Parents-enseignants : une crise de confiance mutuelle

Florence Robine, rectrice de l'académie de Créteil, a coordonné le dernier numéro de la Revue internationale d'éducation, qui porte sur les attentes éducatives des familles. Entretien.

Florence Robine

Florence Robine

Comment les attentes éducatives des familles ont-elles évolué ?

Elles se sont extrêmement développées, dans les pays riches et dans les familles aisées comme dans les familles pauvres ou moyennes, pourtant souvent considérées comme peu intéressées par l’éducation, et dans bon nombre de pays en développement. Les familles ont bien compris les enjeux de l’éducation et s’impliquent pour la réussite scolaire de leurs enfants. En ZEP, par exemple, on voit se développer des attentes éducatives très précises, ambitieuses et volontaristes, en particulier des parents issus des catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées. La majorité des familles pauvres en France sont très impliquées dans la réussite scolaire de leurs enfants, mais elles ne comprennent pas forcément ce qui se passe à l’école. Elles ont des difficultés à y trouver leur place, à communiquer avec les enseignants et réciproquement.

Qu’est-ce que les parents attendent des enseignants ?

Les parents ont compris que la réussite sociale passe par le diplôme et par des études de plus en plus longues. La première attente des parents, c’est que l’école – et donc les enseignants – fasse réussir leurs enfants. Et c’est peut-être là qu’ils sont le plus déçus : les parents voient bien que l’école ne sait pas faire réussir tous les enfants. Le système français reste assez inéquitable. L’école sait bien faire réussir les enfants qui se débrouillent tous seuls et moins bien les enfants qui rencontrent de vraies difficultés scolaires. Nous buttons sur ce problème, qui est un enjeu majeur.

Loin du cliché des parents démissionnaires, vous identifiez quatre catégories de parents : les « délégateurs », les « consommateurs », les « contrôleurs » ou monster parents et enfin les « bons » parents. Quelle est la tendance en France ?

Ces catégories se mêlent et se conjuguent. Tout parent est, à un moment donné, plus ou moins « délégateur » parce qu’il a confiance dans l’école, « consommateur » parce qu’il veut la réussite de ses enfants avec ou sans les enseignants – le tutorat extrascolaire privé devient une éducation parallèle – ou monster parent parce qu’il est très exigeant, intrusif, voire agressif envers les enseignants… Le paysage de la famille en France comme ailleurs est nettement plus subtil que la vision un peu simpliste des parents démissionnaires qu’ont souvent les enseignants. Le parent soit-disant « démissionnaire » a en fait très envie que ses enfants réussissent, mais il ne comprend plus ce que fait l’école. Il n’a plus confiance et il cherche d’autres moyens de réussite.

Comment redonner confiance aux parents ?

Entre les parents et les enseignants, il y a une vraie crise de confiance mutuelle, parce que les conditions de travail des enseignants ne sont pas simples, qu’il y a des chocs culturels importants et que la pression sur l’école est tellement forte que les enseignants sentent ce poids sur leurs épaules. Les enseignants sont très seuls. Les attentes des parents sont différentes de celles des enseignants. Or, il n’existe pas d’espace – de lieu ou de moment – qui permette à ces attentes différentes de se rencontrer, de s’expliquer et de se comprendre. Les réunions parents-enseignants sont une catastrophe ! A l’école élémentaire, on invite les parents à s’asseoir sur la petite chaise de leur enfant de manière totalement régressive : c’est une caricature de dialogue… Heureusement les choses évoluent, mais il manque un espace pour que les parents comprennent que l’école leur appartient et que c’est l’endroit où ils peuvent se réunir, réfléchir, échanger sur les pratiques pédagogiques, sur les projets dans lesquels leurs enfants peuvent s’investir, sur leur orientation, leur avenir… Ces espaces de co-éducation restent à construire. Ce qui me paraît très important, c’est l’articulation des compétences, des exigences et des attentes, dans le respect de chacun : les parents n’ont pas le même rôle que les enseignants ; ils ne doivent pas assumer les mêmes tâches. Il faut que les parents et les enseignants apprennent à travailler ensemble, reconnaissent les compétences et les responsabilités des uns comme des autres. Si les parents ne comprennent pas les pratiques et les enjeux pédagogiques, c’est également parce que l’école et la façon d’enseigner ont beaucoup changé.

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2 commentaires sur "Parents-enseignants : une crise de confiance mutuelle"

  1. Pierrotlao  4 juin 2013 à 7 h 57 min

    Bonjour,
    Je trouve étonnant que, je cite, « Les attentes des parents sont dif­fé­rentes de celles des ensei­gnants ». En effet, ces « catégories » de Français, ne sont-elles pas toutes deux des citoyens payant l’impôt garant d’un service public de qualité ? Ne sont-elles pas toutes deux souvent parents et enseignants simultanément ?
    Personnellement, ancien enseignant, je crois que les relations et la bonne compréhension sont possibles entre ces deux « catégories », avec au moins deux conditions préalables : Les enseignants doivent créer les conditions d’un dialogue franc et transparent ; les parents doivent s’investir autour et dans les activités aux côtés des professeurs. Rien ne crée davantage de liens que le « faire ensemble ». Enfin je crois que les enseignants doivent accepter le fait qu’ils ne sont plus les seuls dépositaires du savoir. Ils doivent donc imaginer leur rôle de façon différente. Ils doivent être des chefs d’orchestre pour organiser les connaissances, les mettre en relation avec les élèves de façon dynamique, (être de bons « médiateurs »), et bien entendu contrôler les acquisitions.Signaler un abus

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  2. bilfusée  19 juin 2014 à 13 h 58 min

    En tant que parent j’attends en effet beaucoup de l’école, mais avant tout qu’elle cultive le gôut d’apprendre chez mon enfant (qu’elle ne le braque pas) et qu’elle l’invite à réfléchir plus qu’à lui remplir la tête de connaissances. Mais aussi qu’elle assure sa sécurité. J’aimerais bien justement que ça soit un peu plus qu’une garderie. Pour le moment sur ces trois plans, la garderie de mon village fait mieux que l’école du même village.Signaler un abus

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