Christian Chevalier

Christian Chevalier

En quoi les conditions de travail des directeurs d’école se dégradent ?

Le problème existe depuis 20 ans mais il s’aggrave. En octobre 2012, nous avions mené une grande enquête sur le fonctionnement de la direction d’école. Elle a recueilli plus de 8300 réponses et il en ressort surtout que le stade du malaise est dépassé et que la souffrance au travail gagne du terrain, en raison de la charge de travail exponentielle. Nous avions interpellé Vincent Peillon qui nous avait dit avoir entendu le message. Mais depuis un an, je ne vois rien venir et il n’y a aucune amélioration sur le terrain. C’est même pire : les directeurs d’école sont en première ligne sur l’organisation la réforme des rythmes scolaires. Et puis, cerise sur le gâteau, depuis 2006 ils peuvent bénéficier en théorie d’une aide administrative. Des emplois aidés qui disparaissent progressivement…

Pourquoi avoir déposé une alerte sociale ? Qu’en attendez-vous ?

Depuis cinq ans, nous avons cette possibilité qui va de pair avec un préavis de grève. En cette fin d’année scolaire, nous n’envisageons pas d’actions d’ampleurs mais si nous n’obtenons pas de réponses concrètes, je crains qu’à la rentrée de septembre la situation ne soit telle que nous soyons obligés de nous engager dans une action forte. Nous rencontrons ce vendredi 7 juin la DGRH (Direction générale des ressources humaines) du ministère. J’attends des éléments concrets et un calendrier. Je sais par exemple qu’un groupe de travail a été mis en place à la DGESCO (Direction générale de l’enseignement scolaire). Je souhaite maintenant qu’il s’ouvre officiellement aux organisations syndicales !

Vincent Peillon a promis que les postes supprimés entre 2008 et 2012 pour l’aide à la direction d’école seront recréés. Est-ce vraiment l’essentiel ?

L’idéal serait une solution pérenne, avec des emplois durables et qualifiés, et que tous les directeurs soient assurés de pouvoir en bénéficier. Or depuis 20 ans, c’est du bricolage ! La réalité c’est qu’ils n’arrêtent pas de remplir des tableaux Excel, d’être pollués par des exigences administratives permanentes, que leurs tâches et leurs responsabilités s’accroissent sans vraie reconnaissance de l’institution. Il faudrait au contraire qu’ils puissent se concentrer sur leur mission première : l’animation pédagogique des équipes de l’école.

De nombreux directeurs d’école réclament surtout un vrai statut : qu’en pensez-vous ?

Le fonctionnement de l’école n’a pas changé depuis l’école communale de Jules Ferry, c’est la mairie qui tient les cordons de la bourse. Je pense qu’il faut tendre vers une structure où le directeur dispose d’un budget. Nous préconisons d’aller vers un statut d’emploi, avec une reconnaissance de la fonction, une rémunération à la hauteur et des perspectives de mobilité. Ce n’est pas par hasard si de plus en plus de directeurs d’école passent le concours de chef d’établissement pour obtenir un vrai statut et bénéficier de conditions de travail convenables. Car il faut bien avoir à l’esprit qu’un directeur d’école, en plus de sa charge administrative, fait aussi la classe ! Seules les écoles de plus de 14 classes, c’est-à-dire moins de 5% des établissements, bénéficient d’une décharge complète.