Elèves perturbateurs : la sanction « n’est pas éducative » car « elle n’a que trop peu d’effet » sur eux (B. Moignard)

Selon Benjamin Moignard, maître de conférences en sociologie, le cumul des sanctions à l'encontre des élèves perturbateurs n'entraîne qu'un sentiment d'injustice chez les jeunes concernés. Il propose des pistes d'amélioration.

Pour Benjamin Moignard, l’utilisation répétée de la punition « n’est pas éducative », car « elle n’a que trop peu d’effet sur l’élève. Mais les enseignants continuent la valse des sanctions certainement parce qu’ils ne savent pas faire autrement ». Le maître de conférences et chercheur à l’Observatoire International de l’éducation et de la prévention intervenait lors d’une rencontre organisée par l’Observatoire des zones prioritaires (OZP) le 24 avril dernier, sur la thématique de la gestion des élèves perturbateurs.

Du « cancre » au « sauvageon »

Selon Benjamin Moignard, les transformations récentes de l’école et notamment sa démocratisation ont contribué à l’émergence d’un nouveau « désordre scolaire », avec l’arrivée « de nouveaux élèves dont les normes sociales et culturelles se sont écartées de celles identifiées jusque-là ». Chez ces nouveaux arrivants, le problème n’est pas tant leurs difficultés scolaires que leur comportement. Si « longtemps, l’image du mauvais élève ou du ‘cancre’ […] a été celle de quelqu’un de sympathique qui ne réussit pas bien […] à partir des années 90, le cancre cède la place à l’élève sauvageon », explique le maître de conférence.

La répétition des sanctions exacerbe le sentiment d’injustice

S’il est difficile de mesurer l’ampleur des punitions infligées dans les établissements scolaires, Benjamin Moignard indique que sur le territoire observé, « les sanctions diverses et variées se concentrent sur 6 à 8% d’élèves ». Ces élèves entretiennent en général un rapport compliqué avec les enseignants car « plus un enfant est sanctionné, plus son sentiment d’injustice est élevé » et plus, dans la plupart des cas, « il y a incompréhension de la sanction ». En conséquence, la punition « n’est pas éducative […] mais les enseignants continuent la valse des sanctions certainement parce qu’ils ne savent pas faire autrement », souligne Benjamin Moignard. « Sur un territoire de 120 collèges, selon les mois, on passe de 372 à 1104 élèves dehors par jour », indique-t-il.

Propositions pour améliorer le climat scolaire

Le chercheur propose ensuite des pistes de réflexion pour tenter d’améliorer le climat scolaire. Les relations entre les jeunes et les professeurs ont en effet « une grande influence sur les apprentissages et sur la réussite des élèves », affirme-t-il.

Selon lui, la « clarté de la règle » joue un rôle déterminant dans la prévention de la violence scolaire. Dans la plupart des cas, le « manque de cohérence et de réflexion collective » est responsable de la perception négative de la sanction par l’élève. Il recommande donc qu’elle « soit réfléchie, pensée par une équipe éducative » et que « la gradation de la sanction » soit reconsidérée. En effet, estime-t-il, souvent « l’exclusion arrive beaucoup trop vite ».

Enfin, Benjamin Moignard préconise de travailler sur les « sanctions positives« , telles que « l’encouragement, la valorisation ». Elles existent mais ne ne « retiennent pas l’attention comme elles le devraient », déplore-t-il.

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