Illettrisme : l’école en première ligne

L’illettrisme concerne 7% des 18-65 ans. Si l’école est en première ligne pour prévenir ce phénomène, l’Association nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) estime tout aussi nécessaire de s'intéresser à l'illettrisme des parents.

Eric Nedelec

Eric Nedelec

Selon l’Insee, la France compte aujourd’hui 2,5 millions d’illettrés. C’est moins qu’en 2004, où 3,1 millions de personnes étaient illettrées, soit 9% des 18-65 ans.

« Beaucoup de facteurs interviennent très tôt, avant l’école, notamment l’environnement familial, économique ou culturel », explique Eric Nedelec, coordonnateur national de l’ANLCI. Loin d’être pessimiste, il estime qu’il est possible d’agir efficacement, « car on sait aujourd’hui de quoi on parle. On fait la distinction entre l’illettrisme, le français langue étrangère et l’analphabétisme ». On parle d’illettrisme après la fin de la scolarité obligatoire, l’école est donc le premier acteur de prévention de ce phénomène. « La fragilité de certains élèves s’accentue au moment du passage du primaire au secondaire, explique Eric Nedelec. Du CP au CM2, les problèmes sont moins visibles, on trouve des solutions d’accompagnement. Lors du passage au collège, et particulièrement au premier trimestre de la 5ème, les difficultés s’accumulent. »

Prise de conscience

Le coordonnateur de l’ANCLI se félicite que l’illettrisme ait été inscrit dans les orientations du projet de loi pour la refondation de l’école. Et le fait que l’illettrisme soit Grande cause nationale 2013 donne une visibilité qui manque terriblement.

« A travers des temps de sensibilisation avec les enseignants, il faut expliquer de quoi on parle, susciter une prise de conscience », poursuit Eric Nedelec. Il faut aussi tordre le cou aux amalgames entre immigration et illettrisme. De fait, le taux d’illettrisme est plus élevé dans les zones rurales et peu peuplées, comme le Morvan, les Plaines d’Alsace ou en Picardie. « Ce n’est pas toujours facile de faire la distinction entre dyslexie, problème passager et illettrisme, souligne Stéphane Magnier, enseignant dans la Somme, en petite section de maternelle. Faute de formation, on n’est pas tous compétents pour détecter l’illettrisme ».

Déculpabiliser les parents

Certaines situations permettent toutefois de comprendre les difficultés de l’élève. Stéphane Magnier a dans sa classe des élèves dont les parents sont illettrés : « Certains parents sont incapables de remplir une fiche de renseignements. » Pour Eric Nedelec, il est essentiel « de faire en sorte qu’ils sortent de l’invisibilité ». « Certains le font naturellement, avec l’envie que leurs enfants ne connaissent pas les mêmes difficultés qu’eux », souligne Stéphane Magnier. D’autres n’osent pas sortir de l’ombre car l’illettrisme reste tabou, honteux. La solution ? « On peut inviter les parents en début d’année, leur proposer des activités, des temps de débats, pour qu’ils se sentent en confiance, suggère le coordonnateur de l’ANCLI. Mais pour cela, il faut qu’ils aient reçu l’information ».

Une fois que les parents sont là, il faut susciter le dialogue, insiste Eric Nedelec. « Prenons l’exemple d’une directrice d’école maternelle qui réussit à faire venir les parents. Elle veut souligner l’importance de la lecture, du livre. Elle va avoir envie de leur dire : “c’est bien de lire un livre à son enfant tous les soirs”. Une personne en situation d’illettrisme va entendre deux choses : il va être face à son incompétence, et “vous êtes un mauvais parent”. »

Alors, que devrait dire l’enseignante ? « Elle pourrait s’adresser à tout le monde et dire que c’est bien de s’assoir à côté de son enfant et de feuilleter un livre avec lui », et suggérer que si un parent ne peut pas le faire, des bénévoles peuvent le faire avec lui.

Mais l’école et l’enseignant ne peuvent pas tout, poursuit Eric Nedelec. « L’enfant et ses parents doivent pouvoir s’appuyer sur des ressources extérieures pour réussir dans certains domaines, comme le sport ou la culture. »


Typhaine Morin

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