisé nombre de ces enfants, pourquoi avoir choisi Jackson, Zahira, Samuel et Carlito, les quatre petits héros du film ?

Le Kenya s’est tout d’abord imposé, car c’est un pays que je connais très bien, et je savais que dans le Nord, les écoles étaient très éloignées des habitations des enfants. J’avais en effet des critères précis : je souhaitais filmer des enfants entre 7 et 12 ans, et dont l’école était à plus de 10 kilomètres de leur habitation. Puis Jackson est sorti du lot : il a un tel charisme et une telle détermination qu’il s’est imposé immédiatement.

Pour l’Inde, c’est différent : notre producteur local a repéré une famille vivant sur le golfe du Bengale avec un enfant handicapé, Samuel, et ses deux frères. L’école de l’enfant s’est mobilisée pour l’aider à poursuivre sa scolarité, en construisant une rampe lui permettant d’y accéder. De plus, j’ai vu une photo des deux frères poussant sa chaise roulante dans des conditions très difficiles pour qu’il puisse aller à l’école. Je me suis dit que c’était une belle histoire de fratrie. Ils m’ont ému, et en même temps, l’amour qu’il y a dans cette famille ressort, au-delà de tout misérabilisme.

Au Maroc, c’est Aide et Action qui nous a aidés à trouver Zahira. Sa famille et en particulier son père, sont extraordinaires. Son histoire et celle de ses copines m’ont également beaucoup touché. Elle a une journée de marche dans les rudes montagnes de l’Atlas marocain pour rejoindre son internat. L’hiver, il y a de la neige et il fait -25 degrés.

Carlito, c’est une histoire un peu différente : en Argentine, les enfants vont, dans certaines régions, à cheval à l’école. Pour trouver Carlito, nous avons parcouru la cordillère des Andes pendant un mois. Carlito et sa petite sœur sur leur cheval, tout seuls en pleine cordillère, nous ont émus. Toutes ces histoires sont très fortes et j’ai créé avec ces enfants de véritables liens d’amitié. Nous étions très complices et j’ai aussi senti que ces gamins avaient envie de faire le film.

Pour votre film, avez-vous dirigé les enfants, ou au contraire, les avez-vous suivis, en les filmant tels quels, dans leur quotidien ?

Je voulais que les enfants restent le plus naturels possible, je n’ai donc rien changé de leurs habits, de leurs accessoires, le fauteuil roulant de Samuel a été laissé tel quel. Pour filmer, je me postais chaque jour sur leur chemin, là où ils passaient, pour capter le bon moment. Nous avons eu la chance d’avoir une lumière parfaite tous les jours : même si c’est un documentaire, c’est un film de cinéma, donc l’esthétique était pour moi primordiale.

Par ailleurs, pour suivre les enfants au plus près, nous n’avons pas traduit ni commenté leurs dialogues dans le film, ni ajouté la voix off d’un narrateur.

Le film a été tourné sur l’année 2012 : que deviennent les enfants depuis, avez-vous gardé le contact avec eux ?

Oui, bien sûr, et nous les avons aidés. Jackson est désormais dans un internat, de meilleur niveau que son école, à 30 kilomètres de chez lui. Ses parents viennent le voir le week-end, et il rentre chez eux pendant les vacances. Jackson dort dans un lit, a une douche, des toilettes… Et n’est plus confronté au quotidien au danger des éléphants : chaque année, des enfants sont tués par les éléphants sur le chemin de son ancienne école. Salomé, la petite sœur de Jackson que l’on voit dans le film, est avec lui. Ils cartonnent tous les deux. Nous avons également donné du bétail à son père pour qu’il puisse s’en sortir.

En Inde, nous avons offert deux fauteuils ultra-sophistiqués à Samuel. Ses deux frères les ont démontés et ont rajouté des pièces pour améliorer l’autre. Par ailleurs, nous avons construit une vraie maison pour Samuel est sa famille : auparavant, ils en avaient une en feuilles de palme. Et enfin, nous veillons à ce qu’il ait un suivi médical.

Au Maroc, nous avons donné de l’argent aux parents de Zahira et des fournitures pour son internat. Enfin, en Argentine, nous avons fait construire une pièce supplémentaire dans la maison de Carlito, et nous avons fourni une bibliothèque à son école.

Je vais de toute façon bientôt tous les revoir, car nous allons partir sur place leur montrer le film.

Les enfants ne l’ont pas encore vu ?

Non, et c’est volontaire. Ils n’ont rien vu durant le tournage, ce afin qu’ils conservent tout leur naturel. Ne sachant pas ce qu’était une caméra ni le cinéma, ils sont restés absolument authentiques, comme si elle n’était pas là.

Quel message essentiel souhaiteriez-vous faire passer auprès des élèves et de leurs enseignants ?

Faire prendre conscience aux enfants de nos sociétés occidentales de l’importance de l’école. Pour les enfants que nous avons filmés, l’école est le seul moyen de vivre mieux. Leurs parents, qui les soutiennent pleinement, n’y sont pas allés.

 

 

4 commentaires sur "« Sur le chemin de l’école » : des gamins du bout du monde prêts à tout pour aller à l’école"

  1. romy  10 novembre 2013 à 19 h 34 min

    Je l’ai vu cette après midi, la salle était pleine d’enfants… un documentaire très touchant…. <3Signaler un abus

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  2. Marc  5 décembre 2013 à 12 h 57 min

    Si ce n’est pas déjà prévu, je pense que ce documentaire devrait être diffusé OBLIGATOIREMENT dans toutes les écoles primaires, collèges et lycées et suivi d’un débat avec les élèvesSignaler un abus

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  3. Chantal  31 janvier 2014 à 9 h 56 min

    Je suis allée voir ce film avec ma fille de 12 ans et nous avons été touchées en plein coeur ! Le fond la forme tout est beau. Une grande leçon de vie et de courage ! Cela m’a touchée d’autant plus que je suis enseignante et que je cotoie chaque jours des enfants qui me disent ne pas aimer l’école. Ceux que dont nous faisons la connaissance dans ce film risquent chaque jour leur vie pour s’y rendre ! Je travaille en ce moment avec une collègue enseignante de lettres qui a donné  » l’école ailleurs  » comme thème de travail à ses élèves de 5ème. Ce travail de recherche doit donner lieu à une petit exposition et pour la clôturer nous pensons effectivement visionner le film avec les élèves afin qu’ils puissent échanger entre eux et donner leurs impressions, j’ai hâte !Signaler un abus

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  4. anais  3 décembre 2014 à 14 h 18 min

    tres bon film meme si je n ai que 10 ansSignaler un abus

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