Michel Fize

Michel Fize

Le taux de réussite au bac atteint 86,8% cette année, en hausse de 2,4 points sur un an : faut-il s’en réjouir ?

Non, au contraire. A ce rythme, les 100% de réussite seront atteints en 2020, sachant que ce taux est déjà atteint par les lycées les plus prestigieux. Je souscris totalement à l’expression employée par Alain Bentolila : le bac est une « illusion démocratique ». Ainsi, en première année à l’université, on retrouve des étudiants quasi illettrés, incapables parfois de restituer le sens d’un texte, ce qui explique sûrement, pour partie, l’hémorragie d’échec en fin de 1ère année. Il faudrait identifier les acquis que couronne le bac, or personne n’en parle ! Quand je vois que certains bacheliers obtiennent plus de 21 sur 20 au bac, ça défie la statistique la plus élémentaire ! Aujourd’hui, le niveau n’a peut-être pas fortement baissé (encore que…) mais le bac n’évalue toujours, globalement, que les capacités de mémorisation du candidat.

Alors que les résultats n’ont jamais été aussi bons, comment expliquer que les disparités sociales de réussite au bac se creusent ?

Précisément parce que le système scolaire est hyper compétitif et par le jeu des mentions ! Je suis frappé de voir qu’aujourd’hui les candidats sautent de joie parce qu’ils décrochent une mention alors qu’à mon époque nous étions très satisfaits d’obtenir le bac (NDLR : en 1967, seuls 0,3% des bacheliers décrochaient la mention « très bien », contre 2% en 2000 et 10,5% en 2013). Le bac général est le « bac des riches ». Désormais la mention est impérative, sinon vous être considéré comme un sous-bachelier. Non seulement, le bac couronne les inégalités mais il les aggrave !

Instaurer une part de contrôle continu, est-ce vraiment la solution ?

Non et je pense toujours qu’il faut supprimer le bac, en le remplaçant au contraire par un contrôle continu intégral qui évaluerait toutes les aptitudes des élèves. L’objectif étant qu’il n’y ait aucun échec, grâce à l’usage de pédagogies différenciées. Si le contrôle continu était bien organisé, il permettrait de réduire les disparités. Ainsi, pour éviter que les mauvaises langues ne soupçonnent les enseignants de noter « à la tête du client » et de gonfler artificiellement les notes de leurs élèves, je préconise un « dépaysement » des copies, c’est-à-dire de les faire corriger à l’extérieur des établissements d’origine. Parallèlement, bien entendu, l’entrée à l’université doit rester libre.

Si cette solution est la meilleure, pourquoi le système reste inchangé ?

Le bac est un tabou en France. Il est censé porter toutes les vertus humanistes et égalitaires. Il est assimilé à la protection de tous contre l’arbitraire. Mais je pense qu’il sera supprimé un jour ou l’autre ! On nage en pleine hypocrisie : cette année, on ne parle que des réformes éventuelles et des difficultés de l’examen. Or il n’est pas raisonnable de penser réformer un tel mastodonte avec 700 000 candidats. Le bac me rappelle la fin lamentable du service militaire. Quand la décision a été prise par Jacques Chirac (en 1996) de le suspendre, cela faisait belle lurette que le service national n’avait plus de sens ! Il y a, dans cette affaire du bac, un problème de courage politique et de paresse intellectuelle. En Italie, la « Maturità » est, elle aussi, très contestée. Et en Allemagne, par exemple, l’Abitur comprend 70% de contrôle continu… On ne regarde pas ce qui se passe à l’étranger, sinon on se rendrait compte que le bac n’est pas universel.