Morgan Marietti

Morgan Marietti

La possibilité d’entamer une formation d’apprentissage en alternance à 14 ans vient d’être supprimée : qu’en pensez-vous ?

Il ne faut pas avoir une position dogmatique. L’apprentissage était accessible en France à partir de 14 ans et demi, à une condition : avoir terminé la classe de troisième. Autant dire que ça ne concernait personne… Les Dima n’étaient pas des contrats de travail, il s’agissait de stages en entreprise. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que le gouvernement estime que les jeunes doivent rester plus longtemps au collège pour acquérir le socle commun de connaissances. Mais que propose l’Education nationale à la place ? Quelle pédagogie pour ces jeunes qui n’arrivent pas à suivre et qui souhaitent quitter le collège pour apprendre un métier ? Quand vous voyez que dans les Dima, on arrivait à faire des cours de grec ancien, c’est que certains CFA ont une pédagogie efficace !

Le dispositif, introduit par la loi Cherpion, avait-il fait ses preuves, comme l’affirme l’UMP mais également Ségolène Royal ?

Bien sûr ! Le problème c’est que l’alternance est surmédiatisée, l’apprentissage est devenu un sujet politique et l’on se désintéresse de la qualité pédagogique de l’alternance. Beaucoup d’élus régionaux sont tenus de ne pas s’écarter de la politique défendue par Vincent Peillon mais beaucoup sont en fait favorables au maintien des Dima, comme Ségolène Royal. Je ne refuse par leur suppression mais j’attends de voir par quoi on les remplace. Il faut laisser aux jeunes la possibilité d’apprendre un métier dès le collège.

Comment se porte l’apprentissage en alternance ?

L’alternance se porte bien, le nombre d’apprentis est stable. La grosse difficulté, ce sont les ruptures de contrat d’apprentissage. Il y a un important travail à mener pour améliorer la posture du jeune en entreprise et faire en sorte qu’elle soit pro-active. Sur les 25% de ruptures de contrat qui ont lieu chaque année, près de 80% s’expliquent par un problème lié à la qualité de l’activité du jeune en entreprise. Il peut y avoir des problèmes de comportement ou de compétence du jeune, mais aussi un décalage entre sa formation et les tâches demandées. En clair, les jeunes ne sont pas assez accompagnés. En Ile-de-France, la Région a mis en place un dispositif qualité de l’alternance. Résultat : 3000 ruptures de contrat ont été évitées depuis 2009. Autre problème : nous n’avons plus d’interlocuteur depuis le départ de Thierry Repentin, ancien ministre de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage (nommé ministre délégué aux affaires européennes le 19 mars dernier). Plutôt que de parler d’aides fiscales, les politiques devraient imposer que tous les formateurs soient formés à l’accompagnement des jeunes.

Comment expliquez-vous que l’apprentissage soit souvent considéré comme une voie par défaut en France, à l’inverse de l’Allemagne par exemple ?

On considère encore que pour réussir il faut faire des études supérieures. Pourtant, une grande majorité des jeunes qui sortent de CAP et de BAC Pro finissent chefs d’entreprise ! Il y a une dévalorisation des métiers manuels en général, alors même qu’il y a 150 000 décrocheurs chaque année. L’erreur, c’est qu’on a toujours voulu créer un espace entre la théorie et la pratique. Je crois au contraire qu’il est nécessaire de rassembler l’éducatif et l’économique. On ne peut pas mettre tout le monde en alternance à 16 ans mais il faut cesser l’opposition entre CFA et lycée.

Qu’attendez-vous du projet de loi  sur l’apprentissage, initialement prévu pour juin mais qui devrait n’être présenté qu’en fin d’année ?

Une vraie prise en compte de la qualité de l’alternance ! La représentativité des jeunes apprentis est également insuffisante. Comment peuvent-ils s’exprimer au sein de la Région et de l’Etat ? Et au niveau de l’entreprise ? Tout le monde s’accorde à dire que l’apprentissage est une bonne alternative, encore faut-il accorder une vraie place aux apprentis !