Plan anti-fraude au bac : des profs sur la réserve

Alors qu’un nouvel éventail de sanctions contre la triche au bac vient d’être présenté par le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon, les surveillants des épreuves restent très circonspects sur l’efficacité du dispositif. Témoignages.

Copies

Copies © Tomfry – Fotolia.com

Les fraudeurs sont dans le viseur : la chasse aux smartphones s’intensifie. Vincent Peillon a notamment rappelé le 6 juin dernier que toute fraude, ou tentative de fraude le jour du bac, pouvait avoir des conséquences graves, comme l’annulation du diplôme ou l’interdiction de repasser l’examen pendant cinq ans.

La tricherie a toujours existé mais elle s’est perfectionnée  : « La jeune génération tente tout le temps de tricher, c’est devenu un jeu ! », confie Elise (1), professeure de mathématiques dans la région parisienne, « certains élèves vont jusqu’à recopier leurs cours en transparence sur leur règle. Le classique c’est de récupérer des feuilles de brouillon de toutes les couleurs lors des bacs blancs pour pouvoir sortir l’antisèche de la couleur adéquate le jour de l’examen. Ils ont aussi des montres très perfectionnées… Honnêtement, ils sont super forts et je me sens dépassée par leurs nouveaux gadgets ».

Le téléphone portable : 40% des fraudes détectées

Le ministère de l’Education relativise : la fraude reste « rare », avec 419 suspicions de fraude en 2012, dont 40% liées aux téléphones portables, sur plus de 717 400 candidats. Mais après la fuite retentissante du bac 2011, Vincent Peillon veut redonner du crédit à un examen et à un diplôme très critiqué . Pour y parvenir, toutes les académies (contre 5 en 2012) vont désormais être dotées de détecteurs de téléphones portables, a priori plus simples à installer sur le plan juridique et technique que les brouilleurs. « Ça me paraît aller dans le bon sens », estime Pascal Charpentier, secrétaire national du SNPDEN  et proviseur au lycée du Parc à Lyon, « même s’il faudra continuer à être vigilant sur les sorties aux toilettes… ».

Ces détecteurs, dont le nombre et l’emplacement restent confidentiels, laissent néanmoins sceptiques un certain nombre d’enseignants : « j’ai l’impression que c’est de l’affichage », explique Elise, « les élèves ne sont pas dupes : ils savent que les détecteurs ne seront que très peu installés. » Stéphanie, enseignante dans un lycée rhônalpin, est du même avis : « ça ne concerne que quelques établissements choisis de manière aléatoire, j’ai du mal à croire que ça puisse marcher efficacement… Et puis il va aussi falloir qu’on pense à éteindre nos téléphones, nous surveillants ! »

« Les détecteurs, c’est du bluff »

Loys Bonod, professeur de lettres au lycée Chaptal à Paris, trouve aussi que « les détecteurs relèvent davantage du bluff que d’un contrôle effectif ». Il pointe plusieurs inconnues : « Qui va les mettre en œuvre ? Certainement pas des surveillants qui n’auront pas été formés. Comment savoir où est située la source précise ? Comment sera caractérisée la fraude dans le rapport ? » Le ministère indique que chaque recteur décide ou non d’affecter un appareil dans un centre d’examen et que son utilisation revient au chef de centre. Si l’appareil détecte un téléphone en fonctionnement, il s’agira alors d’« une suspicion de fraude » qui sera instruite par le chef de centre puis, le cas échéant, par le recteur. Quant à savoir si les détecteurs « captent » les échanges wifi et Bluetooth, le ministère assure que oui et précise : « il n’y a pas un type d’appareil mais ils sont capables de déceler toute communication 2G ou 3G. »

Pour renforcer l’effet dissuasif du dispositif, Vincent Peillon annonce aussi que tout blâme sera inscrit dans le livret scolaire : « cette mesure n’aura aucun effet », dénonce Pascal Charpentier, « le livret scolaire, s’il existe, n’est lu par personne après le bac ! »

Peu de sanctions

Par ailleurs, selon les statistiques du ministère, 29% des rapports de fraude restent sans suite. Et c’est un problème selon Loys Bonod qui, d’après sa propre expérience, assure qu’il faut beaucoup de détermination pour rédiger un rapport de fraude : « l’absence de réelles conséquences à la fraude ne fait qu’encourager les fraudeurs. Dans le dernier cas avéré de fraude virale en 2011, les élèves ont finalement échappé à toute sanction. »

Pour éviter toute clémence des enseignants, Loys Bonod préconise que les élèves ou les surveillants soient systématiquement convoqués dans un établissement différent du leur. « Autre mesure gratuite : l’instauration d’exercices ne permettant pas la fraude. Les QCM sans justification ont malheureusement tendance à se généraliser, même en mathématiques en série S. Une surveillance du web avant les épreuves est également nécessaire, avec une grande réactivité pour modifier les sujets lorsque ceux-ci sont diffusés sur Internet. » Une suggestion d’actualité, au vu des premières fuites du bac 2013 sur internet…

Note(s) :
  • (1) Les prénoms ont été modifiés

1 commentaire sur "Plan anti-fraude au bac : des profs sur la réserve"

  1. Clément  20 juin 2013 à 16 h 15 min

    Et le flop annoncé sur les détecteurs de téléphones portables a bien eu lieu :
    http://www.ladepeche.fr/article/2013/06/18/1651842-bac-de-philo-les-rates-des-detecteurs-de-telephone-portable.htmlSignaler un abus

    Répondre

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.