BD « Hell School » : dans l’enfer du bizutage

La série BD Hell School, dont le premier tome "Rituels" est sorti en janvier aux éditions Le Lombard, raconte le quotidien d'adolescents mis à l'écart dans leur nouvelle école, le mystérieux Institut de l'excellence. Les auteurs belges, Benoît Ers et Vincent Lodewick (alias Dugomier) ont accepté de répondre à nos questions.

couverture BD Hell School tome 1 RituelsDans la BD Hell School, vous mettez en scène un rituel d’intégration des nouveaux élèves poussé à l’extrême. Les élèves récalcitrants, traités de « bâtards », sont harcelés sans relâche par leurs camarades avec la complicité du personnel éducatif. Au cours de votre scolarité, avez-vous été témoin de tels phénomènes de violence ? D’où vous est venue l’inspiration ?

Benoît Ers, dessinateur. Personnellement, je n’ai jamais été confronté à la violence à l’école. Tout au plus un ou deux caïds de cour de récré. En fait, le rituel décrit dans l’album n’est pas forcément extrême. Cela a en fait peu d’importance, et nous n’en montrons d’ailleurs rien. Le sujet traité serait plutôt l’exclusion des non baptisés.

L’idée de départ est née du récit d’un ami prof de biologie dans le secondaire, qui a décidé de reprendre sur le tard des études universitaires de vétérinaire. La différence d’âge, la vie de famille et l’idée de se retrouver soumis à certains de ses anciens élèves l’ont décidé à refuser le baptême. De ce fait, le pauvre s’est vu totalement exclu de la vie universitaire. Pas moyen d’obtenir des notes, de l’aide ou même parfois des informations pourtant publiques style prof absent, changement d’horaire… Le bizutage est un enfer passager. Ne pas le faire revient à signer pour un purgatoire de longue haleine.

Vincent Lodewick alias Dugomier, scénariste. J’ai vu beaucoup de scènes de bizutage dans mon enfance et adolescence parce que les étudiants d’une école supérieure le pratiquaient souvent, le soir, dans les rues du quartier. C’était plutôt viril et je trouvais ça idiot et dégradant. En même temps, ceux qui se sont le plus humiliés à mes yeux étaient les organisateurs qui hurlaient comme des caporaux dans un régime totalitaire. J’ai connu ça un peu chez les scouts aussi. Même si c’était beaucoup plus bon enfant. Là aussi, des instincts cruels ressortaient chez des amis et c’était étrange à voir. J’ai ensuite observé le bizutage à l’armée, pendant que je faisais mon service militaire à l’école royale militaire qui forme les officiers belges. C’était dans les années 80. J’ignore si c’est toujours ainsi, mais, pour ce que j’en ai vu, ce n’était pas tendre.

Ce sont sans doute ces souvenirs, ainsi que la lecture de quelques faits divers malheureux, qui m’ont inspiré. Mais c’est surtout l’exclusion si on n’a pas suivi le bizutage qui m’interpelle plus encore. Ceci le rend quasi obligatoire, ce qui n’est pas normal. C’est de cette injustice que je parle dans l’album.

Depuis la loi n°98-468 du 17 juin 1998, le bizutage est un délit en France. Pourtant la menace de 6 mois de prison et 7500€ d’amende n’a pas mis fin au phénomène et chaque année, le bizutage fait de nouvelles victimes. Pour vous, peut-on espérer voir un jour disparaître ces rites d’intégration souvent humiliants et parfois dangereux ?

B.E. Je ne suis pas trop informé de ce qui se passe en France à ce sujet, mais habitant à Liège, grande ville universitaire de Belgique, j’assiste fréquemment à des rituels de bizutage. Ici, le bizutage est une institution qui s’affiche ouvertement. En période de baptêmes, de nombreux groupes de « bleus » arpentent la ville dans l’indifférence générale.

Il y a bien entendu déjà eu des accidents, mais ces rituels étant institutionnalisés, il y a un certain contrôle des aînés, voire de l’école qui fournit les locaux et exerce de ce fait une surveillance. Des débordements existent, mais sont rendus publics et sanctionnés. Le vrai danger se situerait plutôt dans des bizutages secrets. A mon avis, la France en interdisant ces pratiques, a certainement limité le nombre d’incidents, mais les bizutages survivants sortent alors du contrôle social.

V.L. Je pense réellement que oui. Je pense aussi que le bizutage qui règne dans les écoles sera plus facile à combattre que celui qui existe dans certaines entreprises. De telles affaires sont relatées par les médias. Bizutage ou harcèlement ? Difficile d’y voir clair, mais dans le monde du travail, l’exclusion se traduit souvent par quitter son emploi, ce qui est très grave. Par contre, le cas de l’armée, puisque vous l’évoquez avec votre lien, est un cas à part. Les traditions sont très fortes dans ce milieu fermé.

Pour revenir au milieu scolaire, n’oublions pas que même sans bizutage, l’exclusion, l’humiliation, et les « castes » avec ceux qui sont dans le coup, les ringards, les populaires, … existent dans nos écoles. Mes enfants, adolescents, m’en parlent souvent. Ces phénomènes sont très difficiles à combattre. Pas mal d’adultes pensent que c’est normal car il en est ainsi dans la vie, ce qui est d’ailleurs assez vrai, mais je ne peux me résoudre à accepter l’injustice à l’école. L’humiliation est un vecteur de violence et doit être combattue, surtout quand on pense aux drames qui ont touché des écoles en Amérique. Mes enfants me parlent souvent de la prévention faite en classe, qui est de parler des problèmes, projections de films, débats, … Ça les interpelle beaucoup.

Seuls contre les élèves et l’administration de leur école sur une île isolée du reste du monde, comment vos héros peuvent-ils espérer tenir encore deux tomes ? En quelques mots, que nous réserve la suite de Hell School ?

B.E. Je ne vais bien entendu pas vous répondre, ce serait vendre la mèche ! Disons simplement que ces rituels sont la face visible d’un iceberg beaucoup plus colossal. Pour nos héros, être privés de dessert ou traités de bâtards va très vite devenir une préoccupation secondaire.

Nous sommes ici dans la fiction, un simple harcèlement moral ne suffit pas à animer un thriller, mais dans la vie réelle, cette accumulation de petites frustrations devient vite un calvaire. Le harcèlement est un véritable problème de société qui touche énormément de monde à des degrés divers. Les conséquances en sont souvent ravageuses pour la victime.

V.L. Nos amis tiendront bien entendu grâce à leur amitié, à l’entraide. Mais leurs propos de fin d’album sont clairs. Il ne s’agit plus de survivre dans l’Institut de l’Excellence, mais de le combattre. Je ne peux bien entendu rien vous dévoiler sur ce sujet, mais il va y avoir beaucoup de surprises. Dans le tome 2, nous abordons aussi la vie affective de nos héros. Ils ont 15 ans et l’amour est bien entendu une préoccupation importante.

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