Pour quelles raisons êtes-vous convaincu par l’introduction de cours en anglais à l’université ?

C’est une nécessité vitale pour la recherche et une mesure indispensable pour la réussite des étudiants dans un monde globalisé. Parmi les missions de l’université, il y a la recherche, la formation et aussi l’insertion professionnelle. Ce dernier point concerne nos doctorants : nous devons les préparer à s’insérer dans des réseaux internationaux. Pour qu’ils puissent diffuser les résultats de leurs recherches, une langue véhiculaire commune est indispensable. Autrefois ce fut le latin, demain ce sera peut-être l’espagnol ou le chinois… Aujourd’hui en tout cas c’est l’anglais. Je suis donc pragmatique : nous devons préparer nos étudiants en Master à faire des doctorats dans de bonnes conditions. Et pour acquérir un vocabulaire de spécialiste, c’est-à-dire être capable de comprendre et de communiquer sur la scène internationale, le plus efficace c’est que les chercheurs assistent à des cours et à des conférences en anglais. Si nous ne le faisons pas, la recherche française décrochera.

Comprenez-vous les réactions hostiles suscitées par cet article 2 du projet de loi sur l’enseignement supérieur et la recherche ?

Les opposants ont fait des amalgames et confondu les choses. Le combat pour la culture française, j’y souscris pleinement. Je suis moi-même très fier de la culture humaniste de notre pays et je sais combien la langue est importante pour construire une culture. Quand nous instaurons des cours et filières en anglais au sein de mon université, ce n’est pas que nous n’aimons pas la culture française, mais c’est que nous devons préparer nos étudiants à s’insérer au mieux dans la vie professionnelle. Le combat pour la culture est légitime mais le champ de bataille n’est pas le bon ! Il faut plutôt travailler à la diffusion de la langue française, en agissant notamment à l’international par le biais des lycées français à l’étranger ou en renforçant par exemple les moyens de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF). Il faut aussi se battre pour que les concepts et les mots nouveaux soient traduits le plus vite possible en français et que cette traduction figure dans le dictionnaire. Actuellement, la France a un temps de retard : il n’est pas possible d’attendre cinq ans que l’Académie Française nous donne une traduction. Je l’invite donc à balayer devant sa porte avant de critiquer. Enfin, dans les collèges et les lycées, il faut mener le combat de l’apprentissage du français. Il est important de réapprendre les classiques et de lire Ronsard, Montaigne ou encore Victor Hugo !

Le français ne peut-il pas être une langue internationale, comme semble le penser le philosophe Michel Serres ?

Ça ne se décrète pas ! Il l’a été mais dans les faits il l’est de moins en moins. La vraie question est la suivante : combien de citoyens pratiquent le français aujourd’hui ? La réalité c’est que l’anglais est aujourd’hui la langue la plus communément utilisée et que demain ce sera peut-être le mandarin. En utilisant l’anglais, seule langue aujourd’hui en mesure de rivaliser avec le mandarin parlé par 1,5 milliard d’individus, nous préservons la culture européenne. Si demain nous parlons chinois dans le monde des affaires ce ne sera plus le cas.

Tous les enseignants chercheurs sont-ils capables de faire des cours en anglais ?

La question n’est pas là. Il ne s’agit pas de faire parler anglais les enseignants qui maîtrisent mal la langue. La loi offre juste une possibilité à ceux qui la maîtrisent de s’en servir. Dans mon université, 10% du corps professoral est étranger. La plupart ne parlent pas suffisamment bien le français pour faire cours. Un professeur russe qui vient à Toulouse faire de la recherche, maîtrise en général mieux l’anglais que le français. Si je l’oblige à faire des cours en français, il ne viendra tout simplement plus enseigner en France et nous serons tous perdants.