Refondation de l’école : premières discussions mouvementées à l’Assemblée

Le ministre de l'Education nationale Vincent Peillon a ouvert hier une "longue semaine" de discussions sur le projet de loi pour la refondation de l'école à l'Assemblée nationale. Retour sur cette première journée de débats.

© rangizzz - Fotolia.com

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Le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon a ouvert hier les discussions sur le projet de loi d’orientation et de programmation pour l’école à l’Assemblée nationale. Le ministre y a longuement défendu son texte, estimant qu’il s’agissait de « la condition du redressement de la France ».

« Dépasser les postures partisanes »

Le ministre a invité les députés à « dépas­ser les pos­tures par­ti­sanes » afin de « recons­truire des bases solides » pour l’école. Egratignant légèrement le bilan du gouvernement précédent en rappelant que ce n’était « pas la même chose de supprimer 80 000 postes ou d’en créer 60 000, de supprimer la formation des professeurs ou de la rétablir, de passer brutalement à la semaine de 4 jours ou de chercher à redonner du temps aux élèves pour apprendre », il a toutefois salué ses mesures sur « les décrocheurs, les langues étrangères, les équipes mobiles de sécurité et le socle commun de connaissances et de compétences ».

Le ministre est revenu sur les trois fondements posés par le projet de loi d’orientation et de programmation. « Le premier de ces fondements, c’est bien entendu la priorité au primaire. Le second fondement, c’est la possibilité de former à nouveau les enseignants et de leur apprendre un métier exigeant et difficile qui mérite la reconnaissance et l’estime de la nation. Le troisième, c’est d’être capable de donner du temps à ceux qui en ont besoin pour enseigner ou pour apprendre », a expliqué Vincent Peillon.

Créations de postes et rétablissement de la formation des maîtres

Le ministre a également rappelé les principaux aspects de son projet, dont la création de 60 000 postes dans l’éducation, sur lesquels 54 000 iront à l’Education nationale. « La moitié de ces postes permettra de reconstituer l’année de stage, soit 27 000 emplois. Deux tiers des postes seront affectés au primaire », a rappelé Vincent Peillon. En outre, « 7 000 postes sont prévus pour le dispositif « Plus de maîtres que de classes […], tandis que 3 000 postes sont affectés à l’accueil des enfants de moins de trois ans, d’abord dans les territoires les plus en difficulté […]. Et 4 000 postes sont prévus pour les établissements du secondaire les plus en difficulté, en particulier les collèges. Pour faire face aux évolutions démographiques qui se profilent, 4 000 postes et 3 000 postes sont prévus respectivement dans le premier et le second degrés. Enfin, 6 000 postes sont programmés pour accueillir les élèves en situation de handicap« .

Le ministre a également évoqué la création des Ecoles supérieures du professorat et de l’Education (Espé), qui « ne marquent pas un retour vers le passé ». « Les Espé ne sont ni les écoles normales, ni les IUFM », a-t-il précisé.

Le rapporteur du projet de loi, Yves Durand, a salué trois orientations « particulièrement refondatrices » du texte. « La première consiste à définir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture », la deuxième « consiste à donner la priorité au primaire. Elle vise aussi à réaffirmer le rôle de l’école maternelle, qui doit devenir une école à part entière. Dans cette optique, en faire un cycle particulier est fondamental », a-t-il estimé. La troisième consiste à réformer « la formation des maîtres, sans laquelle rien n’est possible », a affirmé Yves Durand. « Jusqu’ici, la France présentait cette extraordinaire particularité, monsieur Chatel, d’être un pays où l’enseignement était le seul métier qui ne s’apprenne pas », a-t-il ironisé, s’adressant au précédent ministre de l’Education nationale.

L’opposition « déçue » par le projet de loi

Dans l’opposition, le député UMP Benoist Apparu, qui défendait une motion de rejet préalable, a formulé de virulentes critiques. « Déçu » par le projet de loi Peillon , il est notamment revenu sur la réforme des rythmes scolaires, qui cristallise les mécontentements d’une partie de la communauté éducative. « Le problème, monsieur le ministre, c’est que vous avez découpé, saucissonné la réforme. Vous traitez la journée scolaire et la semaine scolaire dans un premier temps, et vous traitez dans un second temps l’année scolaire. […] Vous allez avoir un gros problème, a-t-il indiqué. En réduisant les vacances scolaires, vous allez mécaniquement allonger le temps de travail des enseignants de deux semaines, soit cinquante-quatre heures de travail[…]. Cela coûtera 750 millions d’euros. Je doute que Bercy vous donne 750 millions d’euros pour pouvoir financer l’allongement du temps de travail des enseignants ! a-t-il ironisé. Vous allez donc, en 2015, reporter ces cinquante-quatre heures de temps de travail en plus sur l’ensemble de l’année scolaire, […] autrement dit remettre totalement à plat la réforme que vous êtes en train de conduire ».

Le député UMP a également critiqué la création des Espé. C’est « quelque chose qui a déjà existé, a-t-il indiqué. Vous me direz à juste titre que ce ne seront pas des écoles normales ni des IUFM, que ce sera très différent. Cela reste à démontrer car, en la matière, il n’y a pas beaucoup de contenu dans la loi ».

Pour Benoist Apparu, il est essentiel de « revoir l’architecture globale de notre système éducatif » et « mener une véritable réforme du statut des enseignants » en incluant « dans leur temps de travail autre chose que la seule transmission des savoirs disciplinaires ». « Malheureusement, votre texte de loi, monsieur le ministre, n’en pipe mot », a-t-il déploré.

Le rapporteur Yves Durand a toutefois souligné que toutes les propositions du député UMP s’inscrivaient « très exactement dans la philosophie de la loi ».

« Aucun sujet tabou » dans la loi

Durant la séance, le ministre a reçu le soutien des députés socialistes, mais s’est attiré quelques critiques d’autres partis de gauche. La communiste Marie-George Buffet a notamment estimé que le texte n’était « pas tout à fait au niveau » même s’il mettait en place de « premières pierres » pour la refondation de l’école.

Pour Vincent Peillon, si la loi « ne va pas résoudre toutes les dif­fi­cul­tés », elle ouvre « de nou­veaux chan­tiers »:  « le col­lège unique, l’éducation prio­ri­taire, les lycées pro­fes­sion­nels, aucun sujet ne sau­rait être tabou, et cer­tai­ne­ment pas celui du métier d’enseignant« , a-t-il indiqué.

Lors de son examen, fin février, par la com­mis­sion des affaires cultu­relles et de l’éducation de l’Assemblée, 661 amendements au projet de loi avaient été présentés, dont plus de 150 adoptés.

Le texte doit être à présent débattu durant une semaine, jusqu’au vote final des députés qui aura lieu le 19 mars.

Vous pouvez consulter ici le compte-rendu intégral des débats sur la loi de refondation pour l’école de la journée du 11 juillet.

Source(s) :
  • lemonde-educ.blog.lemonde.fr, liberation.fr, assemblee-nationale.fr

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