Collège de Bercé sans notes

Au collège de Bercé à Château-du-Loir, il n'y a pas de notes dans certaines classes de 6ème : les élèves sont évalués sur des compétences.

Une année scolaire sans note, sans classement, où seules les compétences sont valorisées… Un rêve d’élève, expérimenté dans « plusieurs centaines » de collèges et lycéesde France, selon le Ministère de l’éducation nationale.

Dans l’Académie de Nantes,  plusieurs établissements appliquent cette innovation pédagogique. Le collège Trouvé-Chauvel de La Suze-sur-Sarthe fait partie des plus avancés : après cinq années d’expérimentation menée sur plusieurs classes, tout le niveau de 6e est passé « sans note » en septembre 2012.

« En 2007-2008, nous avons constaté un manque d’enthousiasme et de travail personnel de certains élèves », explique Jean-François Augereau, professeur d’histoire géographie, « pour éviter qu’ils ne décrochent, nous nous sommes demandés quelle remédiation proposer. Comme ma collègue professeur d’arts plastique (Odile Jourdren) travaillait déjà avec des évaluations non notées et qu’elle s’y retrouvait mieux, nous nous sommes appuyés sur son expérience ». Au début, seuls quelques enseignants se sont lancés, avant que toute l’équipe pédagogique n’adopte ce fonctionnement l’année suivante. « Ca a fait boule de neige », témoigne Jean-François Augereau, « nous étions cinq enseignants au démarrage, et aujourd’hui six équipes pédagogiques participent. »

Moins de décrocheurs

Le bulletin trimestriel de chaque élève de 6e, accompagné d’un livret de compétences, ne comporte plus que des commentaires. « Chaque enseignant a établi une grille des aptitudes attendues, en fonction du programme scolaire », indique Jean-François Augereau. L’enseignant indique pour chaque compétence, si elle est « acquise », « presque acquise », « en cours d’acquisition » ou « non acquise ». « En histoire par exemple, nous avons déterminé 10 compétences, parmi lesquelles la capacité à apprendre son cours et à le restituer, la connaissance du vocabulaire spécifique ou encore la capacité à rechercher des informations dans un document… »

Résultat : les élèves ont moins d’appréhension face à l’évaluation. « La note n’est plus la référence », estime cet enseignant, « on travaille davantage sur les capacités individuelles, cela permet de restaurer la confiance de l’élève. Mais on ne va pas se le cacher : les bons élèves restent de bons élèves mais pour les plus faibles, le collège sans note est bénéfique, ils décrochent moins. »

« La 6e, une réelle classe d’adaptation »

Au collège de Bercé à Château-du-Loir, l’expérimentation se poursuit pour la troisième année, avec la volonté de l’étendre à tout le niveau de 6e. Le constat est identique : « L’intérêt est évident pour les élèves en difficultés. Nous avons très peu d’élèves démotivés ou décrocheurs dans les classes sans note », constate Béatrice Latouche, principale adjointe, « quand un élève obtient un 2/20 il lui est difficile de voir sur quels points progresser. Avec la grille de compétences, on peut travailler sur les compétences non acquises et le choc de la note n’existe plus ».

Les parents, eux, posent beaucoup de questions car, pour beaucoup, « la note reste la norme, mais peu à peu ils s’habituent ». Le choix n’est de toute façon pas permis : « nos 6e sans note ne sont pas fléchées », souligne Béatrice Latouche, « les parents découvrent à la rentrée si leur enfant sera noté ou non. Notre objectif est que la classe de 6e soit une réelle classe d’adaptation », sachant que la majorité des écoles dont sont issus les élèves fonctionnent déjà sans note.

Le collège Trouvé-Chauvel voit déjà plus loin : « nous réfléchissons à étendre l’initiative aux classes de 5e », confie Jean-François Augereau. Avant un collège intégralement sans note ? « Cela paraît plus compliqué après la 5», estime l’enseignant, « vis-à-vis des établissements qui accueillent les jeunes après la 3e ».