Histoire géographie : « le volume horaire reste indécent ! »

Les enseignants d’histoire géographie dénoncent depuis des mois la lourdeur et le contenu des nouveaux programmes. Ils ont été allégés mais le compte n’y est pas, selon l’Association des pro­fes­seurs d'histoire géo­gra­phie (APHG). Le point avec son président, Bruno Benoit.

Bruno Benoit président association professeurs d'histoire-géographieA quel point les programmes d’histoire géographie ont-ils été allégés ?

Face à nos prises de position et au ras-le-bol des enseignants, nous avons obtenu que les programmes soient allégés : quelques questions ont été supprimées. Cela n’est pas suffisant puisque le débat porte actuellement sur de nouveaux allègements à faire d’ici les examens, afin de mettre les élèves en situation de réussite, voire d’ici l’année prochaine pour aborder plus confortablement les programmes en attendant de nouveaux horaires. En l’état, les programmes ne sont pas tenables. Le volume horaire reste indécent, particulièrement en Première S, en Terminale S, et en classe de Troisième.

Avant 2010 et la réforme du lycée de Luc Chatel, les scientifiques avaient 6h d’histoire géo par semaine en Première et en Terminale. Aujourd’hui, ce volume est tombé à 4h30. Ce n’est pas sérieux, à l’heure où l’on parle d’éducation à la citoyenneté et où l’on veut sensibiliser les élèves au vivre ensemble. En fait, tous les collègues réalisent que les gouvernements passent et que chaque ministre de l’Education veut faire sa réforme. Problème : jamais le contenu des programmes n’est débattu avec la base, c’est-à-dire les enseignants !

Pour quelles raisons le contenu des programmes n’était-il pas satisfaisant ?

L’histoire a été très malmenée, avec une rupture chronologique. Il y avait une distorsion entre la formulation des programmes et la réalité des faits historiques. L’exemple le plus frappant est celui de la Seconde Guerre mondiale, traitée en Première avant les totalitarismes et surtout le nazisme et le fascisme italien. Et puis les programmes étaient trop lourds, on faisait de l’histoire « TGV ». Pour espérer les terminer, il ne fallait ni être malade ni faire d’exercices en classe.

Revient-on finalement à un enseignement strictement chronologique ?

Depuis l’automne 2012, l’organisation chronologique a été rétablie en classe de Première. C’était fondamental. Il suffit de constater au niveau post bac la déstructuration chronologique des étudiants pour s’en convaincre. Mais cela n’empêche pas que l’on puisse expérimenter des approches thématiques, sur la question de la guerre, de la violence au XXe siècle ou encore des crises. L’important c’est de redonner confiance aux enseignants, en leur laissant une certaine liberté dans la gestion des programmes.

Nous avons été écoutés mais je ne suis pas convaincu que nous ayons été entendus puisque la grande loi de cadrage n’a pas tenu compte de toutes nos remarques. Le malaise est persistant chez les enseignants car les horaires prévus à la rentrée prochaine ne permettront pas d’enseigner correctement. Par ailleurs, nous sommes très inquiets par les nouveaux CAPES : on ne peut être un bon enseignant que si l’on maîtrise parfaitement sa matière. Un autre point nous effraie : les futurs programmes seront élaborés par des commissions mixtes, composées d’élus. Le risque est grand de tomber dans de la politique politicienne.

Les candidats au Diplôme national du brevet et au baccalauréat 2013 risquent-ils d’être pénalisés, comme le craint notamment le collectif aggiornamento ?

Non, je pense que les enseignants d’histoire-géographie, qui ont eu par le passé des mouvements d’humeur face à la surdité du pouvoir, ont compris qu’ils avaient tout intérêt à tenir compte de la lourdeur du programme. Ils savent que ce ne serait pas une opération fructueuse pour les élèves et pour eux de tendre des pièges, sachant les moyennes ont été assez basses l’an dernier dans certaines académies. Par conséquent, je ne suis pas inquiet. Je suis convaincu que l’inspection académique choisira des sujets portant sur des parties centrales du programme.

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