Jean-Baptiste Alméras auteur Peut mieux faire

Jean-Baptiste Alméras © Bastien Aubert

Pourquoi avez-vous compilé les appréciations de vos bulletins scolaires dans un recueil paru aux éditions Attila ?

Au départ, c’était une démarche plastique : je pratique la sculpture et le dessin depuis plusieurs années. Après avoir reclassé chronologiquement mes bulletins scolaires, récupérés par ma mère, je les ai transposés sur un vieux bureau en bois d’écolier. J’ai alors décidé de les recopier à la faute près, ce qui a mis en colère une de mes anciennes profs, pour que ça suscite la réflexion.

Peut-on parler de la revanche, voire de la « vengeance » d’un ancien cancre?

Le terme vengeance est fort mais il est juste car il y a eu agression. Je pensais avoir tourné la page après toutes ces années, mais en tant que père je me retrouve de nouveau confronté à l’école et les mauvais souvenirs me rattrapent. J’ai eu des profs géniaux, de musique, d’anglais et de français notamment. Ce ne sont pas eux que je vise mais l’institution qui, malheureusement, corrompt très rapidement les enseignants.

Quelle est l’appréciation qui vous a le plus marqué ?

Il n’y en a pas une en particulier, même si j’ai sélectionné « Peut certainement mieux faire » pour le titre de mon livre. En revanche, la répétition des remarques me choque : pendant 15 ans mes bulletins ont été rythmés par la même petite musique lancinante. J’éprouve un sentiment d’incompréhension totale vis-à-vis des remarques qui figurent dans mes bulletins. Il est question de « Jean-Baptiste », parfois de « JB », mais à aucun moment ma parole n’apparaît : je dénonce cette absence de dialogue !

Qu’y a-t-il de choquant à ce qu’un enseignant épingle des problèmes de comportement ? Ne participez-vous pas à affaiblir un peu plus leur autorité ?

C’est un fait, les enseignants ne sont plus vénérés comme à l’époque de nos parents ou grands-parents. Je ne suis pas sûr que la mission première d’un enseignant soit de sanctionner, ni de faire des remarques désobligeantes sur les capacités intellectuelles de ses élèves. Est-ce que son rôle n’est pas plutôt de transmettre des savoirs ? La compétition débute prématurément à l’école. Trop d’enseignants oublient que tous les élèves ne progressent pas au même rythme. Pour beaucoup de familles, le bulletin scolaire représente le seul lien avec l’école. Or beaucoup de remarques, trop réductrices, sont vécues comme de véritables humiliations.

Que proposez-vous aux enseignants pour dire les choses sans risquer de nuire ?

Je ne suis pas théoricien de l’éducation mais je crois qu’il faudrait abolir toutes les annotations en les remplaçant, pourquoi pas, par des lettres. Alors que la moindre claque, coup de règle et autres châtiments corporels sont prohibés aujourd’hui, la violence s’est déplacée vers les parents. J’ai l’impression que certains profs se défoulent via les commentaires sur le bulletin. Il faut réinstaurer un dialogue entre parents et enseignants dès la maternelle, quitte pour cela à créer de nouveaux métiers pour faire le lien. Malheureusement, le ministre de l’Education nationale préfère évoquer des sujets annexes, comme la réduction de 15 jours des vacances d’été : c’est une insulte intellectuelle ! Les enseignants devraient refuser ce débat de bas étage, tant que les vraies questions ne seront pas abordées.