Budgets de l’éducation en Europe : « une relative stabilité malgré la crise »

Une étude européenne révèle un impact mesuré de la crise sur les budgets de l’éducation. Les salaires des enseignants ont toutefois été réduits ou gelés dans près de la moitié de l’Europe mais pas en France, en 2011 et 2012. Décryptage avec Arlette Delhaxhe, responsable de l’équipe Études et analyses de l'unité Eurydice et soutien politique au sein de l'agence EACEA.

Quel a été l’impact de la crise sur les budgets de l’éducation en Europe ?

L’étude réalisée à prix constants, porte sur 31 pays européens : les états membres de l’Union européenne – exceptés l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Angleterre au Royaume-Uni qui n’ont pas fourni de données sur les budgets pour 2010-2012 – ainsi que la Croatie, l’Islande, le Lichtenstein, la Norvège, et la Turquie. Nous avons constaté une pression sur les budgets nationaux de l’Education qui s’explique en partie par la conjoncture économique. Mais contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, la crise n’a pas eu d’impact sur les budgets de l’éducation dans de nombreux pays. Les plus affectés sont ceux au déficit budgétaire important : ainsi, depuis 2010, une baisse de plus de 5% des budgets prévus pour l’éducation a eu lieu en Grèce, en Hongrie, en Italie, en Lituanie et au Portugal. En France, on constate une stabilité en 2011 et une légère baisse en 2012. Il est important d’examiner aussi la part des dépenses publiques liées à l’éducation par rapport aux dépenses publiques totales : jusqu’en 2010 on remarque une relative stabilité dans la plupart des pays.

Certains pays ont augmenté les salaires des enseignants quand d’autres les ont gelés, voire baissés. Comment analysez-vous ces données ?

Les évolutions constatées ne touchent pas spécifiquement les salaires des enseignants mais, plus globalement, ceux de la fonction publique. Les salaires représentent environ 70% des dépenses de l’éducation. Les pays qui ont les déficits les plus importants ont dû geler ou baisser les traitements et allocations des enseignants en 2011 et 2012. C’est le cas dans 11 pays : Bulgarie, Croatie, Espagne, Estonie, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie et Portugal. Mais il y a eu des hausses spécifiques aux enseignants, en Pologne (le salaire de base y a progressé de 7% en 2010 et 2011), en République Tchèque et en Slovaquie. C’est à relativiser dans la mesure où le niveau des salaires de base y était plus bas que la moyenne. A l’inverse, en Espagne ou au Portugal par exemple, les salaires de la fonction publique étaient plus élevés que la moyenne. En France, tous les salaires de la fonction publique ont été gelés en 2011 et 2012, mais il y a eu une légère hausse des salaires enseignants en 2011, liée à la revalorisation des débuts de carrière.

Quels sont les pays qui ont augmenté ou stabilisé le nombre d’enseignants ? Y a-t-il un lien entre les effectifs et les résultats des élèves ?

Dans la majorité des pays européens, le nombre d’enseignants a évolué en fonction du nombre d’étudiants. La crise n’a pas eu d’impact spécifique. Les effectifs du corps enseignants ont diminué dans 10 états membres entre 2000 et 2007, dont la France et l’Italie alors que le nombre d’élèves avait progressé.

On ne peut établir un lien entre le nombre d’enseignants et les résultats des élèves entre les pays européens où les taux d’encadrements sont proches. Selon plusieurs études menées principalement aux Etats-Unis, il faudrait tomber à un ratio de moins de 10 élèves par enseignant pour que cela se ressente vraiment sur les résultats des apprentissages scolaires. Ce qui supposerait de doubler les effectifs actuels…

Peut-on dire que l’éducation reste une priorité de l’Europe ?

Deux enseignements peuvent être tirés. Sauf dans quelques pays, la crise n’a pas eu un impact significatif sur l’éducation. Il y a soit une légère diminution soit une certaine stabilité des budgets éducation en 2011 et en 2012. Il en est de même en ce qui concerne la part relative des dépenses éducation, par rapport à l’ensemble des dépenses publiques entre 2008 et 2010. Cela indiquerait que tous les pays font des efforts pour préserver leur budget éducation, malgré la conjoncture économique difficile.

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