Nouvelles épreuves de langues au bac : « des consignes imprécises et incomplètes »

Les nouvelles épreuves de langues du baccalauréat plongent les enseignants dans la confusion, en particulier pour l'oral. Une professeure de langues vivantes en lycée dans l'académie de Rennes s'est confiée à nous sur les difficultés rencontrées.

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Quelles sont les nouveautés des épreuves de langues de la session 2013 du baccalauréat ?

Dans toutes les séries générales et technologiques, les langues sont désormais évaluées à l’écrit et à l’oral. Les oraux ont été organisés ces dernières semaines, en dehors de la période « officielle » du baccalauréat. Parfois une certaine harmonisation académique a été mise en place pour organiser les dates de passage, comme dans l’académie de Rennes, mais ce n’est pas obligatoire. Des décalages existent donc entre établissements et entre académies.

En ce qui concerne l’écrit, les « sujets zéro » n’ont pas été publiés dans toutes les langues, et les modalités de composition sont inégales. Par exemple en allemand ou en espagnol, les réponses à la compréhension de l’écrit se font en français, tandis qu’en anglais il faut répondre dans la langue étrangère. Encore des incohérences.

Qui a la charge d’organiser les oraux ?

Ce sont les professeurs de langues qui ont la responsabilité de trouver des sujets de compréhension de l’oral pour les séries ES, S et technologiques(1), et de faire passer les oraux de compréhension et d’expression orales au cours de l’année(2).

Nous nous sommes réunis trois mercredis après-midis pour concevoir les sujets et résoudre les problèmes techniques posés par l’épreuve de compréhension (il faut un son parfait, par exemple). Nous avons fait tout cela gratuitement, sur notre temps libre.

La position du ministère

Interrogé ce mercredi sur les difficultés rencontrées par les professeurs de langues, le DGESCO Jean-Paul Delahaye a affirmé que le ministère de l’Education nationale n’avait « pas compté [ses] efforts » depuis le début de l’année scolaire « pour mieux accompagner [les enseignants], pour ouvrir des foires aux questions, pour publier des sujets zéro, pour donner un cadre » national en fournissant des grilles d’évaluation. Les épreuves orales ou en cours d’année « ne sont pas une nouveauté dans le système éducatif », et « l’évaluation en tant que telle n’est pas une perte de temps, ça fait partie de l’enseignement », a souligné Jean-Paul Delahaye. « Mais on va évidemment en tirer le bilan nécessaire », a-t-il ajouté.

Un sondage et une journée d’étude sur les nouvelles épreuves

L’APLV a mis en ligne un questionnaire pour les enseignants de langues sur le déroulement des nouvelles épreuves.

L’APLV organisera par ailleurs lors de sa prochaine assemblée générale des 12 et 13 octobre 2013 à Paris, une journée d’étude ouverte à tous sur les nouvelles épreuves de langues au baccalauréat. Tous les professeurs de langues vivantes sont invités à faire part de leurs remarques, réflexions ou propositions de communication.

Les élèves sont donc évalués par leurs propres professeurs à l’oral ?

Cela peut arriver. Dans mon lycée, nous avons choisi d’échanger les élèves, mais rien n’empêche un professeur d’évaluer sa classe. Les consignes publiées au Bulletin Officiel sont suffisamment floues pour que toute l’organisation puisse être restreinte à une classe : qu’un professeur élabore seul ses sujets, et fasse passer ses élèves à l’oral durant son cours. C’est une note d’examen et malgré la fin de l’anonymat, il faudrait garder un minimum de solennité. Cette note d’oral va tout de même compter pour 50% de la note finale.

Quels sont les changements dans la filière littéraire ?

En filière L, les élèves passent un oral terminal, évalué par des examinateurs extérieurs et organisé avant les épreuves écrites. Cet oral pose aussi problème : il peut durer jusqu’à 40 minutes d’affilée si le candidat a pris l’option de Langue vivante approfondie (LVA, ex-langue de spécialité) dans la même langue que sa LV1 et le nouvel enseignement de Littérature et langue étrangère (LELE), qui est un oral obligatoire de 10 minutes. Le candidat n’a que dix minutes de préparation pour enchaîner deux oraux qui comptent pour un coefficient 8 dans le cas où il passe l’épreuve de LVA ; c’est une épreuve lourde, qui mériterait une réorganisation.

La réforme des épreuves de langues est un héritage de Luc Chatel. Le nouveau ministère a-t-il été alerté sur ces problèmes ? Des mesures ont-elles été prises ?

La réforme Chatel a été appliquée sans être revue par le nouveau ministère. L’APLV (Association de professeurs de langues vivantes, ndlr) a pourtant soulevé ces problèmes lors d’audiences en juillet et en novembre 2012, mais ne semble pas avoir été entendue. La publication au B.O. de consignes imprécises et incomplètes a été suivie de la mise en ligne de nombreux guides sur Eduscol, apportant des précisions sur les points flous de la réforme et des rectifications bien utiles, mais souvent insuffisantes.

Quel est l’état d’esprit de vos collègues à l’approche des dernières épreuves ?

Les professeurs veulent être confiants, car le travail d’apprentissage a été fait malgré les modifications et les pertes d’heures d’enseignement déjà si réduites pour l’enseignement des langues. On a vécu l’année comme une course contre la montre pour aborder toutes les notions au programme. On attend les épreuves d’écrit avec confiance et on se dit que cela va bien se passer.

Le bac reste un enjeu de taille pour les élèves. Nous persistons à vouloir un baccalauréat national qui préserve l’anonymat des candidats. Nous verrons à la prochaine rentrée ce que l’on peut changer pour harmoniser les discordances.

Note(s) :
  • (1) Toutes séries technologiques hors Sciences et technologies de l'agronomie et du vivant (STAV), Techniques de la musique et de la danse (TMD) et hôtellerie.
  • (2) L'épreuve orale en séries S, ES et la plupart des séries technologiques se décompose en deux parties : une épreuve de compréhension de l’oral à partir d’un ou deux enregistrement(s) audio sélectionnés par les professeurs et dont la durée totale est d’1 minute 30 maximum, organisée cette année au choix au cours du 2ème ou du 3ème trimestre «selon les impératifs locaux», et une épreuve d'expression orale à partir d'une des quatre notions au programme tirée au sort, organisée au cours du 3ème trimestre, toujours sur le temps scolaire.

2 commentaires sur "Nouvelles épreuves de langues au bac : « des consignes imprécises et incomplètes »"

  1. kedemferre  15 juin 2013 à 0 h 20 min

    Quelques rectificatifs, si je puis me permettre, pour la série L :

    « Cet oral (…) peut durer jusqu’à 40 minutes d’affilée si le can­di­dat a pris l’option de Langue vivante appro­fon­die dans la même langue que sa LV1 »
    >>> LVA possible en LV2 également.

    « Le can­di­dat n’a que dix minutes de pré­pa­ra­tion pour enchaî­ner deux oraux »
    >>> non : les candidats ont 10 mn de préparation pour la LELE et 10 mn de préparation pour la LVA. ces deux temps de préparation s’additionnent.

    « deux oraux qui comptent pour un coef­fi­cient 8 dans le cas où il passe l’épreuve de LVA »
    >>> non : coefficient 8 pour la LVA + coefficient 1 pour la LELE

    Sources (Bulletin Officiel) : http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=58313Signaler un abus

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  2. aggied  15 juin 2013 à 19 h 49 min

    Je suis tout à fait d’accord avec les professeurs de langue qui se sont exprimés ici, ayant fait moi-même passer les oraux d’anglais j’ai pu vérifier la justesse de tous ces points faibles.Signaler un abus

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