ÉSPÉ et nouveaux CAPES : « une baisse de niveau des futurs enseignants »

A cinq mois du lancement des Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ÉSPÉ), Yves Macchi, responsable du master enseignement espagnol à l’Université Lille 3-Charles-de-Gaulle, s’inquiète du contenu de la formation et des nouveaux CAPES.

Quel est le problème avec les futures ÉSPÉ ?

Je suis déçu et en colère, comme tous les universitaires impliqués dans les ÉSPÉ. La réforme est mise en place à moindre coût, dans la précipitation et à la limite de la légalité. Les masters MEEF, délivrés par les ÉSPÉ, vont reposer sur des maquettes de formation. Or nous n’avons reçu qu’un document générique, émis par le Comité de suivi de master. Ce document est problématique car il n’est pas issu de la concertation promise. Il ne contient que des propositions dont les groupes de travail académiques se sont emparés comme d’un cadrage prescriptif. Par ailleurs, alors que le master 1 préparera au concours de recrutement à la fin de la première année, nous ne disposons même pas d’une maquette stabilisée des épreuves du futur concours ! En somme, en l’absence de documents officiels, nous sommes contraints de travailler à l’aveuglette et dans un cadre extra-légal.

Tandis que vous dénoncez la faible part des enseignements disciplinaires dans la formation, comment expliquez-vous que la CDIUFM dénonce au contraire la faiblesse de la formation professionnelle ?

Ce n’est pas incompatible ! En master 2, le ministère de l’Education nationale va exiger des lauréats du concours 9h d’enseignement en responsabilité par semaine. A cela, il faut ajouter 3h de préparation par heure de cours, ce qui représente entre 35h et 40h de travail hebdomadaire. La formation des lauréats ne peut donc pas être colossale, sauf à leur interdire de dormir la nuit… Du coup, la formation sera concentrée en M1 : les étudiants vont devoir se former, vite et superficiellement, au plan disciplinaire, didactique et pédagogique. En l’état actuel du projet, l’enseignement disciplinaire représentera, à Lille, 63% en M1 et 6% en M2, ce qui est faible dans la mesure où les étudiants titulaires d’une licence ne maîtrisent pas bien leur discipline.

Quelle place devrait occuper l’enseignement disciplinaire et pédagogique dans les ÉSPÉ ?

Nous sommes tous conscients du contexte économique délicat. Dans ce cas, partageons « la misère » ! Nous demandons que la proportion d’enseignements disciplinaires soit au moins égale à la moitié du volume total de la formation. L’idéal serait une formation davantage axée sur la discipline en M1, et plus didactique et professionnelle en M2, avec un service d’enseignement en responsabilité très allégé.

Avec la nouvelle maquette du CAPES, un de vos collègues indique qu’un « 0/20 » dans sa spécialité ne sera pas rédhibitoire pour enseigner, ce qui lui fait craindre que les futurs enseignants deviennent des « ignares dociles ». Qu’en pensez-vous ?

C’est la question cruciale. Avec les années, les difficultés de l’enseignement secondaire ont glissé vers l’enseignement supérieur. Ainsi, en première année, de plus en plus d’étudiants éprouvent des difficultés, notamment avec la langue française. Malheureusement, ils n’ont – en moyenne – que 18h de cours par semaine et nous n’avons pas les moyens de les aider. Mais avec les mécanismes de compensation, beaucoup parviennent à obtenir leur diplôme, avec des carences persistantes à la fin de la 3e année. Avant la « mastérisation », ils suivaient une année en classe de préparation au concours, avec entre 20 et 25h hebdomadaires d’enseignements disciplinaires et didactiques. Notre crainte est une baisse de niveau des futurs enseignants.

Un bon prof n’est-il pas d’abord un bon pédagogue ?

Certainement ! Il est donc indispensable de former professionnellement les étudiants mais la transmission de savoir ne peut se faire sans une parfaite maîtrise de sa discipline. C’est la condition.

Pourquoi demandez-vous le report de la réforme à la rentrée 2014 ?

Ce qui m’inquiète le plus c’est que cette réforme aura un impact sur plusieurs générations. On nous demande de la mettre en place en trois mois, dans l’urgence et sans documents de cadrage fiables : c’est mission impossible. Résultat : les collègues sont épuisés, il n’y a jamais eu de débat et on a l’impression de travailler hors la loi.

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4 commentaires sur "ÉSPÉ et nouveaux CAPES : « une baisse de niveau des futurs enseignants »"

  1. Pedro CORDOBA  19 avril 2013 à 17 h 47 min

    Cher Yves,

    Il vaut mieux ne pas perdre trop de temps à fabriquer des maquettes d’un master d’avance condamné à mort. Sans doute y aura-t-il au début quelques licenciés, plus ou moins paumés, pour s’inscrire dans ce nouveau M1. Ils déchanteront vite quand ils verront que ceux qui réussissent le CAPES sont les titulaires d’un master-recherche, plus âgés, plus mûrs et plus savants. C’était déjà le cas en 2011, An I de la mastérisation, pour 68,7% des lauréats et ce chiffre ne peut qu’augmenter pour plusieurs raisons :

    – en 2011, les candidats « officiels » étaient inscrits en M2. En 2014 ils seront inscrits en M1 et, par suite, feront encore moins le poids face aux titulaires d’un vrai master disciplinaire.

    – avec les nouvelles licences, plus polyvalentes, les études universitaires proprement dites commencent en master (sur le modèle américain). On sait que les étudiants qui se destinent à l’enseignement le font par amour de leur discipline, qu’ils voudront donc étudier en master. C’est encore plus vrai en langues vivantes puisque les MEEF empêcheraient les séjours-Erasmus. A la fois plus qualifiés et de plus en plus nombreux, les titulaires d’un master disciplinaire ne feront qu’une bouchée des malheureux licenciés qui oseraient leur disputer des places au concours.

    – Les UFR seront obligées d’assurer des préparations-concours « décyclées » pour les redoublants et aussi, justement, pour ceux qui auront déjà un master complet (c’est d’ailleurs déjà le cas). A moins que les ESPE ne s’en chargent, ce qui m’étonnerait beaucoup et qui de toute façon aurait la même conséquence : qu’on le veuille ou pas, les étudiants passeront le concours à Bac+6, après avoir obtenu le master. Dans ces conditions, les masters MEEF n’ont plus aucune raison d’être ni, bien sûr, les ESPE elles-mêmes qui très vite n’accueilleraient plus en M1 que des futurs collés, de moins en moins nombreux car à moins d’avoir le QI d’un coléoptère personne ne s’engage dans une voie qui mène tout droit à l’échec.

    En conclusion : les « décideurs » qui ont choisi de mettre le concours en M1 ont tout simplement oublié que les seuls à décider de la place du concours sont les candidats eux-mêmes. Et ces derniers, qui sont des acteurs rationnels comme tout un chacun, comprennent très vite où sont leurs intérêts. Si l’on s’inscrit en MEEF au sortir de la licence, on a toutes les chances d’échouer au concours et de se trouver coincé dans un master professionnel d’enseignement ne permettant pas d’enseigner. Si au contraire on s’inscrit d’abord en master disciplinaire, toutes les portes sont ouvertes y compris celles des concours d’enseignement. Le choix ne fait pas un pli.Signaler un abus

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  2. jcrx  19 avril 2013 à 19 h 05 min

    Tout simplement ignoble mais est-ce vraiment nouveau !!!Signaler un abus

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  3. JJR  19 avril 2013 à 23 h 04 min

    Le scénario du lauréat au capes (d’espagnol…) avec un 0/20 à l’épreuve écrite disciplinaire académique du nouveau concours et qui pourrait donc devenir professeur sans maîtriser sa discpline de référence, est une vue de l’esprit. Il faut aussi être tutulaire d’un master pour devenir enseignant. Il revient donc de ne pas permettre à des étudiants qui ne maîtrisent pas leur discipline d’obtenir le master. Les universitaires de Lille et d’ailleurs doivent assumer leurs responsabilités citoyennes en la matière.Signaler un abus

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  4. Tegucigalpa  18 juillet 2013 à 21 h 33 min

    Que faire alors?
    Je pense que les étudiants et les professeurs devraient tous manifester et refuser ce nouveau concours qui n’est qu’un leurre; si tout le monde fait blocus ? peut-être…Signaler un abus

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