Ados rebelles : « l’enseignant pallie le manque d’autorité familiale »

Certains spécialistes s’inquiètent de l’essor des « enfants tyrans », ces jeunes devenus « tout puissants », au désarroi des parents et des enseignants. Yvonne Poncet-Bonnissol, psychoclinicienne, analyse ce phénomène de société.

Yvonne Poncet-Bonnissol

Yvonne Poncet-Bonnissol

Qui sont vraiment les « enfants tyrans » ?

Il y a différents types d’enfants tyrans. Leur point commun : ils sont hyperactifs et manifestent une intolérance face à l’autorité et à la frustration en général. Ils sont dans un rapport immédiat à l’action : ils veulent tout et tout de suite. Ils sont devenus tyranniques parce qu’ils sont tout puissants au sein de la famille. Beaucoup de parents s’amusent même devant le comportement parfois décalé de leur enfant, ce qui se révèle contreproductif. Parmi les traits de caractère que l’on retrouve chez les enfants tyrans, il y a l’égocentrisme, la nervosité, l’hyperactivité, voire la violence… L’enfant tyran s’identifie souvent à un parent, lui-même tyrannique ou pervers narcissique : un adulte au double visage qui a une haute estime de lui-même et se sert des autres pour obtenir satisfaction. L’enfant est pour lui un trophée. Le problème, c’est que l’enfant a tendance à idéaliser ce parent pervers narcissique…

Quelle attitude adopter avec les adolescents rebelles, spécialement quand on est enseignant ? Faut-il punir ou demander à rencontrer les parents ?

C’est une constante : les parents d’enfants tyrans demandent à l’instituteur ou au professeur d’arbitrer, d’être le législateur. L’enseignant pallie le manque d’autorité familiale. Et, au final, il parvient à réparer de nombreuses carences car un enfant tyran écoute plus facilement un tiers que ses parents. Il est toutefois indispensable de demander à rencontrer les parents afin de leur dire précisément ce qui ne va pas, en présence de l’enfant qui pose problème. Investis malgré eux par cette mission, les enseignants jouent donc un rôle de médiateur.

En savoir plus sur Yvonne Poncet-Bonnissol

Yvonne Poncet-Bonissol intervient en tant qu’expert des relations familiales dans l’émission Toute une histoire , présentée par Sophie Davant sur France 2.
Présidente de l’Association de défense contre le harcèlement moral  , elle est l’auteure de plusieurs ouvrages dont « Adolescents : crises, révoltes, fractures » et « Pour en finir avec les tyrans et les pervers narcissiques dans la famille« 

A partir de quel âge cela se manifeste et à partir de quand faut-il s’en inquiéter ?

La tyrannie infantile peut être décelée vers 4 ou 5 ans. J’ai travaillé longtemps en crèche et l’on distingue très tôt les enfants dominants. Cela ne veut pas dire, bien sûr, qu’ils deviendront tous des tyrans à l’adolescence mais il s’agit de prémices à prendre au sérieux. Ainsi, il est important de structurer très tôt un enfant qui présente les premiers signes de la pathologie. Il faut reprendre le modèle éducatif et poser des limites pour reprendre la main. Car un enfant tyrannique est insécure : il souffre et n’est pas bien dans sa peau.

Ce phénomène touche-t-il tous les milieux sociaux ?

Oui, absolument. Il ne faut pas culpabiliser les parents, le père doit néanmoins représenter l’autorité au sein du foyer. Comme il y a de plus en plus de familles monoparentales, les défaillances sont nombreuses. Si l’on ajoute la fatigue du quotidien, les horaires de travail contraignants… de nombreux pères démissionnent alors que leur rôle est essentiel.

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3 commentaires sur "Ados rebelles : « l’enseignant pallie le manque d’autorité familiale »"

  1. Olivoile  17 mai 2013 à 4 h 10 min

    Entièrement d’ accord avec Yvonne Poncet-Bonnissol. Une seule question, de taille…! Quand est-ce que l’ Education Nationale, par le biais de textes de loi officiels, re-donnera une autorité légitime aux enseignants ? Les moyens de coercition sont banis, alors que pour les automobilistes, les radars fleurissent… Pas étonnant de voir la dérive violente de l’adolescent livré à lui même et à ses pulsions…!
    Un enseignant de Bordeaux.Signaler un abus

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  2. Béatrice Paillet  17 mai 2013 à 13 h 04 min

    Tout à fait d’accord avec Olivoine et avec Yvonne Poncet-Bonnissol; la coéducation prônée dans l’éducation se réduit très souvent à une demande explicite des parents à trouver des solutions aux problèmes de leurs ados, alors qu’eux-mêmes ont baissé les bras et que les mesures coercitives ne plus plus à l’ordre du jour. A vrai dire, « punir » est en passe de devenir un gros mot…
    Une C.P.E du Val d’OiseSignaler un abus

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  3. Delf  18 mai 2013 à 10 h 47 min

     » Il ne faut pas culpa­bi­li­ser les parents, le père doit néan­moins repré­sen­ter l’autorité au sein du foyer. » ! Et vivent les clichés sexistes ! Bien sûr, c’est bien connu, l’homme est celui qui a l’autorité, la femme gère le reste mais la VRAIE autorité, c’est celle de l’homme ! Et moi qui croyais naïvement que je représentais l’autorité tout autant que mon conjoint auprès de notre enfant…
    Une petite question :  » le père doit néan­moins repré­sen­ter l’autorité au sein du foyer », est-ce à dire que je dois moi aussi me soumettre à l’autorité de mon conjoint ? La femme, éternelle mineure, non ?Signaler un abus

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