Des cours en 3D comme au cinéma… A Cannes, la réalité a rattrapé la fiction : 120 élèves de CM1/CM2, issus de quatre écoles élémentaires, suivent certaines leçons en relief.

Cédric Bossart, professeur à l’école Frédéric Mistral, fait figure de pionnier : « j’avais déjà un tableau blanc interactif dans ma classe et quand l’inspection de l’Education nationale m’a proposé l’initiative, j’ai eu envie d’essayer. » L’outil, qui fonctionne avec des lunettes 3D active , serait particulièrement adapté, selon lui, aux « digital natives », cette génération d’enfants nés avec les tablettes tactiles et les technologies numériques.

5 à 10 minutes par semaine

L’enseignant prévient : « il s’agit d’un bonus qui, du moins j’espère, ne remplacera jamais un cours classique. Je veille à ce que la séance en 3D ne dure pas plus de 5 à 10 minutes, une fois par semaine, car je veux que l’expérience reste pédagogique. » Les possibilités sont multiples : « en sciences, les élèves ont pu mieux visualiser les os du squelette humain ou encore le système digestif », témoigne l’instituteur. « En histoire, nous nous sommes promenés dans les tranchées pendant la guerre. En géographie, ils ont pu toucher du doigt la planète, comprendre l’organisation du système solaire, plonger au cœur d’un volcan en éruption. Et en mathématiques, nous allons commencer la géométrie dans l’espace. » Ce n’est pas tout : une fois par mois, Cédric Bossart emmène virtuellement ses élèves en voyage. « Nous avons visité le Taj Mahal en janvier, les pyramides d’Egypte en février et New York en mars. »

Evelyne Brun, adjointe en charge de l’Education à la mairie de Cannes, explique avoir été enthousiasmée par le projet, déjà testé dans plusieurs collèges  et lycées de la région parisienne « mais jamais encore à l’école », précise-t-elle.

« Ce n’est pas que ludique ! »

Tout n’a pas été simple à mettre en place : « la mise en route était un peu difficile », reconnaît l’instituteur, « le logiciel n’existe pour l’instant qu’en anglais, avec un vocabulaire assez technique. Et puis il a fallu tâtonner avec la base de données. Le principal frein pour certains collègues c’était le temps. Maintenant, en 1h, je parviens à préparer une séance. » Cette technologie, relativement coûteuse, soulève aussi quelques interrogations : les enseignants sont-ils contraints de trouver des subterfuges pour intéresser leurs élèves ? L’école doit-elle être ludique ? « La nouvelle génération baigne tellement dans les écrans que la 3D leur parle. On capte plus facilement leur attention », estime Cédric Bossart. « Le risque c’est qu’ils écrivent moins, sachant que l’écriture SMS fait déjà des dégâts en orthographe . C’est pour cette raison que je suis clair : la 3D n’est qu’un outil parmi d’autres. »

Evelyne Brun va plus loin : « ce n’est pas que ludique, c’est d’abord éducatif ! Avec la 3D les élèves sont mis en face de la réalité. Lorsqu’ils voient un cœur battre ou un cube matérialisé dans l’espace, cela permet de mieux faire passer les apprentissages. Résultat : ils sont plus motivés que jamais. La 3D nous semble être l’avenir. »

La ville de Cannes a signé une convention de trois ans avec les sociétés EON Reality et Texas Instrument, fournisseurs des logiciels et contenus 3D. Si les résultats sont concluants, elle étudiera ensuite la possibilité d’équiper d’autres classes du même dispositif.