Parcours d’enseignants : « j’ai peur de devenir blasée, comme beaucoup de collègues »

VousNousIls.fr poursuit sa série « pourquoi devenir enseignant ? » avec une jeune professeure des écoles. Aurélie enseigne depuis trois ans dans plusieurs écoles du Var, en attendant son affectation définitive.

La sécurité de l’emploi a fait pencher la balance. « A l’heure du choix, plusieurs de mes amis avaient les pires difficultés pour trouver du travail. La sécurité de l’emploi de la fonction publique a été un atout fort », reconnaît Aurélie, 30 ans, professeure des écoles à Toulon.

Au départ, son avenir professionnel n’était pas tout tracé. Après deux années de classes préparatoires littéraires puis des études d’anglais à l’université, elle s’exile une année à l’étranger et s’essaie au secteur de la vente : « je me suis vite aperçue que je n’aimais pas le commerce et le rapport à l’argent. Je voulais faire un métier plus humain. Au lycée, j’avais déjà pensé à devenir prof, d’autant que mes parents enseignent dans le secondaire, mais je pensais ne pas avoir le niveau en maths. Et puis en hypokhâgne et en khâgne, on nous monte un peu la tête pour viser plus “haut” que professeur des écoles… »

Seule face à certains élèves

Après un poste d’assistante d’éducation, Aurélie n’a plus de doute : elle se décide à passer les concours de recrutement de professeurs des écoles (CRPE), qu’elle réussit : « j’ai préféré l’école primaire pour le lien plus fort avec les enfants : à la différence du collège, dans le premier degré on suit les élèves toute la journée et toute l’année. Et puis la polyvalence m’attirait, spécialement le fait de pouvoir enseigner plusieurs matières. » Les vacances ? « Je reconnais que l’été on en profite bien », témoigne Aurélie, « mais il ne faut pas se leurrer, le reste de l’année, notre travail empiète sur nos repos ! »

Après trois années d’exercice, Aurélie ne se voit pas faire un autre métier, malgré les difficultés : « la première année, il faut être débrouillard. On se sent parfois seul face à certains élèves. On ne sait plus comment faire pour les aider à surmonter leurs difficultés. Avant que les RASED ne déclinent, nous pouvions nous appuyer sur les maîtres E mais il y en a de moins en moins. J’échange souvent avec mes collègues mais beaucoup sont résignés et me disent qu’il n’y a plus grand chose à faire avec certains élèves. J’ai peur de devenir comme eux plus tard, un peu blasée… »

L’impression d’être chauffeur routier

Autre problème, celui des transports : « comme je débute et que je n’ai pas accumulé assez de points d’ancienneté, j’ai appris mon affectation deux ou trois jours avant la prérentrée. C’est assez inconfortable car cette année j’enseigne dans deux écoles : l’une se situe à 50 minutes en voiture de mon domicile, l’autre à 1h30… J’ai parfois l’impression d’être chauffeur routier et c’est usant car j’ai des cahiers à corriger en rentrant chez moi. » Aurélie appréhende surtout de se retrouver en classe spécialisée l’an prochain : « On peut très bien m’envoyer en CLIS (classes pour l’inclusion scolaire) même si je n’ai pas la spécialité. Je touche du bois car je ne saurais pas comment gérer la situation, je ne me sens pas du tout prête. »

En attendant, Aurélie préfère ne retenir que le positif : « Avec mes CM2, nous faisons du théâtre : c’est formidable de leur transmettre des connaissances car ils sont encore enthousiastes à leur âge. Apprendre à lire à un élève ou le voir faire des progrès suffit à égayer un week-end ! »

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