Nombre de postes, salaires, obligations de service : la Cour des comptes a publié hier un rapport très critique à l’égard de la gestion des enseignants par le ministère de l’Education nationale. Ce rapport suscite aujourd’hui une vive polémique, divisant les sphère éducatives et politiques.

Une logique « de mise en concurrence » pour la FSU

La FSU a publié hier un communiqué critiquant vivement les recommandations de la Cour des comptes, estimant qu’elles ne faisaient « que réactiver d’anciennes préconisations ». Le co-secrétaire général du Snes, Daniel Robin, indique d’ailleurs avoir « eu l’impression de retrouver l’ensemble de la politique de Luc Chatel en matière d’éducation ». Le rapport affirme par exemple « comme le faisait l’ancien ministre qu’il y a assez de postes d’enseignants dans ce pays. […] Nous avons besoin de davantage d’enseignants, qui doivent être concentrés dans les établissements difficiles », estime-t-il.

Dans son communiqué, la FSU dénonce également la « logique managériale de mise en concurrence » prônée par le rapport. Il « préconise une affectation et une définition du temps de travail des enseignants par les directeurs d’école et les chefs d’établissement, ce qui ouvrirait la porte au clientélisme et ne ferait qu’aggraver les inégalités entre territoires et établissements », déplore l’organisation syndicale.

Un rapport qui vise « à la destruction de l’école » pour le Snalc

Dans un communiqué, le Snalc-Fgaf appelle également à « faire taire la Cour des comptes ». Pour le syndicat, les solutions proposées par « cette noble instance de la République [..] visent, ni plus ni moins, à la destruction de notre École ». Il dénonce entre autres « l’annualisation du temps de service des enseignants (et par-là même la fin des décrets de 1950), une modulation des temps de service décidée par le chef d’établissement ou le directeur d’école« . Le syndicat estime que ce n’est pas en soumettant les professeurs « aux dogmes d’un libéralisme échevelé qu’on obtient d’eux le meilleur ».

Un « diagnostic décapant » pour le Sgen

Le Sgen-CFDT, de son côté, salue le « diagnostic décapant » de la Cour et se réjouit qu’elle « étrille la gestion des personnels enseignants« . Le syndicat souligne notamment que, « parce qu’elle ne reconnaît que le travail en classe », l’Education nationale « a ignoré des pans entiers du travail des enseignants« , citant par exemple « le travail en équipe ».

Cependant, il « déplore que la Cour des Comptes cède parfois à des illusions faciles », par exemple « entretenir la confusion entre l’annualisation du temps de travail – laquelle est déjà excessive[…] – et la différenciation du service en cours d’année, qui peut être une piste intéressante […]. »

La Société des agrégés recommande quant à elle de « tirer les conséquences » du rapport, et en particulier de la proposition de nommer les agrégés « en lycée et non en collège comme cela se produit trop souvent ».

Peillon estime qu’il y a « beaucoup de choses positives » dans le rapport

Pour le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon, il y a « beau­coup de choses posi­tives » dans le rapport. Il juge par exemple que la Cour « a rai­son de dire et de rap­pe­ler que la grande richesse de ce minis­tère ce sont les ensei­gnants », a-t-il indiqué hier au Sénat.

Le ministre a toutefois pointé du doigt certains « désaccords », comme les critiques sur le nombre de postes. « Nous avons besoin de ces embauches, pas parce que c’est une fina­lité, mais pour assu­rer la conti­nuité du ser­vice public. Si on veut for­mer nos ensei­gnants il faut que pen­dant une année ils ne soient pas devant les élèves mais déjà recru­tés, donc ça coûte un cer­tain nombre de postes », a-t-il expliqué.

La Cour des comptes indiquait dans le rapport « Gérer les enseignants autrement » publié hier que les résultats insatisfaisants du système éducatif français ne « proviennent ni d’un excès ni d’un manque de moyens budgétaires ou d’enseignants, mais d’une utilisation défaillante des moyens existants ».