Alain Bergounioux remise rapport morale laïque

Alain Bergounioux, inspecteur général de l'Education Nationale et professeur associé à Sciences Po Paris, est l'une des trois personnalités nommées en octobre pour une mission de réflexion sur la morale laïque à l'école.

Avec l’enseignement obligatoire de la morale laïque dès la rentrée 2015 de l’école primaire jusqu’au lycée, Vincent Peillon souhaite permettre à toutes les croyances et religions de coexister : « La morale laïque est non confessionnelle, mais elle n’est pas contre les confessions », a souligné ce matin le ministre de l’Education nationale, lors de la présentation du rapport de la mission de réflexion. « La morale laïque n’est pas là pour exclure ou pour blesser, mais au contraire pour rassembler. »

Cet enseignement ne doit pas davantage être, comme certains le redoutent, l’expression d’une « morale d’Etat » : non dogmatique, elle doit permettre à chaque futur citoyen de « construire librement son jugement » par la pratique des débats et de l’argumentation. Elle reposera particulièrement sur l’apprentissage du respect de l’autre et de l’acceptation des désaccords.

« Les enfants ont des intuitions morales »

Le rapport remis ce matin au ministre par l’IGEN Alain Bergounioux, Laurence Loeffel, professeur de philosophie de l’éducation à l’université Lille-3 et Rémy Schwartz, conseiller d’Etat, souligne l’importance de la morale dans l’enseignement. « La morale est indissociable de l’acte éducatif, il n’y a pas d’éducation sans morale », affirme Laurence Loeffel.

« Les enfants ont des intuitions morales, observe Alain Bergounioux, par exemple sur ce qui est juste ou injuste, bien ou mal. Le problème du professeur d’école est d’expliciter et de fonder ces intuitions. » Pour y parvenir, l’IGEN cite différentes méthodes : études de cas, pratique de dilemmes moraux, exercices à visée philosophique, jeux de rôles… Il encourage d’y associer tous les personnels de l’établissement, CPE et chefs d’établissements inclus. « C’est un projet collectif : c’est l’enseignement moral à l’école, mais c’est aussi la morale de l’école ».

L’apprentissage de la morale passera aussi par l’apprentissage des valeurs républicaines, à commencer par celle de la liberté, en particulier la liberté de conscience. Si « les enseignants ont une tâche d’instruction, ils ont aussi une tâche de transmission des valeurs de la République », relève Vincent Peillon, qui ne se veut pas pour autant tourné vers le passé : « nous le ferons avec les exigences de notre temps ».

« Une heure par semaine minimum »

Concrètement, l’enseignement de la morale laïque devrait selon les souhaits du ministre occuper « une heure par semaine minimum » en primaire et au collège, et au moins « 18 heures par an au lycée ». Tous les enseignants y seront formés dans les ÉSPÉ, à travers deux modules, l’un consacré à la laïcité (effectif dès la rentrée 2013) et l’autre à la morale (dont le contenu sera défini par le Conseil supérieur des programmes).

Elle viendra remplacer les dispositifs d’éducation civique existants, comme l’ECJS au lycée, qui servent trop souvent de « variable d’ajustement » comme le rappelle Alain Bergounioux. La morale laïque bénéficiera d’horaires dédiés et sera évaluée, selon des modalités qui restent à préciser. Une épreuve au brevet des collèges et une note en contrôle continu au baccalauréat ne sont pas exclus.

N’importe quel enseignant formé volontaire pourra prendre en charge cette matière : « ce ne doit pas être la chasse gardée de l’historien ou du philosophe », remarque Vincent Peillon. Les professeurs seront libres dans la forme à y donner, et pourront par exemple regrouper des heures pour monter des projets multi-disciplinaires. Des programmes seront bientôt rédigés pour garantir une progression des élèves du CP à la terminale, et pour que l’enseignement soit partout « à peu près semblable », tout en ménageant la liberté pédagogique. Les détails pratiques seront fixés par le Conseil supérieur des programmes, qui doit être installé à l’automne.