Violetta Wowczak

Violetta Wowczak

Les enseignants sont-ils plus exposés au stress que d’autres professionnels ?

La profession d’enseignant présente un risque élevé de stress, spécialement pour les 30-40 ans, de la même manière que des métiers comme médecin ou policier. Le métier de professeur est complexe dans la mesure où il faut à la fois instruire et éduquer, dans une relation triangulaire : élèves, parents et hiérarchie. Chaque enseignant est soumis à une multitude de remises en question : on l’évalue, on attend de lui des résultats et il se trouve face à une absence de reconnaissance du grand public. L’idée persiste qu’il s’agit d’une caste de privilégiés. Résultat : l’enseignant se retrouve en posture d’autodéfense. On considère, à tort, que c’est un métier facile alors qu’il s’agit d’un travail intellectuel et physique. Les enseignants du 1er et du 2nd degrés vont d’ailleurs être davantage soumis au stress que leurs collègues de l’enseignement supérieur. D’autant plus que l’environnement scolaire change et qu’il y a un sentiment de défiance grandissant à l’égard de l’institution.

Quelles sont les manifestations de ce stress ? Quels signes doivent inquiéter ?

On peut les classer dans trois groupes. Il y a d’abord les signes physiologiques : migraines, mal de dos, perte de poids, hypertension artérielle, problèmes gastro-intestinaux… Quand en octobre, on se sent déjà très fatigué c’est qu’il y a un problème. Le stress a aussi des manifestations psychologiques : lorsque l’on se sent submergé par les copies à corriger ou les documents administratifs à remplir. Le sentiment de culpabilité face à son incapacité à gérer la situation est aussi un marqueur du stress. En clair, on baisse les bras, on se sent seul et souvent inférieur. Le stress se ressent aussi sur les comportements sociaux : on est toujours irritable ou de mauvaise humeur, on critique sans arrêt sa famille et ses amis. Et à l’école on devient très autoritaire, on n’est plus ouvert à la moindre proposition.

Comment évacuer son stress pendant l’été ?

Pendant les grandes vacances, l’enseignant va retrouver sa liberté. Mais j’insiste : pour ne pas arriver à la crise dépressive ou au burn-out, il est crucial d’écouter son corps et de se prendre en main toute l’année ! Faute de quoi, l’été ne sera qu’une parenthèse enchantée et les problèmes ressurgiront à la rentrée. Trop d’enseignants consultent d’ailleurs parce qu’ils se sentent épuisés physiquement et moralement. C’est qu’il est déjà trop tard et qu’ils n’ont pas su anticiper.
Je préconise donc de travailler durant l’été sur la pensée positive. La première chose pour aller mieux c’est de renouer avec son corps. Pour le ressentir, je conseille de faire du sport, de la marche, de la relaxation ou de la sophrologie. Il faut veiller à faire plaisir aux cinq sens : écouter la nature, la musique que l’on aime, bien manger, renouer le contact avec ses amis, redevenir insouciant. Le plaisir intellectuel peut être recherché, à condition de déconnecter avec son métier : il ne faut surtout pas lire en se disant que ça pourra servir pour l’année prochaine ! Sinon on reste conditionné dans son travail et la coupure n’a pas lieu. Pendant les vacances, les enseignants doivent renouer fermement avec l’instant présent.

Quels exercices pratiquer ?

Ils sont nombreux et très simples : il suffit, par exemple, de s’installer dans un endroit calme, de prendre une grande inspiration en fermant les yeux puis d’expirer progressivement comme si l’on soufflait dans une paille. A la fin de cette expiration, on ouvre les yeux et on revient à une respiration normale en observant son environnement immédiat comme si on le voyait pour la première fois. Il s’agit alors de se concentrer sur les sensations qui parcourent notre corps. Il faut rester dans l’instantané, sans analyser.