SNPDEN : « La loi de refondation ne doit pas être juste un texte plein de bonnes intentions »

Le SNPDEN, principal syndicat des chefs d'établissements du secondaire, craint que la loi de refondation reste sans effets concrets, et appelle à des réformes plus drastiques pour le collège et les missions des personnels.

Philippe Tournier secrétaire général SNPDEN

Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN.

Pour le SNPDEN, la « lenteur » avec laquelle la loi de refondation de l’école a été promulguée a pu « geler l’enthousiasme » des personnels, qui sont toujours dans l’attente de changement un an plus tard. Le principal syndicat des chefs d’établissement, qui organisait ce lundi 26 août sa conférence de rentrée, regrette notamment que des questions qui ne nécessitaient pas le vote de la loi, comme celle de la carte scolaire, n’aient pas été traitées.

« Il ne sert à rien d’avoir de bons programmes définis par un Conseil national des programmes si l’on a une école inégalitaire, qui polarise les élèves par niveau scolaire voire par origine sociale », souligne Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN, pour qui la carte scolaire est un problème « majeur ». Les « quelques lignes » de la circulaire de rentrée qui y sont consacrées ne suffisent pas : le motif de dérogation pour « parcours scolaire particulier » relégué en fin de liste n’était déjà plus prioritaire « sous Darcos », observe-t-il.

« L’école est aujourd’hui toujours moins mixte que le quartier où elle se trouve, y compris dans des endroits avec des dimensions communautaires, voire ethniques, qui inquiètent les collègues. » La carte scolaire « devait être abolie à la rentrée 2010, et à la rentrée 2013 nous ne savons toujours pas où nous en sommes ! » déplore Philippe Tournier, qui souhaiterait un pilotage national sur cette problématique.

Supprimer le brevet et redonner du sens au bac

D’autres questions n’ont été qu' »à moitié » abordées par le ministère. La réforme des cycles, notamment, avec un cycle à cheval sur l’école et le collège, reste incomplète. « Notre regret est de ne pas avoir profité de cette occasion pour changer la dénomination des classes », ce qui aurait été bénéfique à la fois « en termes symboliques et de lisibilité ». Aujourd’hui, les personnels et les familles ne réalisent « pas du tout » qu’il y a eu un changement, affirme le syndicat.

Autre manque, l’absence d’un cycle « troisième-seconde », pourtant annoncé à l’origine. Le SNPDEN défendait l’idée de ce cycle d’orientation à cheval entre collège et lycée, qui aurait pu rendre « explicites » les critères de tri et la différenciation des parcours des élèves. Cela aurait également pu régler la question du brevet des collèges, qui n’a « plus aucun sens » et que le SNPDEN appelle à supprimer. Tandis que le baccalauréat doit retrouver du sens à l’heure où « nous nous rapprochons chaque année des 100% de réussite », et peut-être redevenir un examen d’entrée dans l’enseignement supérieur.

Pour le syndicat, la réforme drastique du collège et du secondaire promise par Peillon reste donc à venir : « nous craignons que la refondation ne dépasse pas le stade des mots ».

Redéfinir les missions des enseignants

Les missions des personnels, autre chantier entamé par le ministère, soulèvent aussi de nombreuses questions non résolues. Le SNPDEN pointe le problème des carrières longues parmi les personnels de direction, qui aujourd’hui ne rentrent plus en poste « à 45 ou 50 ans », et aspirent à faire autre chose à un moment de leur vie. Or, « la mobilité est aujourd’hui pénalisée », affirme Philippe Tournier. Le SNPDEN espère voir un jour constitué un corps unique à partir des personnels de direction et d’encadrement, ce qui faciliterait le changement de fonction.

Quant aux enseignants, le syndicat est catégorique : « les ‘textes sacrés’ que sont les décrets de 1950 ne reflètent plus la réalité de leur métier ». Le SNPDEN souhaite une redéfinition des missions des enseignants, et remarque que les sujets présentés comme « prioritaires » par le ministère (le remplacement des enseignants, ou l’accompagnement éducatif, par exemple) sont effectués « sur la base du volontariat », ce qu’il juge incohérent. « Sans mettre en place des mesures coercitives, il y a un décalage entre les textes et la réalité, » regrette Philippe Tournier. « Il faut arrêter de parler de nouvelles missions si cela ne se traduit jamais par des évolutions statutaires, sans quoi la loi de refondation sera juste un texte plein de bonnes intentions » et restera sans effets sur le terrain.

1 commentaire sur "SNPDEN : « La loi de refondation ne doit pas être juste un texte plein de bonnes intentions »"

  1. juliette  30 août 2013 à 17 h 30 min

    Enseignants: le problème, les problèmes c’est la reconnaissance, le respect des hiérarchies, des parents, des élèves, des politiques (humain) ! la reconnaissance par des salaires décents (voir à l’étranger)… Ceci incitera un peu plus au respect paroles d’élèves : moi, en un WE (quartier) ou en une semaine (chantier) je gagne plus que vous en un mois… Que les adultes montrent l’exemple: bonjour, merci… et puis la laïcité…Signaler un abus

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