Pollution : « une soupe de plastiques se concentre dans cinq bassins océaniques »

François Galgani, océanographe et chercheur à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER), explique que les plastiques dérèglent les écosystèmes.

François Galgani

François Galgani

N’est-ce pas un peu galvaudé de parler de « 7e continent de plastique » à propos des déchets qui polluent les océans ?

L’expression « 7e continent de plastique » est une image choc pour sensibiliser le grand public. Si vous vous rendez en bateau dans les lieux de concentration de micro-plastiques, vous ne verrez rien de spectaculaire. Cependant, lors d’expérimentations, la concentration dans les filets de collecte révèle une soupe de plastiques. Elle se concentre dans les cinq bassins océaniques : en Atlantique Nord et Sud, dans le Pacifique Nord et Sud, ainsi qu’au sud de l’océan Indien. Cela s’explique par un phénomène physique. Globalement, les eaux sont poussées de l’Est vers l’Ouest. Cela génère un afflux d’eau au niveau de l’équateur et l’accumulation d’eau à l’Ouest. Cette eau, qui doit s’échapper vers le nord ou vers le sud, génère les courants géostrophiques . Connus des rameurs qui les empruntent, ces courants porteurs créent d’immenses gyres océaniques . Il faut imaginer un lavabo qui se vide. La mer des Sargasses, dans l’Atlantique Nord, est un exemple de zone de convergence où tout ce qui flotte, les plastiques comme les espèces vivantes, se concentre.

Le phénomène s’est-il stabilisé ?

La zone de convergence est permanente. Ce qui a changé c’est le mode de vie de l’homme. Depuis les années 1950, les polymères ont envahi notre vie quotidienne. Le problème est que ces plastiques se retrouvent dans la nature. Et avec le temps, les macro-plastiques deviennent des micro-plastiques puis des nano-plastiques… Dans la gyre Atlantique, des chercheurs de Sea Education Association (SEA) se sont aperçus que la quantité de déchets plastiques reste stable. Des milliards de fragments plastiques continuent d’évoluer dans l’océan. En poids, cela reste relativement faible puisqu’il s’agit d’environ 600 tonnes de plastiques en Méditerranée, 1100 tonnes en zone de convergence Atlantique et quelques milliers de tonnes dans le Pacifique… Mais l’impact sur le plan environnemental ne se situe pas forcement où on croit.

Quels dangers représentent ces déchets plastiques ?

Le risque de blessure pour l’homme peut exister sur les plages mais il reste anecdotique. De la même manière, la présence de contaminants fixés sur les plastiques est à relativiser, le niveau de PCB dans l’eau restant plus important dans les zones industrielles qu’au milieu de l’océan. En revanche, les étouffements de certaines espèces comme les tortues à cause des plastiques sont un vrai problème. Près de 40% des tortues Luth échouées sur les côtes françaises ont absorbé des plastiques et environ 30% des tortues Caouanne. De la même manière, en moyenne les oiseaux de la Mer du Nord ont 0,6 gramme de plastiques dans l’estomac : ça paraît peu mais c’est considérable, c’est comme si un homme avait 60 grammes de plastiques dans le ventre ! Le transport d’espèces est également problématique. Les organismes marins se fixent naturellement sur des objets flottants et lorsqu’il y a des milliards de « supports » plastiques en suspension, c’en est un autre ! Les microplastiques agissent alors comme vecteurs de dispersion qui amplifient le phénomène. Ainsi, après le tsunami au Japon le 11 mars 2011, un morceau de quai a dérivé dans l’océan. Résultat : plus de 50 espèces nouvelles ont été retrouvées au large du Canada… De quoi déséquilibrer les écosystèmes, avant que les autorités ne le fassent couler.

La non distribution systématique de sac en plastique aux caisses des supermarchés en France a-t-elle eu un impact positif, si minime soit-il ?

Oui, cela a eu un impact sur la pollution en mer, bien que difficile à quantifier précisément. Pour lutter, on ne peut agir que préventivement, par ce type de mesure, en nettoyant les plages ou en développement l’éducation des enfants. L’industrie pourrait également contribuer à inverser la tendance en rationalisant ses pratiques mais les polymères, légers et résistants, sont difficiles à remplacer.

Comment parler de ce sujet à l’école ?

Le mieux est d’aller nettoyer le littoral pour limiter la dispersion des plastiques. C’est didactique et l’on se rend mieux compte de l’impact des plastiques sur l’environnement. Après on peut toujours s’interroger pour savoir si c’est vraiment à la jeune génération de nettoyer les dégâts provoqués par les générations précédentes…

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1 commentaire sur "Pollution : « une soupe de plastiques se concentre dans cinq bassins océaniques »"

  1. GONm  18 mars 2013 à 16 h 43 min

    Le nettoyage oui, peut-être mais pas au détriment de la biodiversité des plages. Nettoyages qui détruisent les nids de gravelots, qui suppriment la nourriture dans la laisse.
    Les nettoyages ou ramassages ne doivent qu’être manuels, ne concerner que les déchets d’origine humaine (laisser les algues etc.) et ne pas avoir lieu de mars à juillet période de nidification.
    Le plus radical serait de ne pas jeter de déchets à la mer.Signaler un abus

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