Parité à l’université : « la loi ESR n’est qu’un trompe-l’œil »

Seules neuf femmes président les 80 universités françaises, contre 14 en 2008. Anne Fraïsse, professeure de latin, à la tête de l'université Montpellier 3 depuis avril 2008, estime que le projet de loi ESR ne parviendra pas à inverser la tendance.

Anne Fraïsse présidente université Montpellier 3Les femmes ne représentent que 6 % des dirigeants d’établissements d’enseignement supérieur en France, selon un récent rapport de la Commission européenne. Pourquoi cette proportion est-elle si faible ?

Les causes sont multiples. C’est d’abord le résultat de la faible part des femmes dans le corps enseignant à l’université : les présidentes actuelles, dont je fais partie, viennent presque toutes des filières lettres et sciences humaines. De la même façon, nous remarquons un nombre plus élevé de femmes que d’hommes en première année universitaire. Mais, au fil des années, la proportion s’inverse. Autre facteur : après avoir fait des études longues, les femmes veulent souvent des enfants or une vie de famille est difficilement conciliable avec un mandat de président d’université. D’autant plus que nos missions se sont alourdies avec la LRU.

A l’échelle de l’Union européenne, la proportion de présidentes d’universités est de 15,5 %. La France est dernière du classement, loin derrière la Norvège (31,8%). Comment l’expliquez-vous ?

Pour les mêmes raisons. Je ne crois pas qu’il y ait un désintérêt des femmes pour la fonction de présidente. Mais c’est un fait : le système universitaire français accuse un retard sur la parité. Les mentalités doivent encore évoluer, car pour élire une présidente d’université, encore faut-il que des femmes se présentent !

Une charte pour l’égalité entre les femmes et les hommes à l’université été signée le 28 janvier et le projet de loi ESR prévoit de garantir la parité dans les listes de candidats aux conseils d’administration des universités. Est-ce suffisant ?

Vouloir garantir la parité dans les listes est une duperie. C’est méconnaître le fonctionnement des élections à l’université car, en général, des « parties » de listes sont élues, ce qui ne garantit pas la parité. De plus, les personnalités extérieures nommées au sein du conseil d’administration ne sont pas soumises à cette règle. C’est une loi en trompe-l’œil qui risque même d’aggraver la situation car nous sommes déjà soumis au respect d’une loi sur la parité qui vise, à terme, 40% de femmes au sein des conseils d’administration. Il faut agir sur la composition finale des conseils et non pas sur les listes ! Il faut agir en amont et permettre aux collègues femmes de participer aux différents conseils universitaires.

Considérez-vous qu’être femme a été un handicap dans votre carrière ? A quelles difficultés avez-vous été confrontée ?

Non, je n’ai eu aucun problème et je n’en ai jamais souffert ! J’ai été directrice d’UFR précédemment et il y a toujours eu une alternance naturelle au sein de mon université. On ne m’a jamais fait sentir qu’être femme était un handicap. En revanche, quand je me retrouve la seule femme en réunion de travail, cela devient un problème. Quand on est deux femmes, on n’y fait pas attention mais seule cela fait un peu espèce en voie de disparition…

Pensez-vous qu’une femme présidente d’université a une approche différente de celle d’un homme, susceptible de conduire à plus de réussite ?

Je ne suis pas persuadée que la fonction soit sexuée. C’est un élément parmi d’autres, tels que l’âge, la discipline enseignée, le parcours professionnel… Certaines présidentes d’université disposent d’une autorité naturelle et, à l’inverse, il y a des hommes très diplomates. Je n’ai pas l’impression d’exercer ma fonction différemment parce que je suis une femme.

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