« Une majorité des jeunes qui sortent de CAP et de BAC Pro finissent chefs d’entreprise »

L’apprentissage à 14 ans, autorisé par la loi Cherpion avec le dispositif d’initiation aux métiers en alternance (Dima), a été abrogé le 16 mars. Décryptage avec Morgan Marietti, président de l’Association nationale des apprentis de France (ANAF).

Morgan Marietti

Morgan Marietti

La possibilité d’entamer une formation d’apprentissage en alternance à 14 ans vient d’être supprimée : qu’en pensez-vous ?

Il ne faut pas avoir une position dogmatique. L’apprentissage était accessible en France à partir de 14 ans et demi, à une condition : avoir terminé la classe de troisième. Autant dire que ça ne concernait personne… Les Dima n’étaient pas des contrats de travail, il s’agissait de stages en entreprise. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que le gouvernement estime que les jeunes doivent rester plus longtemps au collège pour acquérir le socle commun de connaissances. Mais que propose l’Education nationale à la place ? Quelle pédagogie pour ces jeunes qui n’arrivent pas à suivre et qui souhaitent quitter le collège pour apprendre un métier ? Quand vous voyez que dans les Dima, on arrivait à faire des cours de grec ancien, c’est que certains CFA ont une pédagogie efficace !

Le dispositif, introduit par la loi Cherpion, avait-il fait ses preuves, comme l’affirme l’UMP mais également Ségolène Royal ?

Bien sûr ! Le problème c’est que l’alternance est surmédiatisée, l’apprentissage est devenu un sujet politique et l’on se désintéresse de la qualité pédagogique de l’alternance. Beaucoup d’élus régionaux sont tenus de ne pas s’écarter de la politique défendue par Vincent Peillon mais beaucoup sont en fait favorables au maintien des Dima, comme Ségolène Royal. Je ne refuse par leur suppression mais j’attends de voir par quoi on les remplace. Il faut laisser aux jeunes la possibilité d’apprendre un métier dès le collège.

Comment se porte l’apprentissage en alternance ?

L’alternance se porte bien, le nombre d’apprentis est stable. La grosse difficulté, ce sont les ruptures de contrat d’apprentissage. Il y a un important travail à mener pour améliorer la posture du jeune en entreprise et faire en sorte qu’elle soit pro-active. Sur les 25% de ruptures de contrat qui ont lieu chaque année, près de 80% s’expliquent par un problème lié à la qualité de l’activité du jeune en entreprise. Il peut y avoir des problèmes de comportement ou de compétence du jeune, mais aussi un décalage entre sa formation et les tâches demandées. En clair, les jeunes ne sont pas assez accompagnés. En Ile-de-France, la Région a mis en place un dispositif qualité de l’alternance. Résultat : 3000 ruptures de contrat ont été évitées depuis 2009. Autre problème : nous n’avons plus d’interlocuteur depuis le départ de Thierry Repentin, ancien ministre de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage (nommé ministre délégué aux affaires européennes le 19 mars dernier). Plutôt que de parler d’aides fiscales, les politiques devraient imposer que tous les formateurs soient formés à l’accompagnement des jeunes.

Comment expliquez-vous que l’apprentissage soit souvent considéré comme une voie par défaut en France, à l’inverse de l’Allemagne par exemple ?

On considère encore que pour réussir il faut faire des études supérieures. Pourtant, une grande majorité des jeunes qui sortent de CAP et de BAC Pro finissent chefs d’entreprise ! Il y a une dévalorisation des métiers manuels en général, alors même qu’il y a 150 000 décrocheurs chaque année. L’erreur, c’est qu’on a toujours voulu créer un espace entre la théorie et la pratique. Je crois au contraire qu’il est nécessaire de rassembler l’éducatif et l’économique. On ne peut pas mettre tout le monde en alternance à 16 ans mais il faut cesser l’opposition entre CFA et lycée.

Qu’attendez-vous du projet de loi  sur l’apprentissage, initialement prévu pour juin mais qui devrait n’être présenté qu’en fin d’année ?

Une vraie prise en compte de la qualité de l’alternance ! La représentativité des jeunes apprentis est également insuffisante. Comment peuvent-ils s’exprimer au sein de la Région et de l’Etat ? Et au niveau de l’entreprise ? Tout le monde s’accorde à dire que l’apprentissage est une bonne alternative, encore faut-il accorder une vraie place aux apprentis !

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4 commentaires sur "« Une majorité des jeunes qui sortent de CAP et de BAC Pro finissent chefs d’entreprise »"

  1. Prof de LP  12 avril 2013 à 14 h 26 min

    Quelle intox ! Je suis professeur en LP et en 25 ans de carrière, soit plus de 2250 jeunes qui sont passés dans mes classes, pas un de mes élèves n’a ouvert son entreprise… Ne généralisez pas ce qui n’est pas généralisable, votre titre est une propagande électorale, rien de plus !Signaler un abus

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  2. fanfan  13 avril 2013 à 21 h 26 min

    L’apprentissage et notamment la formation en alternance est une chance pour beaucoup de jeunes qui ne trouvent pas leur place dans un mode d’enseignement qui n’a gère évolué depuis J. FERRY. L’EN fait une impasse sur les progrès des découvertes en neuro-sciences qui reconnaissent des difficultés d’apprentissage (dyslexie, dysgraphie, dysphasie, précocité…) qui nécessiteraient des aménagements importants (classe dédoublée, pédagogie spécifique, enseignant formé) ; or les enseignants n’y sont pas formés.
    Mon fils, élève précoce a fait son apprentissage en entreprise et au CFA des compagnons du devoir, je n’ai pas voulu qu’il intègre un LP au regard de l’absence de motivation de trop d’élèves dirigés dans cette voie par défaut ! Deux amis de mon fils, un jeune couvreur comme lui a sa propre entreprise, ainsi qu’un jeune boulanger qui a épousé une pâtissière et qui, à 25 ans, emploie 4 personnes et rembourse son prêt…
    Les métiers doivent être revalorisés et les maitres d’apprentissage formés au tutorat et capable de transmettre un savoir faire et un savoir être. Les compagnons du devoir (même si ce n’est une panacée) ont encore cette exigence mais aussi de l’estime pour les jeunes qu’ils encadrent. Mon fis a été médaille d’argent au concours du meilleur apprenti de France dans sa discipline, cela lui a redonné confiance et il vient de trouver une entreprise où poursuivre sa formation par le BP ! et en attendant il travaille !
    Je préfère le voir ainsi que désœuvré comme son meilleur ami, ayant un bac ES avec mention AB, qui a traîné en fac de musico. et qui depuis deux ans végète et se désespère !Signaler un abus

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  3. ines  15 avril 2013 à 13 h 12 min

    Je prends en charge des jeunes inscrits en DIMA et je trouve parfaitement scandaleux la suppression de ce disposotif qui a fait ses preuves : tous les élèves n’ont pas les mêmes capacités face aux apprentissages, certains ont besoin de l’alternance pour valider leur projet, la supression duDIMA n’est qu’un acte politique en opposition au gouvernement précédent ; il faut à tout prix garder dans les établissements scolaires les élèves pour justifier des augmentations de postes enseignants, rien n’est fait pour tenir compte du projet du jeune puisque l’entrée en DIMA est soumis à l’autorisation de l’inpecteur d’académie qui peut refuser alors que cela correspond à une demande de la famille. Nos jeunes sont prêts pour l’apprentissage apres une année en DIMA de par leur expérience en stage et ils travaillent sur la validation de socle commun : il s’agit d’un projet personnel pour le jeune, alors laissons lui la possibilité de réussir autrement !!!Signaler un abus

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  4. phebe  21 avril 2013 à 15 h 13 min

    Non seulement les futurs artisans trouveront du travail manuel de plus en plus rémunéré mais ils permettront la transmission des techniques et des tours de mains qui se perdent. Je connais un serrurier qui est mort sans pouvoir transmettre son savoir-faire. Il faut maintenir les centres d’apprentissage et se débarrasser de gouvernants qui y seraient opposés.Signaler un abus

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