Le collège unique divise. Est-il toujours la meilleure solution pour lutter contre l’échec scolaire ?

Le collège unique n’est pas une solution, c’est un fait. Tous les jeunes ont droit à la même structure pendant quatre ans après l’école élémentaire. C’est une avancée démocratique, il me semble impossible de revenir là-dessus sous prétexte que les résultats sont pour l’instant décevants ou problématiques. Il faut évidemment le repenser de fond en comble et cesser d’en faire la caisse de résonance et d’amplification des lacunes accumulées, ce qui est souvent le cas, mais pas uniquement. J’observe, quand même, que de la 6ème à la 3ème, nous avons beaucoup apporté à la plupart des élèves. Mais en l’état, nous ne pouvons nous satisfaire de ce qui est. Enfin, unique, ne veut pas dire uniforme, rigide, insensible et monolithique.

Que proposez-vous pour améliorer le collège unique ?

Tout d’abord de se concentrer sur l’école maternelle et élémentaire. Si ce niveau va mieux, le collège ira mieux. Ensuite, il doit gagner en cohérence, en continuité et en souplesse. S’il propose aujourd’hui des dispositifs pour aider les élèves en difficulté, ce ne sont, faute de moyens et de véritable latitude, que des gouttes d’eau dans l’océan. C’en est presque grotesque tant on se donne bonne conscience sans véritablement affronter le problème. Les élèves passent de classe en classe, de prof en prof sans réel suivi. Il faudrait, par exemple, que les élèves aient un professeur référent pendant 4 ans, qu’ils aient des interlocuteurs privilégiés pour se repérer et que leurs difficultés soient suivies de près.

Le conseil école-collège prévu dans le projet de loi sur la refondation de l’école est-il une bonne idée ?

C’est une excellente idée ! Le saut est grand entre l’école et le collège. Les élèves passent d’une structure un peu familiale, où tout le monde les connaît, à un monde éparpillé, sans repère, dans lequel ils sont perdus et dans lequel on les paume. Je suis donc très favorable au conseil école-collège.

Faut-il supprimer le redoublement ou le rendre « exceptionnel » ?

Le supprimer, peut-être pas. Mais il faut cependant le rendre vraiment exceptionnel et cesser de le brandir comme une menace à tout bout de champ. En même temps, la crainte qu’il inspire motive parfois les élèves. On pourrait cependant imaginer un moyen moins sommaire pour les motiver. Trop souvent on fait redoubler les élèves, faute de solution, sans aucun suivi l’année du redoublement, ni accompagnement, ni réflexion véritable. Du coup, cela ne sert à rien. Cela aggrave même parfois les choses.

Fallait-il abroger la loi Cherpion ?

La loi Cherpion abaisse l’âge de l’apprentissage à 14 ans. Elle est inquiétante car à ce rythme, on pourrait tout aussi bien imaginer 12 ans ou 10 ans. 14 ans, c’est très jeune. Il me semble que cela va contre l’idée de l’obligation de scolarité jusqu’à 16 ans et empêche ces enfants d’acquérir un diplôme. Néanmoins, une solution est à trouver pour ceux à qui le collège, dans sa forme actuelle, ne correspond absolument pas et qui y perdent leur temps.