Simon Perrier

Simon Perrier

Subjective, aléatoire, injuste… La note de philo est chaque année l’objet de vives critiques. A tort ou à raison, de nombreux bacheliers se plaignent du décalage entre leur moyenne annuelle et la note obtenue lors de l’examen, laissant planer le doute sur l’objectivité des correcteurs.

Dans une enquête, réalisée en 2010 auprès de 10 enseignants de philosophie, L’Etudiant pointait du doigt des écarts de notes « importants », pouvant aller jusqu’à 8 points, pour une même copie d’élève. L’Appep conteste cette enquête, estimant qu’il est « biaisé » de faire corriger des professeurs « en dehors de tout contexte normal de correction ».

Mais son président Simon Perrier reconnaît que « des écarts » dans les notes peuvent exister d’un correcteur à l’autre. Ce qui, selon lui, explique les « accidents » dont peuvent être victimes « à la marge » les candidats…

« La note n’est pas subjective ! »

Pour bien comprendre le phénomène, Simon Perrier rappelle que contrairement aux autres disciplines, il n’existe pas de barème de notation en philosophie mais des critères : « il y a, par exemple, des exigences inhérentes à la dissertation et à l’explication de texte », précise cet enseignant de philosophie au lycée Marceau de Chartres. « Nous attendons des candidats qu’ils s’approprient les notions philosophiques enseignées au fil de l’année et qu’ils ne se cantonnent pas à un simple débat d’opinions. »

Le président de l’Appep tient toutefois à dire que la note de philosophie n’est « pas subjective, en tout cas pas au sens où l’entendent les élèves ». Et de préciser : « l’enseignant n’évalue en aucun cas en fonction de ses opinions ! La difficulté repose sur le fait que cette discipline ne tolère pas de corrigé unique avec des contenus attendus. Dans les copies laborieuses, où les élèves ont du mal à s’exprimer, nous devons identifier ce qui mérite d’être sauvé. Et le problème, c’est que les attentes des professeurs peuvent différer… »

Déterminer un niveau de tolérance

Pour pallier le risque d’écarts de notes, les correcteurs de chaque académie se réunissent avec leurs paquets de copies immédiatement après l’épreuve, lors d’une réunion dite « d’entente » : « nous sélectionnons plusieurs copies tests, anonymes, que l’on estime représentatives du “cru” 2013. L’idée étant de discuter entre nous de ce qui pourrait poser problème. Cette réunion sert à déterminer notre niveau de tolérance face à l’incompréhension des élèves, en fonction des sujets  parfois difficiles. Après une année de philosophie, nous ne pouvons pas exiger une parfaite maîtrise des concepts. Il y a quelques jours, par exemple, nous avons eu le cas d’un élève imprécis sur Rousseau mais il y avait dans sa copie une réflexion philosophique qu’il fallait valoriser. »

Pas de double correction systématique

Chaque enseignant emporte ensuite ses copies avec lui : « selon les filières et les académies, chaque correcteur a entre 100 et 200 copies à corriger en 10 jours environ. Nous passons en moyenne entre 20 et 30 minutes par copie, sachant que nous avons de plus en plus de travaux de 9 à 12 pages, surtout en ES et en L », précise Simon Perrier, « en S, il n’est pas rare d’avoir des copies courtes mais avec parfois un très bon raisonnement.

Tout le dilemme est de trouver la marge acceptable entre une copie un peu paresseuse mais bien raisonnée, et un devoir un peu maladroit mais révélateur d’un travail important. En général, la philosophie préfère l’effort de s’expliquer plutôt que la synthèse. Il s’agit d’élaborer sa pensée et non de poser un résultat ! »

Une fois les copies corrigées et notées, une seconde réunion dite « d’harmonisation » rassemble de nouveau les enseignants. « Il n’y a pas de double correction de toutes les copies, ça n’a jamais été le cas car c’est irréalisable ! », insiste Simon Perrier.

En revanche, un double regard s’impose pour toutes les copies faibles, « qui obtiennent en dessous de 7 sur 20 », et confuses. « Il s’agit de vérifier qu’il n’y a pas eu un effet de lassitude du correcteur, comme ça peut arriver lorsqu’il y a un paquet de mauvaises copies, et que la note n’est pas trop sévère par rapport à la moyenne. Il faut avoir conscience qu’au bac la note n’a plus de vertus pédagogiques, elle est l’aboutissement d’un an de travail. » Simon Perrier encourage d’ailleurs ses collègues à corriger à plusieurs : « Echanger collectivement, à voix haute, permet d’être plus juste. »

Quant aux citations de philosophes, il rappelle qu’elles ne sont pas obligatoires et qu’il ne faut pas en abuser : « nous sommes contents de voir que nos cours ont servi à quelque chose mais on ne peut pas exiger d’un élève de terminale qu’il cite l’extrait exact d’une œuvre. » L’idéal ? Faire référence à un auteur, en rendant compte par soi-même de son point de vue. « Car même l’implicite est acceptable quand on s’explique bien », souligne Simon Perrier.