Mara Goyet : le collège unique est à repenser, mais à garder

Mara Goyet, prof d’histoire-géographie dans un collège à Paris et auteur de "Collège brutal" estime sur son blog que le collège unique doit être repensé. Entretien.

Le collège unique divise. Est-il toujours la meilleure solution pour lutter contre l’échec scolaire ?

Le collège unique n’est pas une solution, c’est un fait. Tous les jeunes ont droit à la même structure pendant quatre ans après l’école élémentaire. C’est une avancée démocratique, il me semble impossible de revenir là-dessus sous prétexte que les résultats sont pour l’instant décevants ou problématiques. Il faut évidemment le repenser de fond en comble et cesser d’en faire la caisse de résonance et d’amplification des lacunes accumulées, ce qui est souvent le cas, mais pas uniquement. J’observe, quand même, que de la 6ème à la 3ème, nous avons beaucoup apporté à la plupart des élèves. Mais en l’état, nous ne pouvons nous satisfaire de ce qui est. Enfin, unique, ne veut pas dire uniforme, rigide, insensible et monolithique.

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Que proposez-vous pour améliorer le collège unique ?

Tout d’abord de se concentrer sur l’école maternelle et élémentaire. Si ce niveau va mieux, le collège ira mieux. Ensuite, il doit gagner en cohérence, en continuité et en souplesse. S’il propose aujourd’hui des dispositifs pour aider les élèves en difficulté, ce ne sont, faute de moyens et de véritable latitude, que des gouttes d’eau dans l’océan. C’en est presque grotesque tant on se donne bonne conscience sans véritablement affronter le problème. Les élèves passent de classe en classe, de prof en prof sans réel suivi. Il faudrait, par exemple, que les élèves aient un professeur référent pendant 4 ans, qu’ils aient des interlocuteurs privilégiés pour se repérer et que leurs difficultés soient suivies de près.

Le conseil école-collège prévu dans le projet de loi sur la refondation de l’école est-il une bonne idée ?

C’est une excellente idée ! Le saut est grand entre l’école et le collège. Les élèves passent d’une structure un peu familiale, où tout le monde les connaît, à un monde éparpillé, sans repère, dans lequel ils sont perdus et dans lequel on les paume. Je suis donc très favorable au conseil école-collège.

Faut-il supprimer le redoublement ou le rendre « exceptionnel » ?

Le supprimer, peut-être pas. Mais il faut cependant le rendre vraiment exceptionnel et cesser de le brandir comme une menace à tout bout de champ. En même temps, la crainte qu’il inspire motive parfois les élèves. On pourrait cependant imaginer un moyen moins sommaire pour les motiver. Trop souvent on fait redoubler les élèves, faute de solution, sans aucun suivi l’année du redoublement, ni accompagnement, ni réflexion véritable. Du coup, cela ne sert à rien. Cela aggrave même parfois les choses.

Fallait-il abroger la loi Cherpion ?

La loi Cherpion abaisse l’âge de l’apprentissage à 14 ans. Elle est inquiétante car à ce rythme, on pourrait tout aussi bien imaginer 12 ans ou 10 ans. 14 ans, c’est très jeune. Il me semble que cela va contre l’idée de l’obligation de scolarité jusqu’à 16 ans et empêche ces enfants d’acquérir un diplôme. Néanmoins, une solution est à trouver pour ceux à qui le collège, dans sa forme actuelle, ne correspond absolument pas et qui y perdent leur temps.

3 commentaires sur "Mara Goyet : le collège unique est à repenser, mais à garder"

  1. Il Rève  30 mars 2013 à 7 h 20 min

    Merci Mara pour ces quelques paroles sensées. Il me semble cependant que vous ne faites pas suffisamment référence au nombre d’élèves par classe comme cause des difficultés d’enseigner, ainsi qu’aux méthodes pédagogiques (fondées sur le renforcement, la maîtrise et les interactions) susceptibles d’augmenter les motifs d’apprendre des élèves. Mais ces questions n’étaient pas posées, il est vrai.Signaler un abus

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  2. sylvie CPE13  31 mars 2013 à 11 h 18 min

    Il se trouve qu’il y a des CPE qui suivent la scolarité des élèves dans la continuité et demandent sans relâche aux enseignants de sortir du cadre normatif qui plonge les élèves en difficultés souvent exclus de leur classe dans le cercle vicieux du décrochage scolaire….
    Alors je comprends l’exigence philosophique du collège unique mais il faut au contraire différencier les parcours. Telle était l’ambition première de Condorcet au sortir de la révolution avec les écoles centrales et n’oublions pas qu’il est l’inspirateur de l’école républicaine, donc ne voyons pas à travers cette approche une volonté de se défaire de l’éducation et de la réussite de certains élèves, mais au contraire essayons aussi de mener une réflexion plus grande sur la formation tout au long de la vie car notre seul tort est de vendre à nos élèves un concept de vie linéaire !Signaler un abus

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  3. Xave06  2 avril 2013 à 17 h 51 min

    Bien sûr que le premier degré est à la base du travail scolaire. Mais il fallait aller au bout de la réforme en 1989 et créer un corps unique d’enseignants de la maternelle au collège, sans reculer devant la levée de bouclier des (du ?) syndicats du second degré. Cela n’aurait pas réglé tous les problèmes du collège mais laissé du temps à l’enfant pour grandir, avec une approche plus paternaliste. Plus facile de faire faire des heures sup en réunions ou ateliers non payées à des instits, forcément souvent plus impliqués car vivant 6 heures par jour avec l’enfant, qu’à des profs du secondaire tournant de groupes en groupes, sans connaître tous les prénoms en plus … Parce que l’adolescence restera la période du développement la plus difficile à appréhender, il faut oser révolutionner les pratiques. Pas besoin d’une quantité astronomique de connaissances pour enseigner en collège mais de la péda. Sauf qu’en France, plus l’enfant est jeune, moins le travail est considéré. Dommage pour eux et notre société.Signaler un abus

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