Appréciations scolaires : « certains profs se défoulent »

Jean-Baptiste Alméras, 44 ans, libraire pendant 20 ans, publie “Peut mieux faire”. Il y dévoile ses appréciations scolaires. Un livre « boomerang » pour l’Education nationale.

Jean-Baptiste Alméras auteur Peut mieux faire

Jean-Baptiste Alméras © Bastien Aubert

Pourquoi avez-vous compilé les appréciations de vos bulletins scolaires dans un recueil paru aux éditions Attila ?

Au départ, c’était une démarche plastique : je pratique la sculpture et le dessin depuis plusieurs années. Après avoir reclassé chronologiquement mes bulletins scolaires, récupérés par ma mère, je les ai transposés sur un vieux bureau en bois d’écolier. J’ai alors décidé de les recopier à la faute près, ce qui a mis en colère une de mes anciennes profs, pour que ça suscite la réflexion.

Peut-on parler de la revanche, voire de la « vengeance » d’un ancien cancre?

Le terme vengeance est fort mais il est juste car il y a eu agression. Je pensais avoir tourné la page après toutes ces années, mais en tant que père je me retrouve de nouveau confronté à l’école et les mauvais souvenirs me rattrapent. J’ai eu des profs géniaux, de musique, d’anglais et de français notamment. Ce ne sont pas eux que je vise mais l’institution qui, malheureusement, corrompt très rapidement les enseignants.

Quelle est l’appréciation qui vous a le plus marqué ?

Il n’y en a pas une en particulier, même si j’ai sélectionné « Peut certainement mieux faire » pour le titre de mon livre. En revanche, la répétition des remarques me choque : pendant 15 ans mes bulletins ont été rythmés par la même petite musique lancinante. J’éprouve un sentiment d’incompréhension totale vis-à-vis des remarques qui figurent dans mes bulletins. Il est question de « Jean-Baptiste », parfois de « JB », mais à aucun moment ma parole n’apparaît : je dénonce cette absence de dialogue !

Qu’y a-t-il de choquant à ce qu’un enseignant épingle des problèmes de comportement ? Ne participez-vous pas à affaiblir un peu plus leur autorité ?

C’est un fait, les enseignants ne sont plus vénérés comme à l’époque de nos parents ou grands-parents. Je ne suis pas sûr que la mission première d’un enseignant soit de sanctionner, ni de faire des remarques désobligeantes sur les capacités intellectuelles de ses élèves. Est-ce que son rôle n’est pas plutôt de transmettre des savoirs ? La compétition débute prématurément à l’école. Trop d’enseignants oublient que tous les élèves ne progressent pas au même rythme. Pour beaucoup de familles, le bulletin scolaire représente le seul lien avec l’école. Or beaucoup de remarques, trop réductrices, sont vécues comme de véritables humiliations.

Que proposez-vous aux enseignants pour dire les choses sans risquer de nuire ?

Je ne suis pas théoricien de l’éducation mais je crois qu’il faudrait abolir toutes les annotations en les remplaçant, pourquoi pas, par des lettres. Alors que la moindre claque, coup de règle et autres châtiments corporels sont prohibés aujourd’hui, la violence s’est déplacée vers les parents. J’ai l’impression que certains profs se défoulent via les commentaires sur le bulletin. Il faut réinstaurer un dialogue entre parents et enseignants dès la maternelle, quitte pour cela à créer de nouveaux métiers pour faire le lien. Malheureusement, le ministre de l’Education nationale préfère évoquer des sujets annexes, comme la réduction de 15 jours des vacances d’été : c’est une insulte intellectuelle ! Les enseignants devraient refuser ce débat de bas étage, tant que les vraies questions ne seront pas abordées.

1 commentaire sur "Appréciations scolaires : « certains profs se défoulent »"

  1. FHA  2 mars 2013 à 9 h 10 min

    Tout à fait d’accord avec vous… et enseignante. Il existe une culture de la sanction, qui fige l’élève au lieu de l’inscrire dans un parcours de progrès. Encourager, pointer les réussites, créer un milieu sécurisant, dans des échanges fructueux avec les familles pour y réaliser ses apprentissages sereinement, voilà l’espace où nous voudrions travailler. Supprimons les commentaires, inscrivons les élèves dans un parcours. Mais il faudra y mettre des moyens. Nous avons tous connu des profs formidables… N’oublions pas que les profs sont une soupape de sécurité à laquelle il est facile de s’en prendre, mais ce ne sont pas eux qui décident des politiques éducatives. Cela implique une réflexion globale sur le fonctionnement de l’école et la culture de l’élite. (comment s’occuper de chacun, seul dans des classes surchargées, sonores, sans projet. Comment travailler en équipe d’enseignants alors que la longue journée en classe vous met sur les genoux. Comment inciter le respect entre élèves, alors même que les parents souhaitent que leur enfant soit le meilleur… Apprendre à coopérer dans des projets collectifs qui amènent du positif pour tous, et chacun.) Ah non, je rêve, il y a les programmes, on reste assis à sa table, et on reçoit un jugement. Et pourtant, il y a des idées. C’est une réaction à cru, que j’ai eu envie de donner parce que j’ai aussi été élève, maman et que ce métier me passionne même s’ il est très difficile au quotidien. Comme pour toute réaction à chaud, il faudrait l’enrichir… Allons-ySignaler un abus

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